Les archidiacres et les doyens, pires que les païens, tolèrent, pour de
l’argent, le concubinage des prêtres. Pourvu qu’elle paye, la «fole
fame» devient à leur avis, meilleure que sainte Gemme. Le doyen ordonne
au prêtre de la chasser, en déclarant que «ce ne peut mais estre
enduré»; mais on lui offre de bons repas, on lui glisse cinq sous dans
la main, et il s’apaise:
«Cest clierc», fet il, «n’est pas erite[59] 249
Qui tient Horhan et Organite[60];
Bon est l’ostel ou fame habite!»
L’évêque, qui souffre de tels abus et «prent loier» pour les ignorer,
est encore plus coupable.--C’est aussi un crime de vendre les églises,
au lieu de les donner aux plus dignes, car cela décourage les clercs
séculiers d’apprendre. Pas d’espoir d’avoir une église, si tu ne oins la
paume à qui la donne; la science ne te servira de rien. Le népotisme et
la simonie sévissent simultanément:
A lor nevouz qui rien ne valent, 273
Qui en lor lez encor estalent,[61]
Donent provendes, et trigalent[62]
Por les deniers qu’il en enmallent[63].
L’auteur ne parle pas ainsi «par ire»; mais qui veut «chastier» autrui
doit dire la vérité. Il a, du reste, la plus haute idée de la dignité
épiscopale: le bon évêque doit être toujours prêt au martyre, anxieux du
salut des âmes qui lui sont confiées, indépendant. Que sa justice soit
gratuite; qu’il choisisse bien ses clercs:
Ordener deit bon clierc et sage, 317
De bones mors, de bon aage,
Et né de leial mariage;
Peis ne me chaut de quel parage.
Ne deit nus proveire[64] ordener 321
Se il mostier[65] li veult doner
Que il ne sache sarmoner
Et la gent bien aressoner.
Qu’il prêche lui-même le peuple partout où il va, et qu’il agisse comme
il conseille d’agir. Qu’il soit chaste de corps et de parole. Qu’il
s’abstienne de ces «chufles» (plaisanteries) qui font rire la «fole
gent.» Qu’il n’amasse que pour les pauvres. En cas de disette, «par mal
tens ou par grant guerre», qu’il donne à ceux qui mendient leur pain: