«Paris, le 18 août 1812.
«Monsieur le maréchal, M. Fabvier, votre aide de camp, arriva hier avec
vos dépêches des 31 juillet et 6 août; je les attendais avec une vive
impatience, les nouvelles anglaises, pleines d'exagération, ayant
devancé les vôtres à Taris. C'est à l'Empereur qu'il appartient de juger
tout ce qui est relatif à la fâcheuse affaire du 22 juillet; mais, quels
qu'en puissent être l'effet et les conséquences, je me persuade que
l'Empereur ne verra dans tout ce qui s'est passé que de nouvelles
preuves de votre dévouement pour son service, et que Sa Majesté sera
vivement touchée de l'accident qui, au commencement de la bataille du 22
juillet, vous a privé du commandement réel de l'armée de Portugal. Je
suis personnellement affecté de ce malheureux événement, et l'ancien
attachement que Votre Excellence me connaît pour elle ne lui laissera
aucun doute sur les sentiments pénibles qui m'agitent en ce moment. Je
me flatte, monsieur le maréchal, que vos blessures n'auront aucune suite
fâcheuse, et j'ai appris avec plaisir que votre état n'était point
dangereux. Je n'hésite point à accorder à Votre Excellence la permission
de rentrer en France et de se rendre à Paris si elle le juge à propos.
Si la fortune a trahi vos espérances, monsieur le maréchal, je vois, par
les lettres que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire, que, ses coups
se sont arrêtés devant la noblesse de vos sentiments, l'élévation de vos
pensées, et qu'ils ne pouvaient porter atteinte à votre zèle pour le
service de l'Empereur, à votre attachement et à votre dévouement pour sa
personne.
«Un maréchal de l'empire va partir pour prendre le commandement de
l'armée de Portugal.»