[Note 35: Un soir, pendant la campagne de 1662, comme Louis

XIV allait se mettre à table, il lui arriva de dire à

Péréfixe, évêque de Rodez, son ancien précepteur, qu'il lui

conseillait d'en aller faire autant. «Je ne ferai qu'une

légère collation, dit le prélat en se retirant; c'est

aujourd'hui vigile et jeûne.» Cette réponse fit sourire un

courtisan, qui, interrogé par Louis XIV, répondit que Sa

Majesté pouvait se tranquilliser sur le compte de M. de

Rodez: après quoi il fit un récit exact du dîner de S. Exc.,

dont le hasard l'avait rendu témoin. À chaque mets exquis

que le conteur nommait, Louis XIV s'écriait: «_Le pauvre

homme!_» prononçant ces mots d'un son de voix varié qui les

rendait plus plaisants. Molière, témoin de cette scène, en

fit usage dans le _Tartuffe_.]

DORINE.

Le soir, elle eut un grand dégoût,

Et ne put, au souper, toucher à rien du tout.

Tant sa douleur de tête était encor cruelle!

ORGON.

Et Tartuffe?

DORINE.

Il soupa, lui tout seul, devant elle;

Et fort dévotement il mangea deux perdrix,

Avec une moitié de gigot en hachis.

ORGON.

Le pauvre homme!

DORINE.

La nuit se passa tout entière

Sans qu'elle pût fermer un moment la paupière;

Des chaleurs l'empêchaient de pouvoir sommeiller,

Et jusqu'au jour, près d'elle, il nous fallut veiller.

ORGON.

Et Tartuffe?

DORINE.

Pressé d'un sommeil agréable,

Il passa dans sa chambre au sortir de la table;

Et dans son lit bien chaud il se mit tout soudain,

Où, sans trouble, il dormit jusques au lendemain.

ORGON.

Le pauvre homme!

DORINE.

À la fin, par nos raisons gagnée,

Elle se résolut à souffrir la saignée;

Et le soulagement suivit tout aussitôt.

ORGON.

Et Tartuffe?

DORINE.

Il reprit courage comme il faut;

Et, contre tous les maux fortifiant son âme,

Pour réparer le sang qu'avait perdu madame,

But, à son déjeuner, quatre grands coups de vin.

ORGON.

Le pauvre homme!

DORINE.

Tous deux se portent bien enfin;

Et je vais à madame annoncer, par avance,

La part que vous prenez à sa convalescence.

SCÈNE VI

ORGON, CLÉANTE.

CLÉANTE.

À votre nez, mon frère, elle se rit de vous:

Et, sans avoir dessein de vous mettre en courroux,

Je vous dirai tout franc que c'est avec justice.

A-t-on jamais parlé d'un semblable caprice?

Et se peut-il qu'un homme ait un charme aujourd'hui

À vous faire oublier toutes choses pour lui;

Qu'après avoir chez vous réparé sa misère,

Vous en veniez au point...?

ORGON.

Halte là, mon beau-frère!

Vous ne connaissez pas celui dont vous parlez.

CLÉANTE.

Je ne le connais pas, puisque vous le voulez;

Mais enfin, pour savoir quel homme ce peut être...

ORGON.

Mon frère, vous seriez charmé de le connaître;

Et vos ravissements ne prendraient point de fin.

C'est un homme... qui... ha! un homme... un homme enfin!

Qui suit bien ses leçons goûte une paix profonde,

Et comme du fumier regarde tout le monde.

Oui, je deviens tout autre avec son entretien;

Il m'enseigne à n'avoir affection pour rien;

De toutes amitiés il détache mon âme;

Et je verrais mourir frère, enfants, mère et femme,

Que je m'en soucierais autant que de cela!

CLÉANTE.

Les sentimens humains, mon frère, que voilà!

ORGON.

Ah! si vous aviez vu comme j'en fis rencontre,

Vous auriez pris pour lui l'amitié que je montre.

Chaque jour à l'église il venait, d'un air doux,

Tout vis-à-vis de moi se mettre à deux genoux.

Il attirait les yeux de l'assemblée entière

Par l'ardeur dont au ciel il poussait sa prière,

Il faisait des soupirs, de grands élancements,

Et baisait humblement la terre à tous moments;

Et, lorsque je sortais, il me devançait vite

Pour m'aller, à la porte, offrir de l'eau bénite.

Instruit par son garçon, qui dans tout l'imitait,

Et de son indigence et de ce qu'il était,

Je lui faisais des dons: mais, avec modestie,

Il me voulait toujours en rendre une partie.

_C'est trop_, me disait-il, _c'est trop de la moitié_;

_Je ne mérite pas de vous faire pitié._

Et quand je refusais de le vouloir reprendre,

Aux pauvres, à mes yeux, il allait le répandre.

Enfin le ciel chez moi me le fit retirer,

Et depuis ce temps-là tout semble y prospérer.

Je vois qu'il reprend tout, et qu'à ma femme même

Il prend, pour mon honneur, un intérêt extrême;

Il m'avertit des gens qui lui font les yeux doux,

Et plus que moi six fois il s'en montre jaloux.

Mais vous ne croiriez point jusqu'où monte son zèle:

Il s'impute à péché la moindre bagatelle;

Un rien presque suffit pour le scandaliser,

Jusque-là qu'il se vint l'autre jour accuser

D'avoir pris une puce en faisant sa prière,

Et de l'avoir tuée avec trop de colère.

CLÉANTE.

Parbleu! vous êtes fou, mon frère, que je crois.

Avec de tels discours, vous moquez-vous de moi?

XXXI

Orgon finit par avouer qu'il a l'intention de marier sa fille avec

Tartuffe.

Au deuxième acte, il le propose à Marianne. Dorine, qui écoute à la

porte, entre, raille le père et relève le courage de Marianne; son

amant Valère survient; Dorine les gronde et les réconcilie.

Au troisième acte paraît Tartuffe; il parle à son valet Laurent:

Laurent, serrez ma haire avec ma discipline,

Et priez que toujours le ciel vous illumine.

Si l'on vient pour me voir, je vais aux prisonniers

Des aumônes que j'ai partager les deniers.

DORINE, à part.

Que d'affectation et de forfanterie!

TARTUFFE.

Que voulez-vous?

DORINE.

Vous dire...

TARTUFFE, tirant un mouchoir de sa poche.

Ah! mon Dieu, je vous prie,

Avant que de parler, prenez-moi ce mouchoir...

DORINE.

Comment?

TARTUFFE.

Couvrez ce sein que je ne saurais voir.

Par de pareils objets les âmes sont blessées,

Et cela fait venir de coupables pensées.

DORINE.

Vous êtes donc bien tendre à la tentation,

Et la chair sur vos sens fait grande impression!

Certes, je ne sais pas quelle chaleur vous monte:

Mais à convoiter, moi, je ne suis point si prompte;

Et je vous verrais nu du haut jusques en bas,

Que toute votre peau ne me tenterait pas.

TARTUFFE.

Mettez dans vos discours un peu de modestie,

Ou je vais sur-le-champ vous quitter la partie.

DORINE.

Non, non, c'est moi qui vais vous laisser en repos.

Et je n'ai seulement qu'à vous dire deux mots.

Madame va venir dans cette salle basse,

Et d'un mot d'entretien vous demande la grâce.

TARTUFFE.

Hélas! très-volontiers.

DORINE, à part.

Comme il se radoucit!

Ma foi, je suis toujours pour ce que j'en ai dit.

TARTUFFE.

Viendra-t-elle bientôt?

DORINE.

Je l'entends, ce me semble.

Oui, c'est elle en personne, et je vous laisse ensemble.

SCÈNE III

ELMIRE, TARTUFFE.

TARTUFFE.

Que le ciel à jamais, par sa toute-bonté,

Et de l'âme et du corps vous donne la santé,

Et bénisse vos jours autant que le désire

Le plus humble de ceux que son amour inspire!

ELMIRE.

Je suis fort obligée à ce souhait pieux.

Mais prenons une chaise, afin d'être un peu mieux.

TARTUFFE, assis.

Comment de votre mal vous sentez-vous remise?

ELMIRE, assise.

Fort bien; et cette fièvre a bientôt quitté prise.

TARTUFFE.

Mes prières n'ont pas le mérite qu'il faut

Pour avoir attiré cette grâce d'en haut;

Mais je n'ai fait au ciel nulle dévote instance

Qui n'ait eu pour objet votre convalescence.

ELMIRE.

Votre zèle pour moi s'est trop inquiété.

TARTUFFE.

On ne peut trop chérir votre chère santé;

Et, pour la rétablir, j'aurais donné la mienne.

ELMIRE.

C'est pousser bien avant la charité chrétienne;

Et je vous dois beaucoup pour toutes ces bontés.

TARTUFFE.

Je fais bien moins pour vous que vous ne méritez.

ELMIRE.

J'ai voulu vous parler en secret d'une affaire,

Et suis bien aise, ici, qu'aucun ne nous éclaire.

TARTUFFE.

J'en suis ravi de même; et, sans doute, il m'est doux,

Madame, de me voir seul à seul avec vous.

C'est une occasion qu'au ciel j'ai demandée,

Sans que, jusqu'à cette heure, il me l'ait accordée.

ELMIRE.

Pour moi, ce que je veux, c'est un mot d'entretien,

Où tout votre coeur s'ouvre et ne me cache rien.

(Damis, sans se montrer, entr'ouvre la porte du cabinet dans

lequel il s'était retiré, pour entendre la conversation.)

TARTUFFE.

Et je ne veux aussi, pour grâce singulière,

Que montrer à vos yeux mon âme tout entière,

Et vous faire serment que les bruits que j'ai faits

Des visites qu'ici reçoivent vos attraits

Ne sont pas envers vous l'effet d'aucune haine,

Mais plutôt d'un transport de zèle qui m'entraîne,

Et d'un pur mouvement...

ELMIRE.

Je le prends bien ainsi,

Et crois que mon salut vous donne ce souci.

TARTUFFE, prenant la main d'Elmire et lui serrant les doigts.

Oui, madame, sans doute; et ma ferveur est telle...

ELMIRE.

Ouf! vous me serrez trop.

TARTUFFE.

C'est par excès de zèle.

De vous faire aucun mal je n'eus jamais dessein,

Et j'aurais bien plutôt...

(Il met la main sur les genoux d'Elmire.)

ELMIRE.

Que fait là votre main?

TARTUFFE.

Je tâte votre habit: l'étoffe en est moelleuse.

ELMIRE.

Ah! de grâce, laissez, je suis fort chatouilleuse.

Elmire recule son fauteuil, et Tartuffe se rapproche d'elle.

TARTUFFE, maniant le fichu d'Elmire.

Mon Dieu! que de ce point l'ouvrage est merveilleux!

On travaille aujourd'hui d'un art miraculeux;

Jamais, en toute chose, on n'a vu si bien faire![36]

[Note 36: Ce manége est aussi celui de Panurge, dans

Rabelais. «Quand il se trouvoit en compaignie de quelques

bonnes dames, il leur mettoit sus le propos de lingerie, et

leur mettoit la main au sein, demandant: «Et cest ouvraige,

est-il de Flandres ou de Haynault?»]

ELMIRE.

Il est vrai. Mais parlons un peu de notre affaire.

On tient que mon mari veut dégager sa foi,

Et vous donner sa fille. Est-il vrai, dites-moi?

TARTUFFE.

Il m'en a dit deux mots: mais, madame, à vrai dire,

Ce n'est pas le bonheur après quoi je soupire;

Et je vois autre part les merveilleux attraits

De la félicité qui fait tous mes souhaits.

ELMIRE.

C'est que vous n'aimez rien des choses de la terre.

TARTUFFE.

Mon sein n'enferme pas un coeur qui soit de pierre.

ELMIRE.

Pour moi, je crois qu'au ciel tendent tous vos soupirs[37]

Et que rien ici-bas n'arrête vos désirs.

[Note 37: On ne saurait trop admirer l'adresse avec laquelle

Elmire sait en même temps tenir dans le respect le plus

audacieux des hommes, et pousser un hypocrite à se montrer à

découvert. Elle éveille ses craintes par la dignité de son

maintien, et ses espérances par la douceur de ses paroles.

Dès lors, l'issue du combat qui se livre dans l'âme de

Tartuffe n'est plus douteuse. Lorsque la crainte et

l'espérance sont aux prises, la passion l'emporte toujours;

c'est la marche du coeur humain.]

TARTUFFE.

L'amour qui nous attache aux beautés éternelles

N'étouffe pas en nous l'amour des temporelles:

Nos sens facilement peuvent être charmés

Des ouvrages parfaits que le ciel a formés.

Ses attraits réfléchis brillent dans vos pareilles.

Mais il étale en vous ses plus rares merveilles:

Il a sur votre face épanché des beautés

Dont les yeux sont surpris et les coeurs transportés:

Et je n'ai pu vous voir, parfaite créature,

Sans admirer en vous l'auteur de la nature,

Et d'une ardente amour sentir mon coeur atteint,

Au plus beau des portraits où lui-même il s'est peint.

D'abord, j'appréhendai que cette ardeur secrète

Ne fût du noir esprit une surprise adrète;

Et même à fuir vos yeux mon coeur se résolut,

Vous croyant un obstacle à faire mon salut.

Mais enfin je connus, ô beauté tout aimable,

Que cette passion peut n'être point coupable,

Que je puis l'ajuster avecque la pudeur,[38]

Et c'est ce qui m'y fait abandonner mon coeur.

Ce m'est, je le confesse, une audace bien grande

Que d'oser de ce coeur vous adresser l'offrande;

Mais j'attends en mes voeux tout de votre bonté,

Et rien des vains efforts de mon infirmité.

En vous est mon espoir, mon bien, ma quiétude;

De vous dépend ma peine ou ma béatitude;

Et je vais être enfin, par votre seul arrêt,

Heureux si vous voulez, malheureux s'il vous plaît.

[Note 38: Quel sublime comique le poëte a tiré ici du combat

des deux passions hideuses qui agitent ce scélérat! comme

dans sa détresse il appelle à son aide tous les secrets de

son art infernal! flatterie, hypocrisie, persuasion,

humilité, pudeur, il essaye toutes les armes, et on rit; car

plus il veut cacher sa turpitude, plus il se montre odieux

et ridicule.]

ELMIRE.

La déclaration est tout à fait galante;

Mais elle est, à vrai dire, un peu bien surprenante.

Vous deviez, ce me semble, armer mieux votre sein,

Et raisonner un peu sur un pareil dessein.

Un dévot comme vous, et que partout on nomme...[39]

[Note 39: Elmire a lu depuis longtemps dans le coeur de

l'hypocrite: elle n'est ni surprise ni fâchée de sa

déclaration; en femme habile, elle comprend tout le pouvoir

que lui abandonne celui qui jette le trouble dans sa maison.

Elmire n'est pas seulement douce et sage, elle est encore

adroite et pénétrante. Nous verrons plus tard qu'elle n'a

oublié aucun des avantages qu'elle prend ici.]

TARTUFFE.

Ah! pour être dévot, je n'en suis pas moins homme:[40]

Et, lorsqu'on vient à voir vos célestes appas,

Un coeur se laisse prendre et ne raisonne pas.

Je sais qu'un tel discours de moi paraît étrange:

Mais, madame, après tout, je ne suis pas un ange;

Et, si vous condamnez l'aveu que je vous fais,

Vous devez vous on prendre ù vos charmants attraits.

Dès que j'en vis briller la splendeur plus qu'humaine,

De mon intérieur vous fûtes souveraine;

De vos regards divins l'ineffable douceur

Força la résistance où s'obstinait mon coeur;

Elle surmonta tout, jeûnes, prières, larmes,

Et tourna tous mes voeux du côté de vos charmes.

Mes yeux et mes soupirs vous l'ont dit mille fois;

Et, pour mieux m'expliquer, j'emploie ici la voix.

Que si vous contemplez d'une âme un peu bénigne.

Les tribulations de votre esclave indigne;

S'il faut que vos bontés veuillent me consoler

Et jusqu'à mon néant daignent se ravaler,

J'aurai toujours pour vous, ô suave merveille,

Une dévotion à nulle autre pareille.[41]

Votre honneur avec moi ne court point de hasard,

Et n'a nulle disgrâce à craindre de ma part.

Tous ces galants de cour, dont les femmes sont folles,

Sont bruyants dans leurs faits et vains dans leurs paroles;

De leurs progrès sans cesse on les voit se targuer;

Ils n'ont point de faveurs qu'ils n'aillent divulguer;

Et leur langue indiscrète, en qui l'on se confie,

Déshonore l'autel où leur coeur sacrifie.

Mais les gens comme nous brûlent d'un feu discret

Avec qui, pour toujours, on est sûr du secret.

Le soin que nous prenons de notre renommée

Répond de toute chose à la personne aimée;

Et c'est en nous qu'on trouve, acceptant notre coeur,

De l'amour sans scandale et du plaisir sans peur.

[Note 40: On a cru que ce vers était une parodie de celui de

Sertorius:

Et pour être Romain, je n'en suis pas moins homme,

C'est une erreur. Molière imite ici un passage du

_Décaméron_ de Boccace, ou, pour mieux dire, il ne fait que

traduire littéralement les paroles d'un confesseur qui joue

auprès de sa pénitente le même rôle que Tartuffe joue auprès

d'Elmire: «Vous devez, lui dit-il, vous glorifier des

charmes que le ciel vous a donnés, en pensant qu'ils ont pu

plaire à un saint. C'est votre beauté irrésistible, c'est

l'amour qui me forcent à en agir ainsi; et pour être abbé,

je n'en suis pas moins homme: _Come che io sia abbate, in

sono uomo come gli altri_.» (B.)--Molière a pris tout ce

passage dans la huitième nouvelle de la troisième journée du

_Décaméron_. Cette imitation a été indiquée pour la première

fois par Michault dans ses excellents _Mélanges

philologiques_. tome Ier, page 226.]

[Note 41: Molière oppose ici d'une manière admirable la

mysticité des expressions à la hideur des sentiments, et les

pratiques de la piété aux désirs effrontés d'un libertin. Il

y a force comique dans ce double contraste, car le

spectateur ne peut s'empêcher de se réjouir de l'aveuglement

d'un scélérat qui emploie, pour inspirer l'amour, tous les

moyens qui doivent exciter la haine et le mépris.]

ELMIRE.

Je vous écoute dire, et votre rhétorique

En termes assez forts à mon âme s'explique.

N'appréhendez-vous point que je ne sois d'humeur

À dire à mon mari cette galante ardeur,

Et que le prompt avis d'un amour de la sorte

Ne pût bien altérer l'amitié qu'il vous porte?

TARTUFFE.

Je sais que vous avez trop de bénignité,

Et que vous ferez grâce à ma témérité;

Que vous m'excuserez, sur l'humaine faiblesse,

Des violents transports d'un amour qui vous blesse,

Et considérerez, en regardant votre air,

Que l'on n'est pas aveugle, et qu'un homme est de chair.

ELMIRE.

D'autres prendraient cela d'autre façon peut-être;

Mais ma discrétion se veut faire paraître.

Je ne redirai point l'affaire à mon époux:

Mais je veux, en revanche, une chose de vous;

C'est de presser tout franc, et sans nulle chicane,

L'union de Valère avecque Marianne.

XXXII

Le fils d'Orgon dénonce l'action et l'audace de Tartuffe à son père,

Orgon refuse de le croire. Tartuffe affecte de s'accuser lui-même et

d'intercéder pour le fils. À la fin, la scène décisive survient.

Madame Orgon donne rendez-vous à Tartuffe, et cache son mari sous la

table. La déclaration d'amour de Tartuffe est le chef-d'oeuvre de

toute la comédie, elle va jusqu'au vif et allait plus loin encore,

quand Orgon, alarmé pour la vertu de sa femme, renverse la table et

s'élance sur Tartuffe en s'écriant enfin:

Ah! le misérable homme!

À Tartuffe.

Vous épousiez ma fille et convoitez ma femme!

Sortez!...

Tartuffe, se démasquant tout à fait, prétend rester maître de la

maison et des biens, en vertu du contrat de donation qu'il a obtenu de

son ami Orgon.

Mais le roi, qui veille pour l'intérêt des familles, intervient par

l'huissier, saisit les papiers de la donation et emprisonne Tartuffe,

reconnu et surveillé comme un odieux charlatan. Et tout fini par cette

justice.

Nous allons examiner la morale de ce chef-d'oeuvre, si diversement

interprété depuis par les différentes passions des hommes intéressés à

accuser ou à défendre la plus belle des comédies françaises.

LAMARTINE.

FIN DE L'ENTRETIEN CL.

FIN DU VINGT-CINQUIÈME VOLUME.

Paris.--Typ. de Rouge frères, Dunon et Fresné, rue du Four-St-Germain,

43.

[Note au lecteur de ce fichier numérique:

Seules les erreurs clairement introduites par le typographe ont été

corrigées. L'orthographe de l'auteur a été conservée.]

Cours familier de Littérature - Volume 25 · 第 18 / 18 段