Le PET est un vent renfermé dans le bas ventre, causé par le
débordement d'une pituite attiédie, qu'une chaleur faible a atténuée
et détachée sans la dissoudre; un air comprimé qui cherchant à
s'échapper, parcourt les parties internes du corps, et sort enfin avec
précipitation, quand il trouve une issue que la bienséance empêche
de nommer. Sa définition est conforme aux règles les plus saines
de la philosophie, puisqu'elle renferme le genre, la matière et la
différence.
Le pet sort par l'anus et en cela diffère du _rot_, ou rapport
espagnol, qui sort par la bouche, quoiqu'il soit le résultat des mêmes
causes.
L'occasion se présente ici tout naturellement de parler du _rot_; il
va de pair avec le _pet_, quoiqu'au rapport de plusieurs, il soit plus
odieux que son analogue. Cependant on a vu à la cour de Louis XIV un
ambassadeur, au milieu de la splendeur et de la magnificence qu'étalait
à ses yeux étonnés l'auguste monarque français, lâcher un _rot_ des
plus mâles, et assurer que dans son pays le _rot_ faisait partie de
la noble gravité qui y régnait, ce qui lui a fait donner le nom de
_rapport espagnol_.
Les femmes qui se serrent pour avoir la taille fine, sont sujettes à
péter beaucoup, selon le médecin _Fernel_, parce que leur intestin
_cœcum_ est si flatueux et si distendu, que les vents qu'il renferme
font autant de ravages qu'en faisaient autrefois ceux qu'Eole retenait
dans les montagnes d'Eolie; de sorte que, par leur moyen, on pourrait
entreprendre un long voyage sur mer: aussi est-ce avec beaucoup de
raison qu'un peintre joyeux a placé une femme entre un moulin à eau
par-devant, et un moulin à vent par-derrière, auxquels elle donne en
même-temps l'action de leur emploi.
Le savant auteur de _l'art de péter_ a examiné s'il fallait mesurer le
PET, à l'aune, au pied, à la pinte, au boisseau, et voici la solution
de ce problème, donnée par un excellent chymiste. Si en enfonçant le
nez dans l'anus, de manière que la cloison du nez divisant l'anus
également, fasse de vos narines une paire de balances, vous sentez de
la pesanteur, en mesurant le PET qui sortira, il faut le prendre au
poids; s'il est dur, c'est à l'aune ou au pied; s'il est liquide, c'est
à la pinte; s'il est grumeleux, c'est au boisseau, etc. Si enfin, il
est trop petit, imitez les gentilshommes verriers, soufflez au moule,
jusqu'à ce qu'il ait acquis un volume raisonnable.
Les grammairiens divisent les lettres en voyelles et consonnes; comme
nous faisons plus qu'eux profession de ne point effleurer la matière,
mais de la faire sentir et goûter, telle qu'elle est, nous divisons les
PETS en _vocaux_ et en _muets_ ou _vesses_ proprement dits.
Les _Pets vocaux_ se nomment _pétards_. On peut consulter là-dessus
_Willichius Jodochus_, qui nous apprend que le _Pétard_ est un éclat
bruyant, engendré par des vapeurs sèches. Il est _grand_ ou _petit_,
suivant les causes et les circonstances. Le grand est _pléni-vocal_, et
le petit _semi-vocal_.
La grandeur du calibre d'où il sort, les alimens venteux dont ils
se nourrissent, et la médiocrité de la chaleur naturelle dans les
intestins, produisent chez les paysans le _grand Pet-pétard, ce phénix
des pets, semblable à l'explosion des canons, et aux pédales de
l'orgue, et dont la démonstration des tonnères, par Aristophanes ne
donnerait qu'une très-faible idée.
Le vrai PET ou le _pet clair_ n'a point d'odeur, mais on le confond
avec le _pet muet_ ou _pet féminin_ et avec le _pet épais_ ou _pet de
maçon_, qui présente le plus hideux spectacle, et de-là cette injustice
que l'on fait à notre héros.
Les _pets clairs_ sont _simples_ ou _composés_. Les _simples_
consistent en un grand coup seul et momentané, Priape les compare à des
outres crevées. Ils ont lieu quand la matière est abondante, composée
de parties homogènes; quand la fissure d'où ils sortent est assez large
et quand celui qui les pousse est robuste. Les _composés_ partent par
éclats, et comme une décharge d'artillerie. On les nomme _diphtongues_
et une personne robuste peut en faire vingt, tout d'une tire.
Le pet est diphtongue, quand l'orifice est bien large, la matière
copieuse, les parties inégales et mêlées d'humeurs chaudes et tenues,
froides et épaisses. Alors s'opère une canonnade, où l'on distingue des
syllabes diphtonguées, comme pa pa, pax, pa-pa-pa, pax, et toujours
_crescendo_. Rien de plus joli, de plus récréatif que ce mécanisme
des pets diphtongues, quand l'anus est assez ample, et entouré d'un
_sphincter_ fort et élastique. C'est un de ces pets qui a fait fuir les
sorcières dont nous avons parlé, page 40 de cette dissertation.
_Terribles effets du pet diphtongue._
Le _pet diphtongue_ est plus terrible que le tonnère. S'il ne foudroie
pas, il étonne, rend les uns sourds et les autres hébêtés, et cela par
l'extrême compression de l'air, qui devenu libre, ébranle tellement
en sortant, les colonnes de l'air extérieur, qu'il peut détruire et
arracher en un clin d'œil les fibres les plus délicates du cerveau,
donner un mouvement de rotation à la tête, la faire tourner sur les
épaules comme une girouette, briser à la septième vertèbre l'étui de
la moëlle allongée, et par cette destruction, donner la mort. Hélas!
combien de poulets tués dans les œufs, combien de fœtus avortés ou
étouffés dans le sein de leurs mères, par la forte explosion du PET
diphtongue! plus puissant que les exorcismes, il a plus d'une fois fait
prendre la fuite au diable lui-même, et l'anecdote suivante, dont la
vérité est constante, en fournit un exemple.
Le diable tourmentait depuis longtems un homme pour qu'il se donnât
à lui. Cet homme ne pouvant plus résister aux persécutions du
malin esprit, y consentit sous trois conditions qu'il lui proposa
sur-le-champ. 1^o. Il lui demanda une grande quantité d'or et d'argent;
il la reçut dans l'instant; 2^o. il exigea qu'il le rendît invisible,
le diable lui en enseigna les moyens et lui en fit faire l'expérience,
sans l'abandonner. Enfin, cet homme était fort embarrassé sur ce qu'il
lui proposerait en troisième lieu, qui pût mettre le diable dans
l'impossibilité de le satisfaire, et comme son génie ne lui fournissait
point à l'instant l'expédient qu'il en attendait, il fut saisi d'une
peur dont l'excès le servit par hasard fort heureusement, et le sauva
de sa griffe. On rapporte que dans ce moment critique, il lui échappa
un pet diphtongue, dont le tapage ressemblait à celui d'une décharge de
mousqueterie. Alors, saisissant avec présence d'esprit cette occasion,
il dit au diable: «Je veux que tu m'enfiles tous ces pets, et je suis
à toi». Le diable essaya l'enfilement, mais quoiqu'il présentât d'un
côté le trou de l'aiguille et qu'il tirât de l'autre à belles dents,
il ne put jamais en venir à bout. D'ailleurs, épouvanté par l'horrible
tintamarre de ce _pet_, que les échos avaient rédupliqué, confus,
forcené même de se voir pris pour dupe, il s'enfuit en lâchant une
vesse infernale qui infecta tous les environs, et délivra de la sorte
ce malheureux du danger éminent qu'il avait couru.
Il est constant que dans tous les royaumes, républiques, villes,
villages, hameaux, familles, châteaux de campagnes, où il y a des
bonnes, des vieilles et des bergers, dans les livres et les histoires
anciennes, il y a eu une infinité de maisons délivrées des diables,
par le secours des _pets diphtongues_. Ce sont de petits _tonnères de
poche_; leur vertu et leur salubrité sont actives et rétroactives, ils
sont d'un prix infini; l'antiquité la plus reculée les a reconnus tels
de-là ce proverbe des romains: UN GROS PET VAUT UN TALENT. Or, si l'on
considère que le talent romain, valait 84 liv., 100 et 125 livres de
notre monnoie, j'observerai en passant qu'un gros pet est plus lucratif
qu'un beau poëme, car le tems est passé où un Alexandre donnait 480
mille écus à Aristote pour son livre de la nature des animaux. Auteurs,
cessez d'écrire, puisque les arts ne vous nourrissent plus; mangez des
haricots et pétez.
La nature des pets est variée à l'infini, suivant le climat, la
condition, et le moral des individus. Un habile observateur les a
classés de la manière suivante.
1^o. _Pets départementaux._ Ceux-là ne sont pas si falsifiés que
ceux de Paris, où l'on raffine sur-tout. On ne les sert pas avec
tant d'étalage; mais ils sont naturels, et ont un petit goût salin,
semblable à celui des huîtres vertes. Ils réveillent agréablement
l'appétit.
2^o. PETS DE MÉNAGE. Nous apprenons, d'après les remarques d'une grande
ménagère de Pétersbourg, que ces pets sont d'un goût excellent dans
leur primeur, et que quand ils sont chauds, on les croque avec plaisir;
mais dès qu'ils sont rassis, ils perdent leur saveur, et ressemblent
aux pillules, qu'on ne prend que pour le besoin.
3^o. PETS DE PUCELLE. On écrit de l'île des Amazones, que les pets
qu'on y fait sont d'un goût délicieux et fort recherchés. On dit qu'on
ne les trouve que dans ce pays, mais je n'en crois rien. Toutefois on
avoue qu'ils sont extrêmement rares; _rara avis in terris_. Voyez le
_Roman de la rose_.
4^o. _Pets de maître en fait d'armes._ Les lettres du camp près
Constantinople, nous annoncent que les pets de ces escrimeurs sont
terribles, et qu'il ne fait pas bon de les sentir de trop près,
car, comme ils sont toujours plastronnés, on dit qu'il ne faut les
approcher que le _fleuret à la main_.
5^o. _Pets de demoiselles._ Ce sont des mets exquis, sur-tout dans les
grandes villes, où on les prend pour du croquet à la fleur d'orange. Ce
pet est un _semi-vocal_ ou petit pet, composé d'une matière très-sèche
et très-déliée, qui se portant avec douceur le long du canal de sortie,
qui est fort étroit, soufflerait à peine une paille. Ce _pet_ n'allarme
point les nez sensuels, et n'est point indécent comme la vesse et le
pet de maçon.
6^o. PETS DE JEUNES FILLES. Quand ils sont murs, ils ont un petit goût
de _revas-y_, qui flatte infiniment les véritables connaisseurs.
7^o. _Pets de femmes mariées._ On aurait un long mémoire à transcrire
sur ces pets; mais on se contentera de la conclusion de l'auteur, et
l'on dira d'après lui, «qu'ils n'ont de goût que pour les amans, et
que les maris n'en font pas ordinairement grand cas».
8^o. _Pets de bourgeoises._ Les bourgeois de Rouen et de Caen nous
ont envoyé une longue adresse en forme de dissertation, sur la nature
des pets de leurs femmes. Nous voudrions bien les satisfaire, en
imprimant en entier cette dissertation, mais les bornes que nous nous
sommes prescrites nous le défendent. Nous dirons en général que le pet
de bourgeoise est d'un assez bon fumet, lorsqu'il est bien dodu, et
proprement accommodé, et que faute d'autres, on peut très-bien s'en
contenter.
9^o. _Pets de paysannes._ C'est ici le lieu de répondre à certains
mauvais plaisans qui ont perdu de réputation les pets de paysannes. On
nous mande des environs d'Orléans, qu'ils sont très-beaux et très-bien
faits; quoiqu'accommodés à la villageoise, ils sont encore de fort bon
goût. On assure aux voyageurs que c'est un véritable régal pour eux,
et qu'ils peuvent les avaler en toute sûreté, comme la _montmorency_,
et les gobets à courte-queue.
10^o. _Pets de bergères._ Les bergères de la vallée de Tempé en
Thessalie, nous donnent avis que leurs pets ont le véritable fumet
du Pet, c'est-à-dire, qu'ils sentent le sauvageon, parce qu'ils sont
produits dans un terrein où il ne croît que des aromates, comme le
thim, le serpolet, la marjolaine, la sariette, etc., etc. Elles
entendent qu'on fasse une grande différence de leurs pets avec ceux
des autres bergères qui prennent naissance dans un terrain inculte:
la marque distinctive qu'elles enseignent pour les reconnaître et n'y
être pas trompé, c'est de faire comme on fait aux lapins de garenne,
c'est-à-dire, flairer au moule.
11^o. _Pets de vieilles._ Le commerce de ceux-ci est si désagréable,
qu'on ne trouve point de marchand pour les négocier. On ne prétend
pourtant point pour cela empêcher personne d'y mettre le nez. Le
commerce est libre.
12^o. _Pets de boulangers._ Nous recevons à leur sujet la note suivante
du Hâvre; la voici telle qu'un maître boulanger de cette ville nous la
transmet:
«L'effort que fait l'ouvrier en faisant sa pâte, le ventre serré contre
le pétrin, rend les pets diphtongues. Ils se tiennent quelquefois comme
des hannetons, de sorte qu'on pourrait en avaler une douzaine, tout
d'une tîre.» Cette remarque est des plus savantes et de fort bonne
digestion. Ce pet est aspiré, ou petit pet _semi-vocal_, composé d'une
matière humide et obscure: pour en donner l'idée et le goût, je ne puis
mieux le comparer qu'à un pet d'oie: peu importe que le calibre qui le
produit, soit large ou étroit; il est si chétif qu'on sent bien que ce
n'est qu'un avorton.
13^o. _Pets de potiers de terre._ Ces pets, sans contredit, sont faits
au tour, mais ils n'en sont pas meilleurs. Ils sont sales, puans, et
tiennent aux doigts. On ne peut pas les toucher, crainte de s'emberner.
14^o. _Pets de tailleurs._ Ils sont ordinairement de très-bonne taille
et ont un goût de prunes, mais les noyaux sont à craindre.
15^o. _Pets de géographe._ Ceux-là, semblables à des girouettes,
tournent à tout vent. Quelquefois cependant, ils s'arrêtent du côté du
nord, ce qui les rend perfides.
16^o. _Pets de courtisannes._ Vous pouvez prendre la galerie noire
du Palais-Egalité, même tout le palais et les rues environnantes, si
vous voulez faire des dégustations et des expériences pneumatiques sur
cette nature de pets. On en trouve d'assez drôles; leur goût est assez
appétissant: ils crient toujours famine, en langue allemande: mais
prenez-y bien garde, il y a beaucoup d'alliage dans cette denrée. Si
vous se trouvez pas mieux, prenez-les au poinçon de Paris.
17^o. _Les pets de cocus._ Il y en a de deux sortes. Les uns sont doux,
affables, mous, etc. Ce sont les pets des _cocus volontaires_; ils ne
sont pas malfaisans. Les autres sont brusques, sans raison et furieux.
Il faut s'en donner de garde; ils ressemblent au limaçon, qui ne sort
de sa coquille que les cornes les premières. _Fœnum habent in cornu._
Heureusement les pets des cocus malgré eux sont excessivement rares, de
notre siècle, qui est celui de la tolérance et de la liberté.
18^o. _Pets de savans._ Ces derniers sont précieux, non par leur
volume, mais par la noblesse du foyer d'où ils sortent. Ils sont aussi
très-rares, parce que les savans, rangés sur les banquettes du Palais
national des sciences et des arts, à l'Institut ou aux Conseils,
ne pouvant, dans une assemblée publique, interrompre une lecture
importante, pour donner l'essor à un pet, sont obligés de le féminiser
pour lui donner un passeport, et ne pas déranger l'ordre des travaux,
des lectures et des motions. Ils sont en revanche vigoureux, quand ils
sont les enfans de la solitude et de la liberté, car les savans de nos
jours mangent plus de fèves que de poulardes.
Quant aux petits auteurs, comme moi, nous avons carte blanche dans le
cabinet; nous nous égayons par la bruyante harmonie du pet diphtongue;
elle nous fournit des idées, dans la composition de l'ode, et son bruit
se mêle agréablement à l'emphase avec laquelle nous récitons nos vers.
Le célèbre Boursault fit certainement beaucoup de jolis pets, et les
regarda avec beaucoup d'attention, pour les peindre avec autant de
vérité et de goût, qu'il l'a fait dans son _Mercure galant_. Certes, il
était plein de son sujet, quand il fait si bien dire à mon héros:
Je suis un invisible corps,
Qui de bas lieu tire mon être;
Et je n'ose faire connoître;
Ni qui je suis, ni d'où je sors.
Quand on m'ôte la liberté,
Pour m'échapper, j'use d'adresse,
Et deviens femelle traîtresse,
De mâle que j'aurais été.
19^o. _Pets de commis._ Après ceux des fournisseurs de la république,
ceux-ci sont les mieux nourris, et font honneur à la cuisine de leurs
auteurs. Aussi m'est-il arrivé plus d'une fois en fréquentant les
bureaux, d'entendre des salves de pets, dont les plumitifs indolens et
désœuvrés s'amusent à se saluer réciproquement. C'est à qui développera
la plus belle et la plus sonore basse-taille. C'est un concert brillant
et bien soutenu. Si ces messieurs n'ont rien de mieux à faire, ils
ont raison, il faut égayer l'ennui d'un bureau, et il vaut mieux péter
pour tuer le tems, que de médire, de faire des libelles, ou de mauvais
vers. D'ailleurs, j'ai amplement démontré les inconvénients terribles
qu'occasionnerait la crainte de péter; et je ne puis trop louer ceux
des commis laborieux qui, plus sages que Métroclès, dont j'ai parlé
ci-dessus, aiment mieux passer pour grossiers, en lâchant le captif,
que d'interrompre leur besogne, en allant péter dans le corridor, car
un proverbe dit: «il vaut mieux péter en compagnie, que de crever dans
un petit coin».
L'anecdote suivante prouvera avec quelle sévérité mon héros punit ceux
qui veulent s'opposer à ce qu'il jouisse du droit imprescriptible de
citoyen français, libre et philosophe.