Un peintre espagnol, M. Marinno Fortuny, propose, pour l'éclairage des
scènes de théâtre, un système original. Actuellement, la scène reçoit de
la lumière directe projetée, en général, par des lampes à incandescence;
quelquefois par des lampes à arc installées dans les coulisses ou dans
la salle. Il en résulte des ombres portées d'un effet au moins
désagréable à l'oeil, quand elles n'enlèvent as l'illusion de la
perspective. A cette lumière directe, M. Fortuny substitue la lumière
diffuse. Le plafond de la scène est formé par une voûte en toile
blanche, sur laquelle on projette la lumière de l'arc voltaïque
réfléchie d'abord par une bande où est imitée la couleur du ciel. Cette
bande étant mobile, il suffit d'y peindre des gammes différentes et de
la faire glisser sous le faisceau lumineux pour produire une succession
de nuances aussi variées et aussi graduées qu'on le désire. En utilisant
à la fois deux ou trois bandes placées en des points plus ou moins
distants, on réaliserait sur la voûte céleste des effets de coloration
inconnus jusqu'à ce jour. Enfin, on pourrait opposer aux rayons de
certaines lampes des miroirs où l'on aurait peint des nuages qui se
trouveraient eux-mêmes projetés sur le ciel et dont la marche serait
obtenue par un simple déplacement du miroir.
La lumière ainsi réfléchie enveloppant toute la scène, les décors et les
personnages se trouveraient dans des conditions naturelles d'éclairage
et l'illusion scénique y gagnerait beaucoup. En théorie, le procédé
semble parfaitement rationnel; l'expérience seule nous fixera sur sa
valeur pratique.