«Madrid, le 21 juillet 1812.
«Ayant perdu l'espérance de vous faire secourir par des troupes de
l'armée du Midi et de l'armée d'Aragon, j'ai pris le parti d'évacuer
toutes les provinces comprises dans l'arrondissement de l'armée du
Centre, et je n'ai laissé de garnison qu'à Madrid, Tolède et
Guadalaxara, et je pars ce soir avec un corps de treize à quatorze mille
hommes. Je vais me diriger sur Villacastin, Arevalo, et, de là, je me
porterai sur Ormedo pour m'unir à vous, ou sur Fontiveros et la Tormès,
pour menacer les communications de l'ennemi suivant les événements et le
parti que vous prendrez. J'ignore votre position, je n'ai pas de notions
bien précises sur celles de l'ennemi ni sur ses forces; je ne peux donc
pas juger de ce que vous pouvez faire, et, par conséquent, vous envoyer
des ordres formels: ainsi c'est à vous à me faire savoir ce que vous
êtes dans le cas d'entreprendre au moyen des secours que je vous mène,
et j'agirai en conséquence. Je vous fais seulement observer que je ne
veux pas être longtemps éloigné de ma capitale; il faut donc agir
promptement. Je vous préviens aussi que je ne peux me réunir avec vous
qu'autant que vous passerez le Duero, étant dans la ferme résolution de
ne pas passer la rive droite de ce fleuve, et de me tenir plutôt en
Andalousie pour y chercher l'armée du Midi, et revenir ensuite au centre
de l'Espagne et y livrer bataille à l'armée anglaise. Calculez, d'après
cela, ce que vous pouvez entreprendre, faites-le-moi savoir, et je ferai
tout ce qu'il me sera possible de faire avec le corps de troupes qui est
à moi. Je dois vous faire observer que, tant que je ne connaîtrai pas
vos intentions, je devrai agir avec circonspection, afin de ne pas
m'exposer à être battu ou au moins à reculer. Mon mouvement doit
nécessairement fixer l'attention de l'ennemi; il devra détacher des
troupes pour m'observer, c'est à vous à en profiter pour agir, afin de
ne pas laisser à lord Wellington la facilité de faire impunément un
détachement sur moi.
«Je vous ai développé plus haut les motifs qui m'empêchent de vous
donner des ordres précis; mais voici mon opinion sur la manière dont
vous devez agir: aussitôt que lord Wellington aura fait un détachement
sur moi, vous devez vous porter sur la rive gauche du Duero, soit par le
pont de Tordesillas, soit par le pont de Toro. Si vous passez par
Tordesillas, je me porterai sur Médina ou Valdestellas afin de me réunir
à vous, et ensuite nous agirons avec vigueur. Si vous passiez à Toro et
que vous vous portiez sur Salamanque, je me porterai sur Alba de Tormès
par Fontiveros. Cette dernière opération aurait l'avantage de forcer
lord Wellington à quitter les environs de Tordesillas pour se réunir à
Salamanque, et un premier mouvement rétrograde serait fort avantageux
pour l'opinion et nous donnerait la faculté de nous réunir. Il n'est pas
probable que lord Wellington se hasarde à passer sur la rive droite du
Duero par Tordesillas lorsqu'il verra que vous et moi nous nous portons
sur Salamanque, puisqu'il perdrait sa ligne d'opération sur le Portugal,
à laquelle il doit tenir beaucoup. Je n'hésiterais pas même à vous
donner l'ordre de vous porter rapidement sur Toro, et de là sur
Salamanque, si je savais ce qui se passe sur la rive droite du Duero, où
on dit qu'une armée espagnole est en opération. Cependant je ne puis me
dispenser de vous faire observer que cette armée sera bientôt dispersée
si nous parvenons à battre l'armée anglaise. Faites-moi donc savoir,
monsieur le maréchal, ce que vous croyez pouvoir entreprendre, et
comptez que de mon coté je ferai tout ce qui dépendra de moi.»