_Esprit de pets pour enlever les taches de rousseur._
On demande s'il est possible en chymie de distiller un pet et d'en
tirer la quintessence. On a décidé pour l'affirmative, et il n'y a
point de doute que le cit. Quinq... si fameux par ses lampes, sa crème
de tartre, ses eaux odontalgique et virginale, etc., n'obtienne les
plus satisfaisans résultats de la distillation d'un PET.
Il vient tout récemment de reconnaître, après un long travail, que le
pet est de la classe des esprits. Après avoir eu recours à son alambic,
voici comme il procéda.
Il fit venir une hibernoise de son voisinage, c'est-à-dire, de la
halle, qui mange, à un repas, autant de viande que six rouliers en
mangeraient de Paris à Montpellier. Cette femme, ruinée par son
appétit et la chaleur de son foie, gagne sa vie comme elle peut. Il
lui fit manger de la viande autant qu'elle en voulut et put manger,
avec force légumes venteux. Il lui prescrivit de ne point péter ni
vesser, sans l'avertir auparavant. Aux approches des vents, il prit un
de ces larges récipients, tels qu'on les emploie pour faire l'huile
de vitriol, et l'appliqua exactement à son anus, l'excitant encore à
péter par d'agréables carminatifs et lui faisant boire de l'eau d'anis,
enfin, de toutes les liqueurs de sa boutique, capables de répondre
à son intention. L'opération s'est faite à souhait, c'est-à-dire,
très-copieusement. Alors, notre chymiste satisfait prit une certaine
substance huileuse ou balsamique dont il n'a pas voulu me dire le
nom, la jetta dans le récipient et fit condenser le tout au soleil
par circulation, ce qui produisit une quintessence merveilleuse.
Il s'imagina que quelques gouttes de ce résultat pourraient enlever
les taches de rousseur de la peau. Il en essaya le lendemain sur le
visage de plusieurs jolies harangères du marché aux poirées, qui
toutes perdirent sur-le-champ ces vilaines taches, et virent avec tout
le plaisir qu'on peut s'imaginer, leur teint blanchir à vue d'œil.
Les tendrons reconnaissans l'ont payé, dit-on, _in-cute_; c'est le
salaire qui pouvait le mieux payer le galant et salace pharmacien.
Alors, le journal de Paris, et des affiches disséminées avec profusion
ont préconisé cette utile découverte, digne de faire le pendant des
redingottes _à l'anglaise_ et des _dragées de Keiser_. On espère
donc que nos beautés en perruque blonde, en coëffures à la _Titus_,
à la _Caracalla_, feront une grande consommation de ce merveilleux
spécifique, si précieux sur-tout aux habituées de Tivoli, de l'Elysée,
d'Idalie, de Thélusson, de Paphos, Mousseaux, etc. Bref, elles feront
la fortune du pharmacien à qui elles élèveront des statues, comme à
un nouvel _Abdéker_, et à qui on ne pourra plus reprocher qu'il ne
connaissait que la carte des pays bas.