LE MARÉCHAL SOULT AU MARÉCHAL MARMONT.

«Séville, le 9 décembre 1811.

«Monsieur le maréchal, j'ai l'honneur de vous prévenir qu'en exécution

des ordres que Son Altesse Sérénissime le prince major général m'a

adressés le 28 octobre dernier, je donne ordre à la septième compagnie

du 4e régiment d'artillerie à cheval de se rendre à l'armée de Portugal,

sa nouvelle destination: elle arrivera à Tolède le 30 de ce mois, où

elle attendra les ordres de Votre Excellence. Cette compagnie n'emmènera

que ses chevaux d'escadron.

«Je fais en même temps partir une compagnie de militaires français,

appartenant à des régiments de l'armée de Portugal, qui, étant

prisonniers de guerre, ont été forcés de servir et faisaient partie de

la légion d'Estramadure, commandée par un colonel anglais, sous les

ordres de Murillo et du général Castaños. Le sieur Melhiot,

tambour-major au 76e de ligne, commande cette compagnie; c'est lui qui

l'a conduite à nos avant-postes, il y a quinze jours, du côté de

Aljucen: la manière dont il a ménagé sa rentrée lui fait honneur et

annonce un homme de caractère; j'ai fait donner tout ce qu'il était

possible aux hommes qu'il a ramenés; je dois cependant vous prévenir

que, sur la demande du général commandant l'artillerie de l'armée, j'ai

fait retenir six à sept hommes pour être incorporés dans l'artillerie,

où ils ont demandé à servir; je prie Votre Excellence de l'avoir pour

agréable. J'ai écrit au ministre de la guerre pour lui demander de

vouloir bien approuver cette incorporation.

«J'ai reçu votre réponse au sujet de l'événement arrivé au général

Girard; je n'ai certainement pas entendu que l'armée de Portugal en fût

cause, d'autant plus qu'il pouvait et devait s'éviter; heureusement, il

n'a pas été aussi fâcheux que d'abord on l'avait annoncé. Lorsque je fus

prévenu que vous faisiez un mouvement sur Ciudad-Rodrigo, je me trouvais

sur les frontières de Murcie, et, suivant vos désirs, je donnai l'ordre

que l'on fît un mouvement sur la rive droite de la Guadiana, afin de

retenir les troupes espagnoles et de faire même en sorte de les

compromettre; mais cet ordre fut longtemps à parvenir; ensuite il fut

mal exécuté, et, par la négligence la plus coupable, on s'attira ce

désagrément. Les contributions n'en étaient point le prétexte, quoique

le général Girard dût faire rentrer celles du district de Merida;

d'ailleurs, un motif aussi puéril n'aurait dû, en aucun cas, l'empêcher

de faire son métier.

«Je crois que Votre Excellence est mal instruite au sujet de ce qui

s'est passé à Medellin et dans la Serena; les troupes de l'armée de

Portugal ont emporté de cette contrée beaucoup de denrées, dont elles

n'ont point profité, et, lorsque je l'ai fait réoccuper, on a trouvé le

pays aussi épuisé que le restant de l'Estramadure.

«M. le général comte d'Erlon m'a écrit, le 6 de ce mois, que la division

anglaise du général Hill occupait Albuquerque, et que l'on avait annoncé

son arrivé à Cacerès. Les préparatifs que l'on a remarqués faisaient

croire à un prochain mouvement.

«M. le maréchal duc de Bellune fait en ce moment le siége de Tarifa et

d'Algésiras; je fais momentanément occuper le camp de San-Roch: nous

avons obtenu quelques avantages dans cette partie, sur une armée

anglo-espagnole que les ennemis y formaient; on l'a rejetée sous le

canon de Gibraltar.

«Les troupes ennemies, qui sont en Murcie, avaient fait un mouvement sur

ma gauche; mais, le 26 dernier, elles sont parties précipitamment pour

se porter sur les frontières de la province de Valence; je présume que

les progrès de l'armée d'Aragon y ont donné lieu. Il m'a été fait

rapport que les généraux ennemis avaient dit que, s'ils étaient trop

pressés, ils feraient une trouée par la Manche et iraient joindre

Castaños en Estramadure, auquel ils amèneraient particulièrement leur

cavalerie; si cela se réalise, Votre Excellence sera peut-être à même de

profiter de cet avis.»

Mémoires du maréchal Marmont, duc de Raguse (4/9) · 第 50 / 127 题