Mon amour croist, et plus en plus croistra,
Tant que vivray...
. . . . . . . . . . . . . . . . .
Bothwell n'était pas si épris de sa femme que Marie le craignait. Il
était surtout amoureux d'une couronne. Il gagna le comte de Huntly, qui
pressa lui-même sa sœur d'accuser Bothwell d'adultère. Bothwell, au
comble de ses vœux, se frappa la poitrine, s'avoua coupable; et le 7
mai, il obtint le divorce sous ce prétexte hypocrite.
Tout allait donc à souhait pour l'immortelle honte de Marie Stuart.
Les deux autres femmes que Bothwell avait séduites par un semblant de
sacrement ayant été éloignées, il fut enjoint à Craig, l'un des
ministres d'Édimbourg, de publier les bans de la reine et du duc
d'Orkney. Craig, émule et collègue de Knox, était né, ainsi que le
réformateur, au milieu de ces montagnes d'Écosse, où les courages
croissent comme les arbres noueux, et où les caractères se tiennent
debout comme les blocs de granit. Il résista. Mandé devant le conseil
privé, il justifia sa détermination. Sommé d'annoncer le mariage, il
monta en chaire, obéit; puis, après avoir rendu compte de sa conduite au
peuple assemblé, il ajouta:
«... Je prends le ciel et la terre à témoin que j'abhorre, que je
déteste ce mariage, aussi scandaleux qu'abominable aux yeux du genre
humain. Mais puisque les grands, comme je m'en aperçois, autorisent
cette union par leurs flatteries ou leur silence, je conjure tous les
fidèles d'adresser leurs prières ferventes au Tout-Puissant pour qu'une
résolution formée contre toutes les lois, la raison et la conscience,
puisse, par la miséricorde divine, ne pas tourner à la ruine de la
religion et du royaume!»
Cité encore une fois devant le conseil pour ces paroles, Craig soutint
ce second interrogatoire avec une fermeté si héroïque, avec une audace
si sainte, que ses juges, dans l'effroi de l'opinion publique, n'osèrent
le condamner.
Tout étant préparé, le 15 mai 1567, Marie vint en personne à la cour de
justice, et déclara qu'elle voulait s'unir au duc d'Orkney. Il n'y avait
plus aucun obstacle légal. La cérémonie des noces se fit de très-grand
matin, selon le rite réformé, dans l'une des salles du palais
d'Holyrood. Marie, la nièce des Guise, la princesse catholique, épousa,
sans dispense du pape, un homme perdu de dettes, de crimes et de vices,
un homme qui avait trois femmes et qui était protestant. Au moment de la
célébration, un oiseau noir frôla de son aile une des fenêtres; ce que
tout le monde remarqua, et ce que presbytériens et catholiques
interprétèrent à mauvais présage.
Les remords avaient déjà sans doute déchiré Marie. Son repentir commença
sûrement avant ce jour néfaste. Mais il était trop tard pour reculer. Du
Croc, qui avait refusé d'assister à cette cérémonie impie, fut mandé
chez la reine quelques heures après qu'elle eut élevé Bothwell au trône.
On apprit à l'ambassadeur de France, à son arrivée, qu'une scène
terrible avait éclaté, la veille, dans les cabinets intérieurs. Bothwell
avait voulu parler en maître, et la reine avait résisté. Poussée à bout,
elle s'était emportée aux dernières violences, et elle avait demandé à
cris aigus un poignard pour se tuer. «Je m'aperçus d'une estrange façon
entre elle et son mary, écrit du Croc; ce qu'elle me vollut excuser,
disant que si je la voyois triste, c'estoit pour ce qu'elle ne voulloit
se réjouir, comme elle dit ne le faire jamais, ne désirant que la mort.»
Du Croc se tait sur le point formidable de cette discussion, tyrannique
d'une part, inébranlable de l'autre. Marie aimait encore éperdument
Bothwell, qui exerçait sur elle une influence ou plutôt une fascination
si absolue, que les contemporains n'ont su l'expliquer par aucune autre
cause que la sorcellerie. Cette fascination se brisa contre un
sentiment. Bothwell avait trouvé dans Marie la femme facile à l'amour,
la reine souple à toutes les compromissions, l'épouse accessible même à
la pensée de l'assassinat; mais il trouva la mère armée de tout son cœur
et si invincible, qu'il se vit contraint de céder. Il avait témoigné le
désir d'avoir le jeune prince en sa puissance, et c'est contre cette
prétention sinistre que Marie se roidit dans un effort désespéré,
triomphant. Bothwell, ne pouvant renverser l'obstacle de la volonté
maternelle, dissimula et attendit tout de l'avenir. Il lui échappait
parfois des paroles redoutables. Il se vantait de laisser une lignée de
rois. Le comte de Marr, gouverneur de Jacques, et qui nourrissait contre
Bothwell la haine vigoureuse d'un homme de bien contre un scélérat
tout-puissant, prit de plus en plus ombrage des projets du meurtrier de
Darnley. Il craignit que le bourreau du père ne devînt le bourreau du
fils. Il ne balança point à ranimer d'un souffle puissant la ligue des
seigneurs mécontents de l'élévation de Bothwell.
Celui de tous les lords qui seconda le mieux le comte de Marr, et qui
donna le plus de prestige à la ligue, fut Kirkaldy de Grange. Il était
généreux, humain, fier avec les nobles, doux aux vaincus, secourable aux
faibles. Toutes les luttes qu'il soutint si héroïquement dans les
guerres civiles n'eurent qu'une cause: sa piété pour les opprimés. Il
avait soif de la justice et du dévouement. C'était, du reste, un homme
de guerre accompli. D'une taille admirable, d'une santé de fer, endurci
aux fatigues, il supportait gaiement les rudes travaux, la faim, les
insomnies. Ses campagnes sur le continent avaient attiré sur lui
l'attention de toute l'Europe. Il était estimé des princes, des
généraux. «C'est l'un des plus vaillants hommes de la chrétienté,»
disait Henri II. Ce roi guerrier le citait sans cesse à ses courtisans
comme un modèle. Il se plaisait à regarder lancer le javelot ou tirer de
l'arc par de Grange, à qui tous les exercices étaient familiers, et qui
n'avait pas d'égal dans la variété de ses aptitudes militaires.
Les deux passions de Kirkaldy furent l'amitié et la gloire. Dès sa
jeunesse, lié à Norman Lesly, son complice du coup de main contre
l'archevêque de Saint-André, il s'enferma avec lui dans le château après
la mort du prélat, et ils le défendirent avec un héroïsme que l'histoire
a célébré. Emmenés captifs en France, puis rendus à la liberté, ils
suivirent à la guerre le duc de Guise et le connétable de Montmorency.
De Grange fut encouragé et loué par ces deux illustres capitaines.
Norman Lesly, qu'il aimait de toutes les forces de son cœur, périt
très-jeune. Le connétable voulait surprendre Renty. Averti par ses
espions, Charles-Quint accourut avec toute son armée pour protéger cette
place. Le connétable, le duc de Guise et l'amiral de Coligny battirent
les Impériaux, mais ils furent obligés de lever le siége de Renty.
Dans les escarmouches qui précédèrent la bataille, Norman Lesly s'avança
sur un magnifique cheval. Il avait revêtu ses habits de fête et pris ses
plus belles armes. Il conduisait trente aventuriers. Il salua en passant
le duc de Guise, et s'élança vers une colline contre une troupe
nombreuse de cavaliers ennemis. Abandonné au premier choc par les siens,
il demeura avec sept braves seulement au milieu d'une mêlée furieuse. Il
tua cinq ennemis de sa main, puis il se fit jour l'épée au poing, et
vint tomber mourant avec son cheval à quelques pas du connétable
émerveillé d'une telle intrépidité. De Grange survint. Norman lui sourit
et parut un moment ranimé. Mais il perdit bientôt connaissance. Le roi
ordonna de le transporter dans sa propre tente, et le fit panser par ses
chirurgiens. Tous les soins furent inutiles. Il expira quelques jours
après dans les bras de son cher de Grange, son meilleur ami et son émule
en courage. De Grange, au désespoir, fit des prodiges de valeur pendant
le reste de la campagne. Rien ne pouvait dissiper sa douleur que
l'émotion du combat. Il y allait serein, mais il en revenait triste. M.
le connétable lui fit un jour cet honneur d'entrer sous sa tente, et
cette voix rude, austère, essaya de consoler le jeune Écossais. De
Grange était admiré de tous les gentilshommes de France et
particulièrement aimé du duc de Guise, qui disait: «Ce bon soldat sera
un bon capitaine, car il a le cœur chaud, le bras prompt et la tête
froide.»
De retour en Écosse, il se distingua contre les Anglais dans les guerres
des Marches. Il vainquit un jour en combat singulier le frère du comte
de Rivers à la vue des deux armées, qui suspendirent leurs opérations
pour assister à ce grand duel. Il fut l'idole de cette nation mobile et
belliqueuse de maraudeurs qui, de la rive écossaise, grondait plus haut
que la Tweed contre la rive fertile de la vieille Angleterre, sans
pouvoir jamais ni la respecter ni la conquérir. Il devint le chef épique
du Border, l'effroi de Berwick, l'Achille chrétien de cette Iliade
féodale et continue des frontières.
Tel était de Grange, désintéressé, brave entre tous, adoré des soldats
et de l'Écosse, honoré des princes et des peuples du continent.
Le malheur de Marie Stuart fut de rencontrer toujours au-dessus de sa
vie une idée sérieuse, impitoyable, et dans sa vie, des hommes de fer et
de foi. Nulle séduction ne pouvait assouplir cette idée ni apprivoiser
ces hommes. Le fanatisme des uns devait heurter le fanatisme des autres,
et faire éclore la guerre civile. Il est vrai que la guerre civile
participait de la grandeur des deux causes qui luttaient avec tant
d'héroïsme et de férocité. Quelque chose de chevaleresque parmi les
partisans de la reine, et je ne sais quoi d'inspiré chez les
enthousiastes de la réforme, communiquaient à ces guerres un aspect
imposant et sacré! Plusieurs combattaient pour des intérêts privés, et
l'ambition n'était pas étrangère aux patriciens; mais les masses
combattaient pour l'Évangile, et leur dévouement était sincère comme
leur conviction. En Écosse, aussi bien qu'en Allemagne et en France,
Dieu était au fond du cœur et du sang de ce siècle, dont c'est là
l'impérissable gloire, la sombre sublimité. Temps héroïques et
religieux, à envier encore plus qu'à plaindre, où chaque homme vivait et
mourait pour sa vérité! La guerre civile est cruelle, elle est le
déchirement de toutes les affections de la famille et de la patrie; mais
sa beauté, dans ces grandes époques dont j'écris une faible page, c'est
d'être électrique comme la conscience et sainte comme le sacrifice.
Où trouver un plus noble appel que celui des seigneurs écossais à leurs
clans des montagnes et à leurs amis de la plaine? «Lindsey vous salue,
Morish-Thomas Chattan; Lindsey vous requiert, au nom du ciel, de prendre
les armes avec luy pour votre Église et vos droits.»
Voilà les rudes ennemis que Marie, cette princesse coupable, cette femme
charmante, avait à combattre. Un frisson de peur glaça la présomption de
Bothwell et la témérité étourdie de la reine.
Les lords confédérés réunirent plus de trois mille hommes sous leurs
bannières. Leur prise d'armes fut si soudaine et ils entrèrent si vite
en campagne, qu'ils faillirent surprendre Bothwell et la reine au milieu
d'une fête que le comte de Borthwick leur donnait dans son château. Lord
Hume qui, le premier, s'était lancé en avant avec ses vassaux, n'eut pas
assez de troupes pour investir toutes les issues du château, et
Bothwell, déguisé en ministre presbytérien, put s'échapper avec la reine
qui avait revêtu des habits de page. Ils se réfugièrent à Dunbar, où ils
assemblèrent précipitamment une armée. La reine ne voulut pas attendre
les Hamilton qui lui amenaient un puissant secours. Accoutumée aux
promptes expéditions, et trop confiante dans ses troupes, elle marcha
résolument à la rencontre des confédérés qui s'avancèrent de leur côté
sans hésitation.
Les deux armées, à peu près égales en nombre, étaient en présence, le 15
juin 1567, à Carberry-Hill. Un ruisseau torrentueux les séparait.
Les soldats des lords confédérés brûlaient du plus ardent fanatisme, et
ils appelaient le combat comme le jugement de Dieu. Les soldats venus de
Dunbar, entraînés par leurs seigneurs, avaient voué leurs bras à la
reine, mais leurs cœurs étaient contre elle.
Le comte de Bothwell ayant frappé de son gantelet un montagnard attardé,
le highlander furieux lui lança une malédiction dans son dialecte, et se
perdit au milieu des hommes de son clan. Bothwell, irrité, tira sa
dague, et, ne découvrant pas l'insolent confondu dans une troupe
nombreuse, il se blessa à la main gauche en remettant trop vivement la
lame dans le fourreau. Son sang coula, et, quoique le comte feignît de
ne point s'en apercevoir, cette circonstance ne parut pas de bon augure.
D'autres symptômes alarmants d'indiscipline se manifestèrent. Bothwell,
dit du Croc, qui chercha à jouer le rôle de conciliateur entre les deux
partis sur le champ de bataille, Bothwell «avoyt trois pièces de
campagne. Il n'avoyt un seigneur de nom, et ne se pouvoyt asseurer de la
moytié des siens. Et toutefois il ne s'estonna point. Et fault que je
dise que je vis un grand cappitaine parler de grande asseurance, et qui
conduisoit son armée galliardement et sagement. Je m'y amusai assez
longtemps, et jugeai qu'il auroyt du meilleur si ses gens luy estoient
fidelles.»
Mais comme ils paraissaient flottants, Bothwell tenta de les ramener par
un trait d'audace. «Il me prya de fort grande affection, ajoute du Croc,
de fayre tant pour mettre la royne hors du trouble où il la voyoit, et
aussy pour éviter l'effusion du sang, que je prisse la peine de dire aux
aultres (aux seigneurs confédérés) que s'il y en avoyt aulcun d'eux qui
voullut sortir de la troupe et se mettre entre les deux armées, encore
qu'il eust espousé la royne, pourvu que l'homme fust de quallité, il le
combattroyt.»
L'ambassadeur, trop avisé pour accepter une mission qui l'aurait
compromis, refusa poliment, afin de garder en apparence une exacte
impartialité entre la reine et les seigneurs.
Bothwell alors eut recours à un autre messager. Il défia les lords
confédérés, leur déclarant qu'il était prêt à soutenir et à prouver son
innocence par les armes contre le premier d'entre eux qui se
présenterait. La réponse fut prompte. Kirkaldy de Grange, le héros le
plus brillant de l'armée, Murray de Tullybardin, un héros sectaire, et
Lindsey de Byres, un héros barbare, un héros de clan, lui envoyèrent
leurs gantelets.
Dans cette occasion solennelle, il y eut une scène inattendue,
touchante, qui impressionna vivement les imaginations, et dont les plus
humbles soldats s'entretinrent longtemps. Le comte de Morton ayant
manifesté le désir de se mesurer aussi avec Bothwell, Lindsey, le plus
orgueilleux des lords, mit un genou en terre, et s'humilia ainsi devant
Morton, le suppliant de lui céder son tour, à lui qui était proche
parent de Lennox. Morton fit les choses en Douglas, avec la majesté et
la magnificence de sa race. Il obtempéra de bonne grâce à la prière de
Lindsey, et, en le relevant, il lui donna l'épée de son aïeul Archibald,
comte d'Angus, cette terrible épée, célèbre dans les ballades à l'égal
de son maître, qui n'en frappa jamais deux fois un ennemi. Lindsey la
revêtit et n'en voulut plus d'autre. Il quitta la longue épée de ses
aïeux pour celle du comte d'Angus, plus longue et plus lourde, qu'il
porta sur l'épaule, et dont la poignée touchait à son cimier tandis que
la pointe battait ses éperons. C'était une épée à deux mains, comme
celle avec laquelle le roi Richard décapitait un lion d'un seul coup.
Armé de pied en cap, Lindsey, qui avait aussi fléchi, en faveur de son
droit de parenté, de Grange et Tullybardin, refusés d'ailleurs par
Bothwell comme n'étant que barons, Lindsey rendit défi pour défi. Il se
promena fièrement autour des tentes dans une sombre résolution, priant
tout bas de sa voix rude, et disant: «Seigneur, Dieu de David,
faites-moi raison aujourd'hui de ce Goliath.»
Au lieu de s'honorer par un duel éclatant, qui pouvait devenir le signal
d'une victoire ou l'occasion d'une chute glorieuse, Bothwell chercha
sous de frivoles prétextes à éluder le combat, soit que, craignant tout
du présent, espérant un peu de l'avenir, comptant sur les Hamilton et
les autres seigneurs de son parti, il se réservât prudemment pour des
temps meilleurs; soit que le remords, la honte, l'ambition déçue lui
eussent ôté le courage qu'il avait montré autrefois à la guerre; soit
plutôt qu'il se sentît impuissant, en cette heure suprême, contre les
larmes de la reine, contre la colère de tout un peuple et de deux
armées.
Son épouvante ou ses calculs, autant qu'une habile évolution du laird de
Grange sur le flanc de la colline de Carberry, achevèrent de démoraliser
le camp de la reine. Les murmures sourds commencèrent, et avec eux les
désertions. La reine comprit qu'il fallait se hâter, ou qu'il serait
trop tard. Elle proposa une entrevue à Kirkaldy de Grange, qui
commandait les avant-postes des confédérés. Muni du sauf-conduit qu'elle
lui avait envoyé, Kirkaldy s'empressa d'obéir au vœu de la reine. La
conférence s'engagea aussitôt. Tandis que de Grange exposait à Marie,
dans un discours militaire mêlé d'éloquence et d'affection, la situation
désespérée où elle se trouvait, Bothwell, qui était demeuré à quelque
distance, ordonna de la voix et du geste à un soldat de sa garde
d'ajuster ce traître. La reine et de Grange s'aperçurent du projet du
comte. De Grange sourit de dédain, et la reine, courant à Bothwell, le
supplia de ne pas violer le sauf-conduit qu'elle avait signé; puis,
retournant à Kirkaldy qui l'attendait avec un calme héroïsme: «Que
faire? lui demanda-t-elle.--Deux choses, madame: Séparer votre cause de
celle du comte de Bothwell, et vous présenter avec confiance au milieu
de nous. Vous rendre ainsi est moins dangereux que combattre. Une
imprudence perdrait tout.» Il ajouta qu'il allait consulter les lords
confédérés, et qu'il rapporterait leur réponse à la reine.
Pendant la courte éclipse de lord de Grange, Marie et le duc d'Orkney se
rapprochèrent. Leur conversation eut lieu à cheval et dans le désordre
de ce moment terrible. Des pleurs qu'elle cherchait à retenir roulaient
sur les joues de la reine. Le duc, au milieu du chaos de mille passions,
avait une expression farouche. La reine lui dit: «Sauvez votre vie, il
le faut pour moi. Nous nous reverrons dans un temps plus heureux.» Le
duc résista d'abord; mais la reine insistant: «Me garderez-vous
fidélité, madame, comme à un mari et à un roi?--Oui, dit la reine; et,
en signe de ma promesse, voici ma main.» Le duc la saisit, la pressa
dans une étreinte violente, et partit accompagné de douze cavaliers. Il
arriva le premier de son escorte au château de Dunbar sur un genet
d'Espagne, dont la rapidité le sauva. Le pauvre animal, essoufflé,
épuisé, tomba mort en arrivant.
Lord de Grange étant revenu, Marie se montra résignée, et se rendit aux
conditions tracées par Kirkaldy lui-même. De Grange était pénétré d'une
respectueuse pitié. Il descendit de son cheval par une courtoisie
généreuse qui le distinguait de la plupart de ses amis; et, prenant la
bride du cheval de la reine, il la conduisit en gentilhomme plus qu'en
chef de parti au camp des lords confédérés. Marie, navrée dans son cœur,
paraissait incertaine, inquiète. Sous les auspices de son noble guide,
elle aborda les rebelles avec une dignité triste. Les premiers rangs
l'accueillirent sans insulte; mais au delà, elle s'avança au milieu des
cris et des risées. Lord de Grange tira plusieurs fois son épée du
fourreau pour arrêter les imprécations qui s'élevaient de toutes parts.
Les soldats avaient des drapeaux qui représentaient Darnley mort, couché
sous un arbre dans le verger, et Jacques à genoux, invoquant la colère
divine avec ces paroles: _Juge et venge ma cause, ô Seigneur!_ Dès que
la reine passait près de l'un de ces drapeaux, on le lui portait au
visage. Elle s'évanouit plusieurs fois. Menée ainsi à Édimbourg, elle
traversa la ville à cheval dans un costume en désordre, la robe dénouée,
le manteau déchiré, le front ruisselant, les yeux hagards, parmi les
malédictions du peuple et les huées des soldats. Elle fut gardée chez le
lord prévôt. La tapisserie de sa chambre, exécutée par des artistes
d'Arras, si célèbres au XVIe siècle, représentait une grande chasse, et
attira l'attention de Marie. «Les chasseurs, dit-elle, ce sont mes
rebelles, et ils ont pour gibier une reine.»--Elle parut, raconte un
contemporain, à sa fenêtre qui donnait sur Highgate, s'adressant au
peuple d'une voix forte, et disant comme elle avait été jetée en prison
et enlevée par ses propres sujets. Elle se présenta à cette fenêtre
plusieurs fois, dans un misérable état, ses cheveux épars sur ses
épaules et sur son sein, et la plus grande partie de son corps nue
jusqu'à la ceinture.
La même bannière outrageante fut déployée devant cette fenêtre, et
acheva d'exaspérer la reine. Elle jura de ne pas laisser pierre sur
pierre dans cette cité anarchique.
Son exaltation n'avait pas de bornes. Elle s'agitait comme une lionne
blessée et prise au piége. L'amour que la présence de Bothwell faisait
quelquefois si âpre, les regrets de l'absence lui avaient rendu son
charme infini. Les inquiétudes sur la vie, sur la sûreté du duc, les
colères contre cette soldatesque et contre cette populace, l'humiliation
de son honneur, la majesté violée, les lords devenus ses maîtres, et,
par-dessus tout, les élans de son cœur, de son âme et de ses sens de
feu, lui ôtaient toute faculté de dissimulation ou d'habileté. Elle
sortait tout à coup de longs silences, et elle s'écriait: «Traîtres et
doubles traîtres à Dieu et à moi! je vous ferai tous torturer, pendre et
crucifier.» Elle rudoya Ruthven de paroles, et touchant de la main le
brassard de Lindsey: «Par cette main royale, dit-elle, j'aurai votre
tête pour ce jour!»
Lethington essaya d'avoir un entretien avec Marie, dans l'intention de
la subjuguer par sa jalousie même contre l'ancienne femme de Bothwell.
Lethington ayant marché le long du corridor voisin de la chambre de la
reine, dans la maison du lord prévôt, la reine le reconnut à travers un
vitrage intérieur, et l'appela par son nom. C'est ce que voulait
Lethington. Marie releva un peu le vitrage, et, s'appuyant sur le
châssis:--De quel droit, dit-elle à Lethington, me tenez-vous captive,
loin de mon mari, mon seul bien, moi qui suis sa femme légitime et votre
souveraine?--Madame, reprit doucement Lethington, renoncez à ce
malheureux. Nous sommes, nous, vos vrais amis, et lui, il vous renie
dans ses lettres à la sœur du comte de Huntly.--Que contiennent-elles,
ces lettres? s'écria Marie.--Elles expriment la plus vive tendresse pour
la comtesse de Bothwell. Le duc lui écrit qu'il l'aime toujours, qu'elle
n'a pas cessé d'être sa femme, et que la reine n'est que sa
concubine.--Il a écrit cela? dit Marie avec emportement. Ah! si j'en
étais sûre!... Mais non, reprit-elle en gémissant, vous êtes des
imposteurs, et, non contents de me disputer mon trône, vous cherchez à
m'enlever mon amour.» Et toutes les passions de la reine se fondant en
larmes, en attendrissement:--Lethington, dit-elle, mon cher Lethington,
toi qui as le don de persuader, parle aux lords, et dis-leur que je leur
pardonne à tous, s'ils consentent à me réunir sur un vaisseau avec le
duc, avec celui que j'ai épousé de leur aveu à Holyrood, et s'ils nous
laissent aller au hasard des flots où le vent et la fortune nous
conduiront.»
La diplomatie de Lethington s'étant brisée contre cette explosion de
l'amour, il ne s'opposa plus aux desseins violents contre la reine. Elle
se coucha quelques heures, et se releva pour écrire une longue lettre à
Bothwell. Cette lettre, dans laquelle elle nommait le duc _son cher
cœur_, fut interceptée, et les lords confédérés, redoutant peut-être un
de ces brusques revirements de popularité que le malheur provoque,
irrités d'ailleurs les uns de la tendresse, les autres des fureurs de la
reine, se hâtèrent de la juger. Sa captivité fut résolue. Elle fut menée
à Holyrood, où on lui permit une halte d'une heure; puis elle repartit,
sous une escorte de quatre cents hommes d'armes, pour le château de
Lochleven. Morton et Atholl l'accompagnèrent à quelque distance, et
furent remplacés dans cette séditieuse mission par Ruthven et par
Lindsey. Indépendamment de ces quatre seigneurs, ceux qui signèrent
l'ordre d'emprisonnement furent les comtes de Marr, de Glencairn, les
lords Sempill, Graham, Sanquhar et Ochiltree.
Marie Stuart fut transférée dans le château de ce farouche Robert
Douglas qui avait épousé la mère du comte de Murray. William Douglas,
frère utérin de Murray et cousin de Morton, en était le seigneur depuis
la mort de son père. Ce château situé sur le Lochleven, près de la
plaine de Kinross, en face des derniers sommets du Ben Lomond,
ressemblait beaucoup à une forteresse, et les maîtres de cette demeure
féodale étaient moins des hôtes que des geôliers.
Lady Douglas, de l'illustre maison de Marr, et qui, par sa naissance
autant que par sa beauté, pouvait prétendre à la main de Jacques V, son
séducteur, n'avait jamais pardonné à Marie de Guise de lui avoir été
préférée. Son fils bien-aimé, le régent, n'était que le fils de son
déshonneur. Sa haine n'était pas éteinte après tant d'années, et elle
allait poursuivre, par des persécutions cruelles, dans sa prisonnière,
l'infortunée et auguste fille de sa rivale et de son amant. Une autre
cause de l'animosité violente que nourrissait lady Douglas de Lochleven
contre la reine, c'était le catholicisme. Marie le professait avec une
ardeur qui blessait le fanatisme de lady Douglas, l'une des plus zélées
enthousiastes de Knox et de sa doctrine.
A ce moment de l'histoire d'Écosse, la commisération gagne jusqu'à du
Croc, ce diplomate si impassible, si résolu à se tenir en équilibre,
comme une balance, entre les partis, bien avec la reine, bien avec les
seigneurs, l'homme des calculs et des temporisations. Un cri de pitié
lui échappe enfin: «Je prie Dieu qu'il conseille ce pauvre royaume, qui
est aujourd'hui le plus affligé et tourmenté royaume que ce soyt soubs
le ciel.»
Élisabeth, elle aussi, eut un instant d'émotion, non comme femme, mais
comme reine. L'ébranlement du trône de Marie Stuart lui semblait une
insulte à tous les trônes. Elle dépêcha Trokmorton en Écosse, pour
négocier dans l'intérêt de Marie avec les lords confédérés. Trokmorton
était un diplomate d'une habileté supérieure. Il tenta tout ce que peut
tenter le génie de la conciliation; mais il avait contre lui la
politique des lords confédérés, l'opinion publique de l'Écosse et
l'indomptable passion de Marie.
Il écrivait d'Édimbourg, le 14 juillet 1567, à Élisabeth:
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
«La reine d'Écosse est en bonne santé dans le château de Lochleven,
gardée par le lord Lindsey, et Lochleven, propriétaire de ce lieu. Le
lord Ruthven a été employé à une autre commission, parce qu'il
commençoit à montrer beaucoup d'attachement pour la reine, et qu'il lui
donnoit avis de ce qui se passoit. Elle est accompagnée de cinq ou six
dames et de deux femmes de chambre, dont l'une est Françoise. Le comte
de Buchan et le frère du comte de Murray ont aussi la liberté de la voir
autant qu'ils le veulent. Les lords qui l'ont en garde la tiennent fort
étroitement resserrée, et, autant que je puis l'apercevoir, la rigueur
est exercée, parce que la reine ne veut point, à quelque prix que ce
soit, donner l'ordre de poursuivre le meurtrier, ni acquiescer, quelque
chose qu'on puisse lui représenter, à abandonner Bothwell et à le renier
pour son mari; qu'elle déclare constamment qu'elle veut vivre et mourir
avec lui; qu'elle dit que, s'il était à son choix d'abandonner la
couronne et son royaume ou le lord Bothwell, elle abandonnerait son
royaume et la couronne pour vivre avec lui, et qu'elle ne consentira
jamais qu'il éprouve de mauvais traitements ni qu'il ait plus de mal
qu'elle-même.
«... La principale cause de la détention de la reine vient de ce que les
lords voient cette vive affection de sa Grâce pour Bothwell dans l'état
où elle est actuellement, et qu'ils seroient obligés d'être
continuellement sous les armes.
«Les lords pensent aussi que le divorce présente, à beaucoup d'égards,
les mêmes inconvénients auxquels le mariage a déjà donné lieu, et qu'une
séparation seroit impossible, si la reine étoit en liberté et si elle
avoit en main le pouvoir.
«... Les plus marquants des lords qui sont ici seroient, à ce que je
crois, portés à prendre les voies de douceur à l'égard de sa Grâce; mais
ils craignent la rage du peuple. Les femmes sont les plus effrontées et
les plus furieuses contre la reine; cependant les hommes, de leur côté,
sont assez fous pour qu'un étranger qui voudroit trop s'en mêler pût, en
un moment, devenir victime.
«... Knox n'est point à Édimbourg, il est dans la partie occidentale.
Lui et les autres ministres doivent se rendre ici à la grande assemblée.
Je crains la sévérité de cet homme pour la reine, autant que celle de
qui que ce soit.»
Le 18 juillet, Trokmorton écrivait encore à Élisabeth:
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
«J'ai les moyens de lui faire savoir (à Marie Stuart) que Votre Majesté
m'a envoyé ici pour la secourir.
«J'ai essayé aussi de lui persuader de se prêter à ce qu'on exigeoit
d'elle; savoir, de ne plus regarder Bothwell comme son mari, et
d'obtempérer au divorce entre eux. Elle m'a fait dire qu'elle n'y
adhéreroit jamais, et qu'elle aimeroit mieux mourir. Elle se fonde sur
cette raison qu'elle se croit grosse de six semaines, et qu'en renonçant
à Bothwell elle se reconnoîtroit grosse d'un bâtard et avoir forfait à
son honneur; ce qu'elle ne voudroit jamais faire au péril de sa vie.
«M. Knox est arrivé. J'ai eu quelques conversations avec lui, ainsi
qu'avec M. Craig, l'autre ministre de cette ville.
«Je les ai exhortés à prêcher et à conseiller les voies de douceur. Je
n'ai trouvé en eux qu'austérité. Je ne sais pas ce qu'ils feront dans la
suite.
«... On dit hautement parmi le peuple et parmi les gens de tous les
états, que la reine n'a pas plus le droit de commettre un meurtre ou un
adultère qu'aucun particulier, et qu'elle est également soumise en ces
points aux lois divines et humaines.»
Irritée du refus des lords confédérés qui interdisaient à Trokmorton
l'entrée de Lochleven Élisabeth les jugeait sévèrement.
Elle écrivit à son ambassadeur le 6 août:
«... Nous trouvons que leurs comportements et procédés envers leur reine
surpassent tout le reste, et sont si extraordinaires, que nous ne
pouvons pas nous empêcher de penser, et tout l'univers sans doute avec
nous, qu'ils ont en ceci été bien au delà du devoir de sujets, et qu'il
doit nécessairement en résulter sur eux une tache perpétuelle et
ineffaçable.»
Trokmorton insinua aux principaux des nobles le mécontentement
d'Élisabeth. Les lords s'excusèrent, et persistèrent à barrer le chemin
à Trokmorton. Décidés à précipiter Marie d'un pouvoir qu'elle voulait
partager avec Bothwell, leur ennemi, ils comprirent qu'il ne fallait pas
donner à leur reine une force de plus en lui apprenant, par un
négociateur aussi délié que Trokmorton, la bienveillance de
l'Angleterre.
Rebuté de nouveau, l'ambassadeur d'Élisabeth, sur l'ordre de sa
maîtresse, s'adressa au parti des Hamilton. Il les encouragea à prendre
les armes et à remettre Marie en liberté.
«Notre intention, lui écrivait Élisabeth, est que vous fassiez bien
entendre aux Hamilton que nous approuvons leurs procédés (en ce qui
concerne leur souveraine, par rapport à sa délivrance), et que nous
sommes disposée à faire, sur ce point, tout ce qu'il nous paroîtra
raisonnable de faire pour la reine, notre sœur.»
Mais Élisabeth, Trokmorton et les amis de Marie Stuart furent alors
impuissants. Édimbourg et toute l'Écosse étaient en feu. Knox et les
ministres soulevaient les fureurs de la multitude contre le meurtre et
l'adultère. Les nobles se liguaient pour empêcher à tout prix la
réhabilitation de Bothwell et les vengeances qui auraient suivi une
restauration de la reine et de son audacieux complice.
Nommés pour gouverner le royaume par intérim, les lords du conseil
agitèrent le sort de Marie Stuart. Plusieurs proposèrent des mesures
extrêmes, et voulaient condamner Marie pour l'assassinat de Darnley. La
majorité inclina à une décision moins rigoureuse. Elle conclut à
dépouiller Marie de la royauté dont elle s'était rendue indigne. Elle
était alors tellement tombée dans l'estime de l'Europe, le mépris
universel l'avait tellement découronnée, que du Croc, l'ambassadeur des
Guise autant que du roi de France, s'entendit avec les lords du conseil
pour sauver le trône des Stuarts en l'assurant à Jacques VI. Ils
députèrent à la reine Ruthven, Melvil et Lindsey, afin de la plier à
leurs desseins. Marie, avertie par Trokmorton que tout ce qu'elle
promettrait dans sa prison ne l'engagerait point, céda aux injonctions
de ses ennemis. Sir Robert Melvil, en qui elle avait foi, lui parla
secrètement dans le sens de Trokmorton. Ruthven, dont le père s'était si
barbarement signalé dans l'assassinat de Riccio, était absent ce
jour-là, malgré le témoignage contraire de quelques historiens. C'est
Lindsey qui présenta la plume à la reine, et qui la pressa de tracer son
nom au bas des actes qui lui étaient imposés. Il ajouta violemment et
avec un accent qui fit tressaillir Marie, que c'était le seul moyen de
racheter sa tête. Comme elle hésitait, il avança la main, et du même
gantelet de fer qu'il avait envoyé de la colline de Carberry à Bothwell
en signe de défi, il serra jusqu'à le meurtrir le bras de la reine trop
lente à signer.
Ce fut le 24 juillet 1567 que Marie Stuart, brutalement contrainte,
abdiqua en faveur de son fils, et nomma régent le comte de Murray. Le
jeune prince fut reconnu roi et sacré le 29 à Stirling. Le comte de Marr
le tenait dans ses bras pendant la cérémonie. Le comte de Morton à
droite, le comte d'Athol à gauche, portaient l'un le sceptre, l'autre la
couronne ornée du chardon. L'épée était aux mains de lord Glencairn.
Knox, sorti depuis quelque temps de sa retraite, prêcha. Dans un sermon
véhément, il déchaîna sur l'assemblée et sur l'Écosse tous les orages de
sa solitude, il secoua toutes les torches de son fanatisme politique et
religieux.
Murray, qui avait quitté précipitamment la France, se rendit à Londres,
où il conféra avec les ministres d'Élisabeth. Le 11 août, il était à
Édimbourg. Sûr d'être élevé à la régence par les lords presbytériens, il
ne dédaigna pas de donner à son droit une sanction de plus: le vœu
spontané de la reine captive. Il la visita à Lochleven. Marie, qui
l'aimait encore, l'accueillit comme une espérance. Murray, dans les deux
premières entrevues qu'il eut avec elle, fut sévère jusqu'à la dureté;
dans la troisième il parut s'attendrir; et la reine, touchée, lui
demanda tout en larmes d'accepter la régence. Elle l'en supplia en son
nom et au nom de son fils. Alors Murray s'engagea à subir ce triste
fardeau du pouvoir par dévouement pour elle et pour le jeune roi. Marie
se crut sauvée, en échappant à l'autorité du conseil qui aurait gouverné
si Murray eût refusé la régence, et Murray, heureux de son stratagème
profond, s'empara de la dictature qui aurait écrasé tout autre que lui.
Il s'empressa de la légitimer auprès des nobles, en déclarant qu'il la
tenait de leur confiance; auprès des puissances étrangères, en alléguant
qu'il avait fléchi aux prières de sa sœur; auprès du clergé presbytérien
et du peuple, en jurant qu'il n'oublierait pas son premier devoir qui
était envers l'Évangile. «... J'aurai soin, écrivait-il dans une
proclamation célèbre, de chasser du royaume d'Écosse et de ses
dépendances, tous les hérétiques et ennemis de la véritable religion du
Christ.»
Pendant que ces événements s'accomplissaient à Lochleven et à Édimbourg,
Bothwell se réfugia dans les Shetland. Traqué par Kirkaldy de Grange et
par la haine écossaise, il recommença son ancien métier de corsaire. La
mer du Nord le revit sur son brick redouté. Il fut pris enfin dans un
dernier combat, dans un combat acharné, au milieu d'une tempête.
Bothwell, son brigantin démâté, ses canons éteints, s'obstina contre les
éléments, contre les ennemis et contre le sort. Il répondit longtemps à
une formidable artillerie, par une fusillade de plus en plus faible. Ce
fut seulement quand il n'y eut plus d'espoir que blessé, sanglant, il
baissa son pavillon noir de pirate devant le drapeau rouge étoilé de la
croix blanche, pavillon glorieux du Danemark.
Il fut condamné à une prison perpétuelle. Selon le mode le plus
ignominieux de la dégradation des chevaliers, le bourreau brisa à coups
de hache les éperons de Bothwell, qui fut enfermé entre les quatre murs
du château de Malmoë, seul avec sa conscience et ses souvenirs, dénué de
toute consolation, privé même d'un serviteur. Triste retour des choses
humaines! Cet aventurier audacieux, qui croyait grandir toujours par les
attentats, au lieu de vivre sur le trône, ainsi qu'il s'en était flatté,
parmi les délices de l'amour et les splendeurs d'Holyrood, fut jeté dans
l'humide solitude d'une forteresse. Ce qui s'entre-choqua de regrets, de
révolte, de désespoir dans cette âme superbe, Dieu seul le sait! Tantôt
debout à sa fenêtre, un tremblement nerveux agitait tous ses membres,
tantôt accroupi sur sa natte comme un athlète terrassé, une sueur froide
mouillait son visage. Il écoutait dans un farouche silence les bruits du
dehors et du dedans, le pas des geôliers, le cliquetis des clefs à leur
ceinture, le retentissement des armes sur les dalles des corridors et
sur le pavé des cours, le cri du hibou, le gémissement du vent et des
flots du Sund, le ruissellement de la pluie sur le toit, le roulement de
la foudre sur les créneaux, et plus haut peut-être que toutes ces voix,
la voix du sang injustement versé! Ces choses sans cesse entendues
firent plus que le tuer; elles le rendirent fou.
Cependant Marie Stuart expiait de son côté ses fautes et son forfait.
Reléguée dans une petite île, en un donjon délabré, où elle n'avait pour
promenoir qu'un espace de cinquante pieds, elle luttait sans cesse
contre le découragement. Du haut de sa tour de Lochleven elle regardait
aux quatre coins de l'horizon, à l'orient et à l'occident, au sud et au
septentrion, interrogeant l'air, sondant l'étendue, appelant de toutes
les puissances de son désir des secours et des partisans.
Ce séjour de Lochleven, sur lequel le roman et la poésie ont répandu des
lueurs si charmantes, l'histoire plus vraie ne peut le peindre que dans
sa nudité et dans ses horreurs. Le château, ou plutôt le fort, n'était
qu'un bloc massif de granit, flanqué de deux lourdes tours, peuplé de
chauves-souris, éternellement noyé dans la brume, défendu par les eaux
du lac, par le fanatisme, par la vengeance. C'est là que gémissait Marie
Stuart, opprimée sous les violences des lords presbytériens, déchirée
par le remords, troublée par les fantômes du passé et par les terreurs
de l'avenir.
Et ce qui ajoutait aux tortures de sa captivité, c'est qu'elle était
grosse dans ce donjon. Elle y accoucha, au mois de février 1568, d'une
fille qui fut emmenée sur le continent, et qui devint religieuse au
couvent de Notre-Dame de Soissons.
Entièrement guérie, mais profondément triste, Marie Stuart écrivait, le
31 mars 1568, à l'archevêque de Glasgow, en France:
«De Lochleven.
«Monsieur de Glascow, votre frère (John Beatoun), vous fera entendre
ma misérable condition; et, je vous prie, présentez-le et ses lettres,
sollicitant ce que vous pourrez en ma faveur. Il vous dira le surplus:
car je n'ai ni papier ni temps pour écrire davantage, sinon prier le
roy, la royne et mes oncles de brusler mes lettres: car si l'on sait
que j'ai escrit, il coûtera la vie à beaucoup, et mettra la mienne en
hasard, et me fera garder plus estroitement. Dieu vous ait en sa garde
et me donne patience!
«De ma prison, ce dernier mars, votre ancienne bien bonne maistresse
et amie,
«MARIE, R. (ROYNE), maintenant prisonnière.»
Elle écrivait à Catherine de Médicis:
«De Lochleven, le 1er mai 1568.
«Madame, je vous envoye ce porteur pour l'occasion que j'écris au roy
vostre fils. Il vous dira plus au long, car je suis guestée de si
près, que je n'ay loisir que durant leur disner, ou quand ils dorment,
que je me relesve: car leurs filles couschent avec moy. Ce porteur
vous dira tout. Je vous supplie lui donner crédit et le fayre
récompancer autant que m'aimés. Je vous supplie d'avoir tous deux
pitié de moy; car si vous ne me tirés par force, je ne sortiray
jamays.
«MARIE, R.»
Malgré ses malheurs et ses douleurs, malgré les outrages dont elle avait
été abreuvée, les colères dont elle avait été poursuivie, Marie n'avait
pas désappris de séduire. Elle sut inspirer une ardente passion à George
Douglas, le plus jeune frère du laird de Lochleven. Elle lui donna même
l'espérance de faire casser son mariage avec Bothwell en alléguant la
violence, et de l'épouser ensuite, s'il devenait son libérateur.
Douglas, éperdument amoureux, et qui avait ses entrées libres à
Lochleven, essaya vainement d'en tirer Marie. Convaincu de trahison, il
s'évada du château, mais il ne renonça pas à son dessein.
Marie, de son côté, fit bien des tentatives d'évasion. L'ambassadeur
anglais Drury en raconte une à Cecil:
«Vers le 25 du mois dernier (avril 1568), elle faillit s'échapper, grâce
à sa coutume de passer toutes les matinées dans son lit. Elle s'y prit
ainsi: la blanchisseuse vint de bonne heure, ce qui lui était déjà
arrivé plusieurs fois; et la reine, suivant ce qui avait été convenu,
mit la coiffe de cette femme, se chargea d'un paquet de linge, et se
couvrant la figure de son manteau, elle sortit du château et entra dans
la barque qui sert à passer le loch. Au bout de quelques instants, un
des rameurs dit en riant: «Voyons donc quelle espèce de dame nous avons
là?» Il voulait en même temps découvrir son visage. Pour l'en empêcher
elle leva les mains. Il remarqua leur beauté et leur blancheur, qui
firent aussitôt soupçonner qui elle était. Elle parut peu effrayée. Elle
ordonna, sous peine de la vie, aux mariniers de la conduire à la côte;
mais, sans faire attention à ses paroles, ils ramèrent aussitôt en sens
contraire, lui promettant le secret, surtout envers le lord à la garde
duquel elle était confiée. Il semble qu'elle connaissait le lieu où, une
lois débarquée, elle se serait réfugiée, car on voyait et l'on voit
encore rôder dans un petit village nommé Kinross, près des bords du
loch, George Douglas, avec deux serviteurs de Marie jadis très-dévoués,
et paraissant l'être toujours.»
Elle avait en effet des intelligences au dedans et au dehors de sa
prison. Après la fuite de George Douglas, un de ses jeunes parents, son
confident, qu'on appelait le _petit Douglas_, et qui était amoureux
aussi de la reine, bien qu'il ne fût âgé que de seize ans, réussit là où
son ami George avait échoué. Cet enfant hardi, fier de son dirk de
montagnard, la première arme qu'il eût portée, heureux de la confiance
de la reine, la première femme qu'il eût aimée, déroba les clefs du
château à l'heure du souper, et, pendant que les geôliers reposaient, il
ouvrit à Marie les portes qu'il referma sur les gardes (2 mai 1568). Il
avait eu soin d'allumer un fanal à l'une des fenêtres les plus élevées
de la forteresse pour avertir ses amis. Il conduisit la reine déguisée
dans un petit bateau qui les attendait. Il jeta les clefs dans le lac.
La reine priait mentalement le Dieu qui commande aux vents et aux flots,
tandis que les rames battaient, semblables à des ailes, et entraînaient
la barque légère. Marie, comme pour reprendre possession du sceptre,
cueillit un lis sur les eaux et un chardon sur la rive où elle eut
bientôt abordé. Ces plantes étaient le double emblème de ses deux
royautés en France et en Écosse.
George Douglas et John Beatoun erraient dans les environs depuis quelque
temps. Ils étaient couchés parmi les herbes, lorsqu'ils aperçurent le
signal convenu et la barque voguant vers eux. Ils se levèrent et
coururent la recevoir avec des transports de joie.
Peu d'instants après le débarquement de Marie, un cor se fit entendre au
loin. «Ce sont, dit John Beatoun, nos amis qui ont aussi aperçu le
signal.--Oui, oui, s'écria la reine qui avait écouté d'abord avec
inquiétude, oui, c'est Claude Hamilton. Je le reconnais, ajouta-t-elle
en se tournant vers George Douglas, comme l'un de vos ancêtres, lord
James, reconnut la présence inattendue de son souverain, mon glorieux
aïeul Robert Bruce, aux sons trois fois répétés du cor d'ivoire du
héros.»
Marie ne se trompait pas. C'était lord Claude Hamilton qui, averti par
un de ses espions et par le fanal, rejoignait la reine avec une troupe
nombreuse. Il la conduisit à West-Niddrie, château de lord Seaton.
Le lendemain elle arriva au château d'Hamilton et y révoqua
solennellement son abdication. Les comtes d'Argill, d'Eglington, de
Rothes, les lords Somerville, Herries, Ross, Yester et un grand nombre
d'autres s'empressèrent de la reconnaître comme reine. M. de Beaumont,
envoyé de Charles IX, se rendit aussi près d'elle au milieu de ce
mouvement chevaleresque.
Ce fut d'Hamilton que Marie Stuart convoqua tous les seigneurs qu'elle
croyait fidèles. Ils devaient être pourvus de tentes de campement et de
vivres pour vingt jours.
Elle n'oublia rien pour porter au comble le dévouement de son parti.
Elle redoubla de séduction, de grâce et d'entraînement. Elle paraissait
quelquefois inopinément à la fin des repas. Des toasts bruyants
l'accueillaient. Les coupes s'entre-choquaient pour elle, et les lords
buvaient à la prospérité de l'Écosse et de Marie.
Un jour, au dessert, s'aidant d'un de ces symboles familiers au génie
des peuples du Nord, elle apporta elle-même un mets couvert qu'elle
présenta à ses hôtes, et qu'elle déclara avoir préparé de ses royales
mains. Chacun attendit avec impatience. La reine alors découvrit le plat
sur lequel brillait une paire d'éperons. Un enthousiasme subit électrisa
les convives, qui saluèrent la reine de vivat répétés, et qui, en signe
d'adhésion, poussant leurs cris de guerre, jurèrent tous de monter à
cheval et de vaincre ou de mourir pour Marie Stuart.
Elle se trouva bientôt après son évasion à la tête d'une armée de six
mille hommes. Elle consuma du temps en négociations avec Murray. Elle se
souvenait de Carberry-Hill, la journée qui lui avait enlevé le trône,
Bothwell et la liberté. Elle se méfiait du jeu des batailles. Elle
n'était pas heureuse, et elle craignait de perdre.
Le 12 mai, Murray, rompant toute espérance d'accord pacifique, déclara,
en sa qualité de régent du royaume, les partisans de Marie Stuart
coupables de haute trahison.
Le 13, Marie quitta le château d'Hamilton pour gagner Dumbarton, où les
chefs qui l'entouraient comptaient la mettre en sûreté avant d'ouvrir la
campagne.
Murray attendait au village de Langside avec des troupes peu nombreuses,
mais bien disciplinées, Marie Stuart et son armée commandée par le comte
d'Argill. Les Hamilton et les autres gentilshommes de l'avant-garde,
sans songer à autre chose qu'à se bien battre, voulurent forcer le
passage. L'archevêque de Saint-André, qui se voyait déjà le maître de la
reine et du royaume, excitait cette folle ardeur au lieu de la modérer.
Le village était situé sur la colline. Kirkaldy de Grange, investi de
toute la confiance de Murray, avait ordonné que chaque cavalier prît en
croupe un fantassin du régent. Il les groupa en haut, tout autour du
village. Il plaça un corps d'arquebusiers en bas, à l'entrée du défilé
que dominait le village, et vers lequel allait se précipiter la
cavalerie de la reine. De Grange embusqua ses arquebusiers entre
quelques cabanes de bûcherons et dans des bouquets de coudriers, afin de
résister au choc des Hamilton par cette stratégie formidable. Les
Hamilton se jetèrent avec impétuosité sur le défilé. «Claymores!
criaient-ils à l'avant-garde, qui répondait par ce chant sauvage: Venez,
corbeaux et vautours, venez, nous vous donnerons la pâture...»
Ces paroles, véritable _Marseillaise_ des Highlands, n'ont pas sauvé
leur poëte inconnu de l'oubli, mais l'air inspiré qui les notait,
vibrant des poitrines et des cornemuses, retentissait comme le prélude
du carnage et de la mort.
Un combat très-vif s'engagea. Il fut surtout meurtrier à l'entrée du
défilé. Lord Arbroath se lança plusieurs fois avec les Hamilton au
premier rang de l'avant-garde pour enlever cette position si bien
fortifiée par de Grange. La brillante ardeur des cavaliers de la reine
venait se briser contre les arquebusiers si admirablement postés, et
dont cet avantage enflammait encore la bravoure. On citait longtemps
après le courage indomptable d'Alexandre Hume qui les animait par son
exemple. Il était descendu de cheval, et combattait au milieu d'eux
comme un simple soldat, la pique à la main. Abattu à plusieurs reprises,
toujours il se relevait et recommençait de nouveaux prodiges. A la fin,
renversé dans un fossé, son beau-frère, lord Cessford, qui ne l'avait
pas quitté un instant, fut obligé d'aider à le remettre debout. Hume,
couvert de blessures, inondé de sang, continua de combattre; et comme,
après tant de décharges, la poudre et les balles manquaient, les
soldats, sur son ordre, se servirent des crosses de leurs fusils contre
les ennemis.
Ce fut à cet endroit du défilé que l'engagement fut le plus acharné, et
que la reine perdit le plus de monde. Il fut enfin forcé; mais les
Hamilton arrivèrent au village de Langside harassés par ce premier
combat, essoufflés par la montée. De Grange les y reçut avec des troupes
fraîches. Il se porta partout où sa présence était nécessaire, soutenant
les uns, aiguillonnant les autres, disciplinant cette anarchie sanglante
de la bataille aux calculs les plus profonds et aux inspirations les
plus soudaines.
Dans un moment où la fortune était douteuse, il courut à l'aile droite
de la garde du régent. Suivi de Lindsey, de Ruthven, et de quelques
autres seigneurs intrépides qu'il avait autour de lui, il arrêta cette
aile qui allait plier, et il l'entraîna dans la mêlée en lui
communiquant son élan. Il rétablit le combat, et prépara ainsi une
seconde fois la victoire. Le comte de Morton la décida par une manœuvre
que ses adversaires étaient incapables de prévoir, tant leur furie les
aveuglait! Il tourna la colline et les prit en flanc. Dès lors, entre
deux feux, entre deux forêts de lances, l'armée de la reine se dispersa,
malgré la valeur fabuleuse de toute cette chevalerie. Il y avait là des
bras et des cœurs; il n'y avait pas une tête. L'infortunée Marie fut
témoin de cette défaite. Elle y assista dans un flux et un reflux de
découragement et d'espérance, et dans une angoisse inexprimable, de la
galerie du château de Cathcart, situé à quelques milles du château de
Crookston, qui appartenait au comte de Lennox, et où elle avait passé
les meilleurs jours de son mariage avec Darnley.
Le chef qui, dans cette journée, eut les illuminations les plus vives,
et qui se multiplia le plus sur tous les points menacés, Kirkaldy de
Grange, était atteint depuis quelques semaines d'une fièvre qui avait
épuisé ses forces. Le matin de la bataille, il se fit habiller et armer
par son frère et par son écuyer. Ils hésitèrent d'abord, le suppliant de
ne pas monter à cheval dans l'état où il était. Kirkaldy insista avec
autorité, et ils obéirent à regret. Quand il fut revêtu de sa cotte de
mailles et ceint de son épée, Kirkaldy se trouva mieux. Il s'avança
lentement jusqu'à son cheval. Il était néanmoins si chancelant qu'il
fallut le mettre en selle, et que son frère et son écuyer se placèrent à
ses côtés avec une sollicitude inquiète. Lorsqu'il eut gravi la colline
au sommet de laquelle il devait faire des dispositions si heureuses, le
champ de bataille, puis les éclairs et le cliquetis des glaives, le
bruit de l'artillerie, l'odeur de la poudre, lui communiquèrent une
vigueur nouvelle. Il respira fortement, et une vieille chronique
presbytérienne dit que son souffle ressemblait à un hennissement. Il eut
de rapides frissons, de courts tressaillements, durant lesquels l'ange
de la guerre le secoua si puissamment, que la violence de ses émotions
et l'agitation de tous ses esprits le guérirent. La même chronique
remarque, dans un étonnement superstitieux, que le cheval de Kirkaldy de
Grange comprit toutes ces phases diverses des souffrances et du
rétablissement de son maître; qu'il le ménagea d'abord, mesurant son pas
avec un tact presque humain, et qu'il l'emporta plus tard au gré de tous
les essors de l'âme héroïque qu'il semblait reconnaître, deviner et
seconder.
Kirkaldy de Grange fut le héros le plus pur de cette journée mémorable,
car un égoïsme machiavélique absorbait Morton, et l'ambition, une
ambition trop personnelle, altérait chez Murray le zèle du bien public.
Cette victoire fut complète. Les talents supérieurs de Murray, de
Morton, et surtout de Kirkaldy de Grange, prévalurent sur les prouesses
chevaleresques des partisans de la reine. L'étoile de Marie pâlit et
sombra. La mêlée de Langside fut un oracle du dieu des armées. Il
prononça sur ce petit champ de bataille, jonché seulement de trois cents
morts, que l'Écosse serait protestante, que Marie n'aurait désormais
pour royaume qu'une prison, pour trône peut-être qu'un échafaud.