LE PET DU VILAIN.

Rutebeuf, le plus célèbre parmi les Trouvers Picards, celui d'entr'eux

qui paraît avoir eu le plus d'esprit et d'imagination, n'a pas

dédaigné de prendre la défense du PET, dans un tems où l'orgueil de la

chevalerie, et la tyrannie féodale, accablaient de mépris les gens de

la campagne. Voici ce qu'il raconte:

«Un villageois, malade d'une indigestion, est à toute extrémité: Satan,

selon sa coutume, envoie saisir l'ame, mais par dédain pour un objet si

peu important, il n'emploie à cette vile fonction que le plus simple

de ses satellites. Celui-ci n'imaginant pas que l'ame d'un _Vilain_

dût sortir par le même passage que celle des autres, attache un sac à

la porte opposée; tout-à-coup une crise heureuse (le secours du dieu

PET,) soulage le malade. Le sot député voyant le sac se remplir, le

lie promptement et va le porter à son souverain; mais Satan maudissant

cette ame infecte, jure de n'en jamais recevoir qui ait habité un corps

de vilain.

Or maintenant, ajoute Rutebeuf, malheureux sur la terre, chassés du

ciel, rebutés des enfers, je vous le demande, Messieurs, où iront ces

infortunés?...»

Ce conte de Rutebeuf mérite d'être cité, quoiqu'il ne soit pas de

la bonne compagnie; il montre combien il a fallu d'efforts et de

philosophie pour ramener les hommes au respect qu'ils doivent à la

classe utile et respectable des cultivateurs.

Parmi les écrivains anciens et modernes, qui ont écrit sur le _pet_

et qui lui ont rendu les honneurs qu'il mérite, on peut citer

_Bebelle_, _Frischlin_, _Marot_ et _St.-Evremond_. L'aimable philosophe

St.-Evremond avait du PET une idée bien différente de celle que s'en

fait le vulgaire. Il l'appellait un soupir, et disait un jour à sa

maîtresse, devant laquelle il avait fait un PET:

Mon cœur outré de déplaisirs,

Etait si gros de ses soupirs,

Voyant votre humeur si farouche;

Que l'un d'eux se voyant réduit

A n'oser sortir par la bouche,

Sortit par un autre conduit.

L'immortel _Clément_ MAROT n'a pas dédaigné de travailler sur le

_cul_, sur le _pet_ et sur la _vesse_. Si je ne craignais de donner

à ce volume, trop d'étendue, (car j'ai encor d'autres choses à vous

dire) je rapporterais ici ses vers, mais pour ne pas remplir mon livre

de l'esprit des autres, je vous prie de voir, pour ce qui regarde le

cul, les blasons 24. et 34. tom. 3. édit. de la Haye, 1791. _in-12._,

le blason 35., pour le pet et la vesse, et le blason 24. si vous êtes

curieux d'y voir le c..

Parler du _pet_ sans parler du cul, c'est décrire Rome sans parler du

Capitole, il faut donc que je fasse son éloge en deux mots. Il est

certainement la plus noble partie du corps, puisqu'il a l'honneur de

se coucher le premier. C'est le cul qui répare tous les malheurs du

corps. C'est par lui que toutes les humeurs et venins sont purifiés,

et que l'on est rendu à la vie. La partie la plus essentielle de

l'homme, c'est le cul. On peut vous crever un œil, et même tous les

deux, sans que cela vous empêche de vivre. On peut vous couper les

bras et les jambes; on peut vous faire l'opération qui rendit Abailard

moine, on peut vous boucher les oreilles, et vous n'en vivrez pas

moins, mais si on vous bouche le cul, je vous défie de vivre seulement

quatre jours. Le supplice le plus cruel inventé par un tyran de l'Asie

était de faire attacher un esclave sur une selle, en lui bouchant le

derrière, et de le laisser dans cette posture, en lui donnant force

à manger, jusqu'à ce que cette constipation forcée l'eût suffoqué

lentement. Voyez le _Podicis encomium_, page 348 de _l'Amphitheâtrum

sapientiæ Socraticæ_, par _Gasp. Dornavius_.

Éloge du pet · 第 10 / 40 题