«Madrid, le 18 juin 1812.
«Monsieur le duc, le maréchal Jourdan m'a communiqué votre lettre du 14.
J'espère que, si le général Hill s'est réuni au gros de l'armée
anglaise, le général Drouet aura suivi son mouvement et qu'il arrivera
bientôt dans la vallée du Tage. Je ne saurais supposer que le duc de
Dalmatie n'exécute pas les ordres formels que je lui ai donnés à cet
égard, et que j'ai si souvent réitérés. J'espère aussi que le général
Caffarelli vous enverra quelques secours.
«Je viens d'envoyer ordre aux troupes qui sont dans la Manche de venir
sur le Tage. Je les réunirai à celles qui sont sous le commandement du
général Treillard, ce qui formera un petit corps d'environ quatre mille
hommes, qui agira avec les troupes de l'armée du Midi, sous les ordres
du comte d'Erlon.
«Je pense que, si le général Hill est resté avec dix-huit mille hommes
sur la rive gauche du Tage, vous serez en état de battre l'armée
anglaise, surtout si vous recevez quelques secours de l'armée du Nord.
C'est à vous à bien choisir votre champ de bataille et de bien faire vos
dispositions; mais je conçois que, si le général Hill est réuni au gros
de l'armée anglaise, le succès pourrait être incertain si vous combattez
seul. Je pense que, dans ce cas, vous devez éviter de livrer bataille
avant l'arrivée des troupes du général Drouet et de celles que j'ai fait
demander au maréchal Suchet. Si les ordres que j'ai donnés à ce maréchal
et au duc de Dalmatie sont exécutés, le succès est certain. Il ne
faudrait donc pas le compromettre par trop de précipitation. Il serait
moins dangereux de céder un peu de terrain. J'ai cru devoir vous
adresser ces réflexions, afin que, suivant les circonstances, vous en
fassiez l'usage convenable. Je n'hésiterais pas même à vous donner
l'ordre positif de refuser la bataille si j'étais certain de l'arrivée
du général Drouet avec quinze mille hommes et de l'arrivée de la
division de l'armée d'Aragon; car alors l'armée anglaise serait
fortement compromise. Mais, dans l'incertitude où je suis à cet égard,
je ne puis que vous répéter que, si le général Hill est encore sur la
rive gauche du Tage, vous devez bien choisir votre terrain et bien faire
vos dispositions pour livrer bataille avec toutes vos forces réunies;
mais que, si le corps du général Hill est réuni à lord Wellington, vous
devez éviter de combattre aussi longtemps que cela vous sera possible,
afin d'attendre les secours qui sans doute arriveront. Je viens de
réitérer à cet égard mes ordres au maréchal Suchet et au duc de
Dalmatie, et je vais les réitérer au général Caffarelli.»