«Paris, le 23 janvier 1812.
«Je vous envoie, monsieur le maréchal, un _Moniteur_ qui vous fera
connaître l'état de choses du côté de Valence. L'Empereur a vu avec
peine, monsieur le duc, la mauvaise direction donnée au général
Montbrun, et que les ordres et contre-ordres donnés ont rendu inutile le
mouvement que Sa Majesté avait prescrit. Vous avez reçu, le 13 décembre,
l'ordre d'envoyer six mille hommes sur Cuença pour renforcer le général
d'Armagnac et le mettre à même de marcher rapidement sur le corps
espagnol qui était à Requeña en Utiel. Sa Majesté était fondée à croire
que, le 24 ou le 25, cette puissante diversion aurait agi.
«Les ordres de l'Empereur n'ont donc pas été exécutés comme Sa Majesté
le désirait. Cela provient de ce que vous avez hésité dans vos
dispositions. Au lieu d'un corps volant que l'Empereur voulait lancer à
tire-d'aile sur Cuença, vous avez voulu faire marcher un corps d'armée
et trente pièces de canon. Sa Majesté (je dois vous le dire, monsieur le
maréchal) pense que, dans cette circonstance, vous avez plus calculé
votre gloire personnelle que le bien de son service. Vous connaisses
assez l'Empereur, monsieur le maréchal, pour concevoir que, s'il eût
voulu opérer une grande diversion en portant un corps d'armée et trente
pièces de canon sur Valence, il vous aurait ordonné de passer par
Almanza. Il en résulte qu'un mois après l'ordre que vous avez reçu
d'envoyer un corps de six mille hommes sur Cuença l'ennemi était
toujours maître de Requeña, et qu'alors tous n'aviez rien fait pour
l'avantage de l'armée de Valence.
«L'Empereur, monsieur le duc, espère que cette lettre vous trouvera à
Valladolid. Sa Majesté vous ordonne de suivre strictement les ordres
ci-après:
«1° Rappelez, si vous ne l'avez déjà fait, le corps du général Montbrun;
«2° Vingt-quatre heures après la réception de cet ordre, faites partir
une des divisions de votre armée avec son artillerie, et organisée comme
elle se trouvera au moment où vous recevrez cet ordre, et vous la
dirigerez sur Burgos pour faire partie de l'armée du Nord. Sa Majesté
défend que vous changiez aucun officier général de la division que vous
enverrez, et qu'on y fasse aucune mutation.
«Vous recevrez, en échange, trois régiments de marche, forts de cinq
mille hommes présents, que vous incorporerez dans vos régiments. Ces
régiments de marche partiront le même jour que la division que vous avez
l'ordre d'envoyer à Burgos y arrivera. Toute la garde a l'ordre de
rentrer en France, ce qu'elle ne pourra faire que quand la division que
vous devez envoyer à Burgos y sera arrivée.
«Valence pris, le général Caffarelli se rendra à Pampelune pour faire
également partie de l'armée du Nord. Cette armée se trouvera donc
composée de trois divisions, savoir:
«Celle que je vous donne l'ordre d'y envoyer;
«La division Caffarelli,
«Et une troisième division, que le général Dorsenne va former avec le
34e léger, les 113e et 130e de ligne et les Suisses.
«La cavalerie de cette armée sera formée du régiment de lanciers de
Berry, du 1e régiment de hussards, des 15e et 31e de chasseurs, et de la
légion de gendarmerie à cheval.
«Ainsi l'armée du Nord se trouvera à même d'aller à votre secours avec
deux divisions si les Anglais marchaient sur vous. Ce cas arrivant, le
général Reille, qui, aussitôt après la prise de Valence, aura le
commandement du corps d'armée de l'Èbre, pourra, de Saragosse, envoyer
une division sur Pampelune; mais cela n'aurait lieu que dans le cas
seulement où les Anglais déploieraient de grandes forces et feraient un
mouvement offensif sur vous, ce que rien ne porte à penser. Valence
pris, le maréchal Suchet restera dans cette province avec vingt-cinq
mille hommes; le général Reille sera à Lerida avec le corps de l'Èbre,
fort de trente-deux mille hommes, non compris les garnisons des places
de la Basse-Catalogne. Il se placera à Lerida ou à Saragosse. Le général
Dorsenne sera à Burgos avec l'armée du Nord, forte de trente-huit mille
hommes.
«Je vous ai prévenu de l'ordre donné aux trois régiments polonais qui
sont à l'armée du Midi pour rentrer en France: quand ils passeront dans
l'arrondissement de votre armée, activez leur marche, au lieu de la
retarder.»