Séville, le 2 novembre 1811.
«Vous serez sûrement instruit, lorsque ma lettre vous parviendra, de
l'échec que le général de division Girard a éprouvé à Arroyo-Molinos, en
revenant de Cacerès, où il avait été envoyé pour seconder les opérations
que vous dirigiez sur la rive droite du Tage, d'après l'invitation que
vous m'aviez faite à ce sujet, et aussi pour favoriser la marche de la
colonne destinée pour l'armée du Midi et pour Badajoz, qui doit
déboucher par Almaraz, et m'a été annoncée, depuis trois mois, par Son
Altesse Sérénissime le prince de Neufchâtel.
«Le 28 octobre au matin, le général Girard s'est honteusement laissé
surprendre à Arroyo-Molinos, au moment où il allait se mettre en marche
pour rentrer à Merida, par un corps de dix mille Anglais, commandé par
le lieutenant général Hill; deux régiments, le 34e et le 40e, ont été
défaits, et nous avons éprouvé des pertes; nous n'avons pas même de
nouvelles des généraux Girard, Dembouski et Brun, non plus que du duc
d'Aremberg: le 30, le lieutenant général Hill avait son quartier à
Merida.
«Je ne pense pas que les Anglais soient dans l'intention de pousser plus
loin leur pointe, je suppose même qu'ils rentreront en Portugal;
cependant je fais, autant que mes moyens le permettent, toutes les
dispositions que les circonstances peuvent exiger: mais dans tous les
cas cela est insuffisant; j'ai donc l'honneur de prier Votre Excellence
de vouloir bien faire des démonstrations sur la rive gauche du Tage, et
de pousser une colonne vers Merida, afin de rétablir la communication
entre les deux armées, et pour obliger tous les corps ennemis qui sont
en Estramadure à rentrer en Portugal; l'apparition de cette colonne, et
les mouvements que je ferai opérer sur la rive gauche de la Guadiana,
suffiront pour éloigner de Badajoz les corps ennemis qui auraient pu
s'approcher de cette place, et qui en auraient momentanément intercepté
les communications; du moins résulterat-il que, nos rapports étant
rétablis, nous pourrons plus facilement concerter tes nouvelles
dispositions que les circonstances nous mettront dans le cas de prendre.
«J'ai aussi l'honneur de vous prier, monsieur le maréchal, de vouloir
bien en même temps faire diriger sur l'armée du Midi, par Merida, les
divers corps de troupes qui, d'après les ordres de Son Altesse
Sérénissime le prince major général, doivent la joindre, et se trouvent
dans l'arrondissement de l'armée de Portugal: ces troupes se composent
de la moitié de la colonne que commandait le général Vandermaesen,
laquelle est chargée de la conduite d'un convoi de fonds, du
quarante-quatrième bataillon de la flottille, d'un détachement provenant
du 10e de dragons, destiné pour les 17e et 27e régiments de la même
arme, du régiment de Hesse-Darmstadt, destiné pour Badajoz, d'une
compagnie de sapeurs, et de divers autres détachements.
«Son Altesse Sérénissime le prince major général m'a fait l'honneur de
me prévenir, par ses dernières dépêches, que l'intention de l'Empereur
était que vous tinssiez, à poste fixe, deux divisions d'infanterie et un
corps de cavalerie à Truxillo, afin d'être en mesure de vous porter sur
la Guadiana, si les circonstances l'exigeaient, et pour avoir la
facilité d'être instruit journellement de ce qui se passe du coté de
Badajoz; cette disposition est d'une telle importance, que je ne puis me
dispenser d'en réclamer l'exécution, et de vous prier, monsieur le
maréchal, de vouloir bien me faire part des ordres que vous donnerez à
ce sujet.
«L'armée du Midi est en ce moment très-engagée; le quatrième corps, qui
est sur la gauche, maintient l'armée insurgée de Murcie, qui ne cesse de
me donner de l'occupation et de faire des efforts pour se réorganiser;
il doit aussi former un double cordon pour empêcher toute communication
avec la province de Murcie, où la fièvre jaune exerce les plus grands
ravages, toutes les communes, même les troupes espagnoles, en étant
infectées.
«Le premier corps est employé au siège de Cadix, et doit contenir une
espèce d'armée, déjà de douze mille hommes, Anglais et Espagnols, qui se
forme à Tarifa et à Algesiras.
«Vous savez ce qui se passe en Estramadure, et vous connaissez l'immense
étendue de pays que je dois garder.
«D'après ces motifs, je ne puis qu'inviter très-particulièrement Votre
Excellence à prendre en sérieuse considération les demandes et
propositions que j'ai l'honneur de lui faire.