«Madrid, le 3 juin 1812.
«Monsieur le maréchal, vous avez déjà été instruit, par M. le prince de
Neufchâtel, que l'Empereur avait jugé à propos de me confier le
commandement de ses armées dans la Péninsule. M. le prince de
Neufchâtel, en partant pour le nord de l'Europe, me prévient, le 4 mai,
que le ministre de la guerre est chargé de recevoir à Paris la
correspondance des armées d'Espagne et de Portugal.
«L'Empereur est parti de Paris le 9. Au moment de son départ, Sa Majesté
a chargé son ministre de la guerre de me faire connaître ses intentions.
«M. le duc de Feltre m'écrit que l'Empereur n'avait pas cru devoir me
lier par des instructions impératives; qu'en général conserver les
conquêtes faites, s'occuper particulièrement du Nord, afin de maintenir
les communications avec la France; attendre, dans cette altitude
imposante, le moment de prendre l'offensive contre les Anglais, étaient
les vues de l'Empereur et le but qu'on devait se proposer dans la
conduite de la guerre en Espagne. J'ai besoin que vous mettiez autant
d'empressement à me seconder que je mettrai de zèle à remplir la tâche
qui m'est imposée.
«Vous devez, monsieur le duc, multiplier vos rapports avec moi, établir
vos communications avec Madrid, pour qu'ils puissent me parvenir
promptement, et que je puisse également vous transmettre mes ordres. Il
faut que je connaisse toujours la situation de l'armée que vous
commandez, l'emplacement de vos troupes, les forces et les mouvements de
l'ennemi que vous avez devant vous et l'état politique des provinces que
vous occupez.
«Je recevrai avec plaisir votre opinion sur ce que vous croirez
convenable de faire; je la provoque même dans la persuasion où je suis
que votre expérience peut m'être utile; mais, quand vous recevrez un
ordre de moi, vous devrez l'exécuter sur-le-champ, sans quoi vous
resterez responsable des événements.
«Vous donnerez l'ordre aux intendances de me rendre compte de
l'administration des provinces, comprises dans l'étendue de votre
commandement. Vous prescrirez aussi à l'ordonnateur en chef de l'armée
de me rendre également compte de l'administration militaire. Ils
m'adresseront d'abord un rapport sur la situation de l'administration,
et ensuite ils m'enverront les mêmes rapports qu'ils font passer au
ministre de la guerre à Paris.
«Veuillez, monsieur le maréchal, faire annoncer à l'armée que vous
commandez, par la voie de l'ordre du jour, que l'Empereur m'a confié le
commandement de ses armées dans la Péninsule, et nommé le maréchal de
l'Empire Jourdan chef de l'état-major général. Vous ordonnerez aux
gouverneurs et commandants des provinces, places et arrondissements,
d'adresser à mon état-major les rapports qu'ils étaient dans l'usage
d'adresser au prince de Neufchâtel, et à votre chef d'état-major d'y
faire passer copie de tous les ordres du jour.»