«Madrid, le 26 juillet 1811.
«Monsieur le duc, je reçois votre lettre du 20; je vous remercie de tout
ce qu'elle contient d'aimable pour moi; vous ne doutez pus non plus de
mon attachement.
«L'Empereur aurait désiré que je vinsse vous voir; mais ce n'est pas le
moment, puisque l'armée n'est pas réunie. Je sens la difficulté de votre
position et l'extrême justesse de vos observations; je viens de donner
l'ordre pour qu'il soit prélevé, sur la contribution extraordinaire que
je lève en grains, la quantité de vingt mille fanégas, en août, et vingt
mille en septembre, qui seront versées dans les magasins de l'armée de
Portugal. Je trouve très-bien aussi que vous fassiez usage de toutes les
contributions en argent dues par la province d'Estramadure, et je donne
les ordres en conséquence aux agents civils, qui ne pourront toutefois
réussir qu'autant qu'ils seront protégés, soutenus et dirigés par vous,
monsieur le maréchal, dont le zèle et les lumières me sont
connus.--L'empereur espère beaucoup de vous et de son armée de Portugal;
il est disposé à venir à votre secours avec de l'argent et avec des
hommes et des chevaux: vous ne tarderez pas à sentir les effets de ces
dispositions. Quant à moi, je ne puis pas vous secourir autrement; je
n'ai pas de fonds à ma disposition, et je dois même vous dire que je ne
pourrais pas exister ici sans un prêt qui m'est accordé par l'Empereur
par mois.
«Si vous pouviez vous étendre un peu par votre droite, vous occuperiez
un plus riche pays; et, avec les secours que je vous indique, vous
devriez pouvoir atteindre la saison des événements militaires. La
récolte n'est pas très-bonne à Ségovie ni dans les pays environnant
Madrid.»