LE GÉNÉRAL DORSENNE AU MARÉCHAL MARMONT.

«Valladolid, le 27 janvier 1812.

«Mon cher maréchal, Votre Excellence est sans doute instruite que le

mouvement des corps et détachements de son armée, qui devaient être

dirigés sur Toro, est entièrement exécuté.

«Les rapports que je reçois m'annoncent que toutes les bandes sont en

mouvement dans les provinces du Nord et se réunissent; que quatre mille

insurgés ont investi la place d'Armanda, où il n'y a pour toute garnison

que trois cents hommes d'infanterie de l'armée de Portugal, qui gardent

les magasins et l'artillerie du fort de Rahabon, que j'ai été obligé de

faire désarmer, et qui succomberont s'ils ne sont promptement secourus;

que le comte Montijo retourne sur Soria avec huit mille Espagnols, ayant

de nouveau le projet de faire l'attaque de cette place avec du canon;

enfin que les garnisons et postes sont fortement menacés; que les

communications deviennent de plus en plus difficiles, et qu'il ne se

passe pas de jour, depuis que j'ai retiré la division de tirailleurs de

la garde du cinquième gouvernement, où il n'arrive des événements. Dans

cet état de choses, comme il est à supposer, et que tout paraît même

confirmer que l'armée anglo-portugaise se tiendra pour le moment à

Rodrigo et ne tentera rien sur Salamanque, je prie Votre Excellence de

trouver bon que je rappelle la division Roguet, son artillerie, et la

cavalerie du général Laferrière, afin de les employer de suite à faire

une guerre à outrance aux guérillas, à rendre la tranquillité au pays, à

conserver nos établissements et nos ressources en subsistances. Je la

prie aussi de prendre des dispositions pour faire relever de suite

toutes les troupes de l'armée du Nord qui se trouvent encore dans les

sixième et septième gouvernements, afin de me mettre à même d'exécuter

les ordres réitérés de l'Empereur relatifs à sa garde, dont j'ai eu

l'honneur de faire part à Votre Excellence.

«Le général de division Abbé, commandant en Navarre, vient d'éprouver, à

la tête de toutes les forces disponibles de cette province, un échec où

il a perdu trois à quatre cents hommes. Cet événement est d'autant plus

malheureux, qu'il augmente l'audace des bandes, et il n'y a pas un

instant à perdre pour les attaquer, les diviser et les détruire, sans

quoi la chose deviendrait très-sérieuse et le mal irréparable.

«J'attends une prompte réponse de Votre Excellence. Je n'ai pas encore

de nouvelles de l'aide de camp que je lui ai dépêché pour lui porter ma

lettre du 23 courant.

«J'apprends que l'officier du génie qui était à Astorga a été transporté

à Benavente dangereusement malade. Il paraît urgent de le faire

remplacer, pour que les travaux ne restent pas suspendus.»

Mémoires du maréchal Marmont, duc de Raguse (4/9) · 第 59 / 127 题