Paris, le 10 juillet 1811.
«L'Empereur, monsieur le duc, me charge de vous témoigner sa
satisfaction du mouvement que vous avez opéré sur Badajoz et de son
résultat. L'intention de Sa Majesté, monsieur le maréchal, est que la
province de l'Estramadure, depuis Merida, Medellin, et toute la rive
droite de la Guadiana, soit sous vos ordres, sans comprendre toutefois
Badajoz ni un rayon à sept ou huit lieues autour de cette place, qui
continueraient à faire partie de l'armée du Midi. L'intention de
l'Empereur est également que la province de Talavera, celles de Tolède,
Placencia et Avila, soient immédiatement sous vos ordres, ayant soin de
rendre compte au roi de ce qui se passera dans ces provinces; mais vous
devez employer les contributions de ces provinces et toutes leurs
ressources pour fournir à votre armée tout ce dont elle pourra avoir
besoin. Ainsi donc, monsieur le duc, Tolède, Talavera, Placencia, Avila,
Coria et la province de Ciudad-Rodrigo font partie de votre
commandement, pour en tirer, je vous le répète, les contributions, les
subsistances et les moyens de toute espèce dont votre armée peut avoir
besoin. Le roi, qui est à Madrid et commande l'armée du Centre, vous
enverra de sa capitale, de Ségovie et de la Manche, tout ce qu'il
pourra.
«Le maréchal duc d'Istrie a dû vous envoyer cinq cents chevaux
d'artillerie de la garde. Vous trouverez, ci-joint l'état des troupes
qui sont en marche pour vous rejoindre. Par ces moyens, vous verrez que
votre artillerie et votre cavalerie seront bientôt en état.
«L'Empereur vous ordonne, monsieur le duc, d'exécuter l'ordre que vous
avez déjà reçu plusieurs fois d'envoyer à Bayonne les hommes à pied,
soit de cavalerie, soit du train d'artillerie ou des équipages
militaires. L'Empereur a formé, dans les départements du midi de la
France, des dépôts où il y a des chevaux, des équipements et tout ce qui
est nécessaire pour remonter promptement ces hommes.
«Votre artillerie, comme je vous l'ai dit, doit être de
quatre-vingt-quatre bouches à feu. Le matériel existe à Ciudad-Rodrigo
et à Madrid; le personnel est à votre armée; les chevaux nécessaires
pour le train vous arrivent: il ne vous reste donc rien à désirer.
«Il a été envoyé à l'armée de Portugal, jusqu'à ce jour, neuf millions
cinq cent mille francs, et il part un sixième convoi, du 13 au 15
juillet, qui vous porte quatre millions.
«Le ministre de la guerre a l'ordre de mettre à votre disposition cent
mille francs pour le génie, cent mille francs pour l'artillerie, cent
mille francs pour vos dépenses extraordinaires, et ce qui aurait été
déjà dépensé pour ces trois services sera imputé et régularisé sur ces
sommes.
«Je dois vous faire observer, monsieur le duc, que, dans l'état
d'agitation et de trouble dans lequel se trouve l'Espagne, elle ne peut
être administrée que militairement. Faites payer fortement le pays et
établissez le plus grand ordre; empêchez les vols et gaspillages de
toute espèce. J'écris au roi pour qu'il vous envoie un million de
rations de biscuit. De votre côté, vous devez profiter du moment de la
récolte pour former de grands magasins à Truxillo, Placencia, Talavera,
etc.
«Après vous avoir félicité sur votre mouvement, Sa Majesté me charge de
vous dire qu'elle est très-mécontente que vous n'ayez pas encore envoyé
l'état de situation de votre armée. Prenez donc à l'avenir des mesures
pour que tout marche ensemble. L'Empereur a besoin de connaître, dans
les plus petits détails, la situation de ses armées pour les commander.
«Sur l'état joint à cette lettre, vous verrez que le général
Vandermaesen réunit à Burgos une division de huit cent cinquante hommes
de cavalerie et de six mille hommes d'infanterie, qui partiront vers les
quinze premiers jours d'août. Vous y verrez aussi les détachements
partis avec le roi et ceux qui partiront avec le sixième convoi de
fonds. Vous recevrez ainsi un renfort de six mille cinq cent huit hommes
d'infanterie, huit cent cinquante-quatre hommes de cavalerie, et de onze
cent quarante chevaux d'artillerie.»