qu'il voyagerait plus confortablement dans ses voitures, mais l'Empereur
lui répondit que le traîneau lui permettait de voyager beaucoup plus
vite. Le roi ajouta: «Ce pauvre Roustam a la figure toute abîmée!»
Quelques heures après, nous vîmes arriver tous ceux qui étaient restés
en arrière, c'est-à-dire le Grand Maréchal, Lefebvre-Desnouettes,
l'officier polonais, etc.
Nous partîmes pour Erfurt en passant par Dresde où M. de
Saint-Aignan[112] était ambassadeur. L'Empereur lui fit dire de lui
envoyer sa voiture à Erfurt, où l'Empereur s'arrêta, fit sa toilette et
dîna.
Ensuite, M. de Saint-Aignan vint l'y rejoindre avec sa voiture.
L'Empereur y monta avec le Grand Écuyer, et nous partîmes pour Paris.
À Mayence, nous rencontrâmes M. de Montesquiou, officier d'ordonnance de
Sa Majesté. L'Empereur lui dit: «Vous voilà, Montesquiou! Vous ne vous
êtes guère dépêché!--Pardon, Sire, mais, par ce froid et le manque de
chevaux...--Allons, il n'y a pas de mal à cela, nous voyagerons
ensemble.»
À notre arrivée à Meaux, la voiture de Sa Majesté cassa. On prit donc le
cabriolet du maître de poste, dans lequel l'Empereur monta avec M. de
Caulaincourt, et me recommandant de monter dans une autre voiture, avec
tous ses papiers.
Arrivés devant la grille des Tuileries, le factionnaire s'opposa à notre
entrée et l'Empereur lui dit: «Comment, coquin, tu ne veux pas me
laisser rentrer chez moi?» Il lui tira les oreilles. Enfin, il finit par
le reconnaître[113].
Le soir, je déshabillai Sa Majesté. Aucun de ses valets de chambre
n'était arrivé; il me dit alors: «Repose-toi quelques jours, Roustam, et
dis à ton beau-père de venir près de moi.»
Le lendemain, en faisant sa toilette, Sa Majesté lui dit: «Roustam doit
être bien fatigué; il faut qu'il ait une santé de fer!» Deux jours
après, je repris mon service et je descendis, le matin, à sa toilette.
Corvisart était présent: mon nez était devenu noir comme du charbon.
L'Empereur dit à M. Corvisart de me visiter le nez et lui demanda s'il
n'y avait pas de danger. Après un sérieux examen, Corvisart s'écria:
«Non, Sire, puis d'ailleurs, s'il tombe, nous le rattacherons!»
V
Ulm.--Nouveau danger couru par l'Empereur.--Mort du colonel
Lacuée.--Construction de ponts sur le Danube.--L'île Lobau.--L'Empereur
fait sa toilette en plein air.--Essling.--Mort du maréchal
Lannes.--Douleur de Napoléon.--Ebersdorf.--Mon turban blanc sert de
point de mire à l'ennemi et manque faire tuer l'Empereur à mes
côtés.--Les cerfs de l'île Lobau.--Masséna blessé.--Wagram.--La voiture
de Masséna traversée par un boulet.--Campagne de Russie: de Moscou à
Molodetchno.--Les vivres de l'Empereur pillés par ses soldats.--Mot de
lui à ce sujet.--L'Empereur et le maréchal Berthier.
À la bataille d'Ulm, l'Empereur était au milieu des balles et de la
mitraille. Il était dans le plus grand danger. Le roi de Naples et le
prince Berthier viennent prendre la bride de son cheval pour le faire
éloigner du danger, en lui disant: «Sire ce n'est pas la place de Votre
Majesté.» L'Empereur dit: «Ma place est partout. Laissez-moi tranquille.
Murat, allez faire votre devoir.»
C'est le même soir, avant la bataille, que j'ai vu M. Lacuée[114], que
j'ai connu beaucoup. Il avait quelque amitié pour moi.
Lacuée, colonel, était naguère aide-de-camp de l'Empereur. Grand,
maigre, sec, figure intéressante. Avait été ami de Moreau et lui faisait
des visites. De là sa disgrâce. De là son grade de colonel d'infanterie.
C'est le matin de la bataille d'Ulm que Roustam le vit. L'Empereur passa
devant le régiment, ne dit rien au colonel. Mais Roustam le regarde et
le colonel s'avance: «Eh bien, colonel, vous nous avez quittés?--Mon
cher Roustam, je me ferai connaître aujourd'hui à l'Empereur, vu que je
me ferai tuer!»
Son régiment, corps d'armée du maréchal Ney. Pont à traverser. La
bataille était à peine engagée. Le régiment de Lacuée était à la tête de
pont. Le maréchal ordonne que le régiment s'empare du pont. Déjà le pont
était traversé (ennemis autrichiens: commandant, le général Mack). À
peine le pont passé, Lacuée est atteint d'une balle au milieu du front.
Le lendemain, Mack est blessé. L'Empereur, logé dans une abbaye, veut
voir défiler les prisonniers.
Il était à une heure d'Ulm. Il charge Caulaincourt de choisir un paysan
pour lui faire connaître le pays en se rendant à Ulm. Le paysan monte,
mais un quart d'heure avant d'arriver, on s'aperçoit qu'il est étranger.
Fureur de Caulaincourt qui fait administrer vingt-cinq coups de bâton au
paysan. Indignation de Duroc, etc.
* * * * *
L'Empereur arrive à Schoenbrunn. Les ennemis avaient brûlé les ponts de
Vienne, sur le Danube. L'Empereur va visiter Ebersdorf, petit bourg sur
le Danube. Il donne des ordres pour construire des ponts sur le Danube,
en face d'Ebersdorf. L'Empereur, partant de Schoenbrunn, visitait tous
les jours les travaux. Deux branches du Danube; deux ponts jetés dessus.
Puis, île de Lobau. Puis un petit bras pour gagner la plaine. La
bataille était engagée. Les Autrichiens ayant rompu des moulins et jeté
à l'eau, ces moulins voguant rompirent nos ponts, et pas la moitié de
notre armée était passée!
La veille, deux jours avant la bataille, l'Empereur quitte le quartier
général et couche à Ebersdorf. Bataille engagée. L'Empereur était passé
en personne avec ses aides-de-camp et faisait partie du tiers de
l'armée.
Essling, où était le tiers de l'armée. On vient dire à l'Empereur que le
pont est rompu sur le grand bras du Danube. L'ennemi nous repousse à
travers les bois, sur la petite branche du Danube. L'Empereur traverse
le petit pont et revient dans l'île de Lobau, seul avec ses
aides-de-camp.
Tout le long de l'île, formidable artillerie, en cas de défaite (trente
pièces).
Arrivé dans l'île, il prend fantaisie à l'Empereur de faire sa toilette
en plein air: M. Jardin, son piqueur, portait, derrière son cheval, tout
le linge dont l'Empereur pouvait avoir besoin. Il s'asseoit par terre et
nous l'habillons complètement. En ce moment, un aide-de-camp du général
Dorsenne vient demander des munitions: «Dites-lui que je n'en ai pas.
Tout ce qu'il fera sera bien fait.»
Quelques instants après, l'Empereur étant sous un gros arbre, des
sapeurs traversent le petit pont, portant le maréchal Lannes, un genou
fracassé, l'autre entamé, les bras nus, lui enveloppé dans un manteau.
On le pose à cinquante pas du grand arbre. L'Empereur court, et, un
genou en terre, se précipite sur son corps, l'embrasse et, sans rien
dire, pose sa bouche sur son visage. Le prince de Neuchâtel prend un
bras de l'Empereur, le maréchal Duroc, l'autre. On l'arrache de son
corps et on le conduit sous l'arbre. (C'était à la brune). On transporte
le maréchal Lannes à Ebersdorf; on le met dans un bateau pour traverser
le Danube. Le vice-roi était de l'autre côté, à Ebersdorf. L'Empereur,
pleurant, disait: «Ah! qu'ils me le paieront cher!»
L'Empereur, seul, avec un escadron polonais. Il avait dit à Dorsenne de
tenir ferme.
Le soir, il monte à cheval, il va à la tête du pont brisé qui était sur
le grand bras du Danube: arrivé là, tant de blessés sur le rivage, qu'on
pouvait à peine passer. L'Empereur passe dans un grand bateau, conduit
par les marins de la Garde, et arrive à Ebersdorf. Voilà la nuit. On
fait retraite, et l'armée française passe le petit pont et vient prendre
position dans l'île Lobau, où étaient les batteries.
L'Empereur va, le lendemain, voir Lannes, qui était à Ebersdorf.
En déjeunant, en dînant, en mangeant sa soupe, les larmes coulaient dans
sa cuiller. Il mangeait seul avec Berthier. Nous sommes restés près d'un
mois à Ebersdorf.
Pendant cet intervalle, l'Empereur visitait Lannes et un grand hôpital.
Il faisait distribuer un napoléon à chaque soldat et cinq aux officiers.
Plusieurs refusaient. Dans les autres maisons, où étaient des blessés,
Duroc allait porter les mêmes secours.
Le fameux pont était à peu près fait. Il passait à pied. Son entourage
d'officiers l'ennuyant, il dit un jour: «Restez, je n'ai besoin que de
Roustam et d'une lorgnette.»
Il faisait le tour de l'île, visitait l'armée de Dorsenne, qui attendait
que le pont fût fini.
Un jour, à cheval avec l'empereur, dans l'île Lobau, au bord du petit
bras du Danube (on avait ôté le petit pont), l'Empereur apercevait les
factionnaires autrichiens. Il avait sa petite lorgnette qui était
toujours dans sa poche, et regardait les positions de l'ennemi. Une
balle siffle et frise les oreilles de l'Empereur: «Morbleu! c'est ton
bonnet blanc qui nous trahit! Il faut une autre couleur!» Et comme la
sentinelle rechargeait son arme: «C'est assez comme cela, camarade! Il
fait chaud ici, partons.» Nous rentrons à Ebersdorf. Je vais à cheval à
Vienne, pour acheter un turban de couleur. Depuis cette époque, dans
toutes batailles, turban de mousseline obscure.
L'île Lobau pleine de cerfs et de daims. On les chassait, un jour (on
faisait le pont): un cerf traverse l'eau et arrive, haletant, à
Ebersdorf, dans la cour de la maison de l'Empereur. On le tire. (C'est
le corps d'armée de Masséna qui était dans l'île de Lobau).
La veille de la bataille de Wagram, l'Empereur va dans l'île de Lobau, y
fait placer sa tente, reçoit un plénipotentiaire, le fait dîner avec
lui.
Lui, Berthier, Masséna et l'envoyé autrichien:
«Monsieur l'envoyé, dites à ceux qui vous envoient que, ce soir, à neuf
heures (il en était sept), je passerai le Danube.» Au lieu de neuf
heures, c'était huit.
L'Empereur avait dit à Masséna: «Vous êtes blessé. Vous resterez ici (il
était tombé de cheval). Votre aide-de-camp vous remplacera.--Non, sire,
je ne quitte pas mon poste. Je commanderai en calèche.»
On avait fait trois radeaux. À huit heures, commence le passage. Au très
petit point du jour, l'Empereur passe, avec son État-major. C'est là
qu'il me demanda son petit cordon noir, au bout duquel était un petit
coeur en satin noir, qu'il mettait sur son gilet de flanelle, avant sa
chemise, grand comme une pièce de trente sous.
Bataille de Wagram.--Au milieu de la journée, le feu était chaud.
Masséna était en calèche à quatre chevaux. Ses domestiques n'en étaient
pas très contents. Un cheval, derrière sa calèche. Il s'impatiente. Il
descend. Au moment même, un boulet la traverse, à l'endroit même où il
était assis.
Alors, il monte à cheval. Un étrier étant trop court, il se fâche contre
son domestique; il donne un coup de cravache à son domestique, et
celui-ci s'éloigne un peu. Un militaire passe. Il dit: «Mon ami, viens
raccourcir mes étriers. Pose ton fusil par terre, et dépêche.» Dans ce
moment, un boulet enlève l'homme. Et tout le monde de dire: «L'Empereur
l'a bien nommé _l'Enfant chéri de la victoire!_»
* * * * *
14 septembre 1812. entrée à Moscou.--19 octobre, départ de
Moscou.--Entré dans Moscou avec 90.000 combattants et 20.000 malades, il
en sort avec plus de 100.000 combattants et laisse 1.200 malades.--Le 23
octobre, quartier général à Borowsk.--Le 24, l'Empereur était sur les
bords d'un ruisseau et du village Ghorodinia, dans une cabane de
tisserand, maison de bois, délabrée, infecte, à une demi-lieue de
Malo-Iaroslavetz.--Danger que court l'Empereur: il est attaqué par des
Cosaques. Rapp veut l'engager à s'écarter. Il tire son épée et attend
les Cosaques.--Le 20 octobre, pleine retraite.--Le 28 octobre, à
Mojaïsk.--À quelques lieues de Mojaïsk, la Kolotcha, rivière. Plus loin,
la grande abbaye ou l'hôpital de Kolatskoe.--Le soir, la colonne
impériale approcha de Gjatz. De Gjatz, l'Empereur gagna Viazma, en deux
marches.--6 novembre. Hiver rigoureux. Pleine déroute.--De Gatz à
Mikalewska, village entre Dorogobuj et Smolensk, rien de remarquable. On
se défait de tout attirail.
Le 3 et le 4 novembre, l'Empereur avait séjourné à Slawkowo.--Le 5, à
Dorogobuj.--Le 6, à la hauteur de Mikalewska, l'Empereur apprend la
conjuration d'un général, à Paris. L'Empereur ne répond rien et entre
dans une maison palissadée, qui avait servi de poste de
correspondance.--Le 9 novembre, l'Empereur à Smolensk. Il s'enferme dans
une maison de la Place-Neuve, et n'en sortit que le 14, pour continuer
sa retraite.--Horrible disette.--Le 11 novembre, à cinq heures du matin,
la colonne impériale quitte Smolensk.--Koritnia, à cinq lieues de
Smolensk.--Krasnoï, à cinq lieues de Koritnia.--Lyady, à quatre lieues
de Krasnoï.
À deux lieues à droite du grand chemin, coule le Borysthène.--L'Empereur
à Koritnia, dans une misérable masure.--Le 17, l'Empereur à Lyady, à
quatre lieues du champ de bataille.--Le lendemain, on quitte la vieille
Russie.--19 novembre, Dombrowna, ville de bois.--20, Orsza. Le Dniéper,
fleuve.--D'Orsza à Borizow.--Les 22, 23. Napoléon était dans la
Tolotschin.--La Bérésina. C'est le 24 qu'il veut tenter le
passage.--Studianka.--27, passage de la Bérésina.--L'Empereur à la tête
de sa réserve à Brilowa.--Le 29, l'Empereur quitte les bords de la
Bérésina.--L'Empereur arrive à Kamen.--Le 30, à Pleszenicky.--Le 3
décembre, à Molodetchno.--C'est là que l'empereur forme le projet de
partir pour Paris.
Une journée après le passage de la Bérésina, le 30 novembre, à
Pleszenicky, l'Empereur se disposait à manger, mais les soldats d'un
régiment avaient pillé la cantine portée sur le dos de trois mulets qui
suivaient toujours, portant, sur des paniers attachés aux selles, le vin
et le pain ou le biscuit, et les provisions. Sur le dernier de ces
mulets était le petit lit en fer qu'on dressait partout et qui était
roulé avec un matelas, au travers d'un mulet.
Ces soldats, affamés par des marches continuelles, aperçoivent cette
maigre caravane, qui s'achemine sous la conduite de trois gendarmes et
de deux hommes de la bouche.
D'un oeil de convoitise, ils les voient passer. Mais la faim l'emporte,
et les voilà pressant le pas en désordre et s'informant d'où viennent
ces provisions et à qui elles sont destinées. Ils le savaient, et, de
plus, ils pouvaient lire, sur la couverture, la destination de ces
vivres... Mais, encore une fois, la faim!
«C'est à l'Empereur. N'y touchez pas!» Et déjà mille mains rapaces
assaillaient les paniers: «L'Empereur n'ordonne pas qu'on meure; au
surplus, à sa santé!» Et c'en est fait des provisions qui, du reste, ne
firent qu'irriter davantage une faim mal assouvie.
L'Empereur excusa ses soldats; toutefois il voulut savoir à quel
régiment ils appartenaient: «Un jour viendra qu'ils seront dans
l'abondance, je les passerai en revue... Mais non, le reproche serait
trop cruel: tel jour, vous voliez le pain de votre Empereur!»
* * * * *
Deux jours avant d'arriver à Smorgoni, à Molodetchno, l'Empereur, qui
avait battu en retraite avec l'armée, résolut de la quitter. Il passait
la nuit dans un misérable village à Molodetchno. J'étais dans la pièce
voisine. J'entendis parler haut. C'était l'Empereur, gourmandant
très-haut Berthier qui voulait le suivre: «Je vais en France parce que
ma présence est indispensable.--Sire, depuis longtemps, Votre Majesté
sait que je veux quitter le service: je suis vieux, emmenez-moi.--Vous
resterez, avec Eugène et Murat.» Il insistait: «Vous êtes un ingrat...
Vous êtes un lâche! Je vous ferai fusiller, à la tête de l'armée!» Et
l'autre sanglotait.
Cette scène eut lieu le 3 décembre. Le lendemain, Berthier se résigna.
APPENDICES
QUELQUES PAGES DE L'ORTHOGRAPHE DE ROUSTAM
Il est né à Tiplise, à la capital de la Gorgi, fis de sier R... Honan,
négotien, né le... (_sic_).
Deux ans après, sa néconce a été transporté à Aperkan, un assez fort
ville en Herménien, païye natalle de son père. Onze anné après, il a été
promené dans un des bien de son père, avec plusier cé camarade, qui été
ataqué par plusier Tartare, pour amener avec eu dans leur paiy, et
surrement pou le vendres. Plusier de cé camarade été prie par de cé
brigand, et lui été échapé dans leur mens. R. R. été perdu, dans cet
journé-là, six heure dans les bois, sans pouvoir trouvoire la route pour
aller rejoindre sa mère, qu'il émé bien tendrement.
Au même moment, a rencontra un bûcheron dans les bois, qui a bien voulue
de conduire auprès de sa mère, qui été dans un inquiétude mortelle, et
il ne pas manquet le bucheron de recevoir un bons recompance de la par
de sa mère.
Le nombres de famille de sieur R. Honan, est de deux fille et quatres
garçons. R. R. été la cadette. Son père a fait un voyage avec cé deux
fis, pou son commerce a Gonje, provance de Malique Magolume. Quelque moi
après, l'empereur de Persanne a déclaré la guerre contres Abrahim-Kane,
qui a été gouverneur de la province de Herménie.
Voilà la cause que R. R. a perdu tout sa famille.
Depuis ce temps là, pour les affairs d'intéré, mon père voulé de
c'éloigner de Gonje, et amener avec lui mes deux frère Avack et Séiran
et moi, mais j'été trop ataché à ma mère pour m'éloigner d'elle.
Quelque jours après, il acheta un voiture pour son voyage. Le mème jour,
nous étions à diné, nous a questiona si nous somme contan de faire cest
voyage. Mes frère disé que oui, moi je lui dit que non. Il m'a beaucoup
questiona pour que je ne veux pas lui suivres. Je lui dit: «Quand j'été
pitite, maman m'a bien soigné: elle ma randu toujours bien houreux.
Comme je commance, à présent, êtres grand, je disire de mes tourner
auprès d'elle pour lui consoler et la randres heureux, si je peu.»
Il a été fore mescontan que je voulées de quiter. Enfin, il n'a pas peut
rien gagné sur moi, pour m'amener avec lui.
Il obliger de partir, avec mes deux frère, et il me lessa tout seul dans
la ville de Gonje, sans paran et sans fortune.
La ville de Gonje, c'est un trais bons ville et bian riches. Cé là où on
fait le pus grand commerce de sois et de caschemire de Perse.
Trois mois après, Abrahim-Kane a déclaré la guerres contre Malique
Magolum, où je me trouvé dans la forreteresse de Gonje. Les peuples de
la ville sont obliger de rantrer dans la forteresse. Je reste jusqu'à la
dernier moment sans pourvoir de sortir dans la forreteresse. On rentrais
bien, mais on lessé sortire personnes. Un jours où les mulés de Malique
Mugolum sorté pour chercher les provision, je me suis fouré dans les
gambe des mulés et je me suis sortie de force, de cest manierre-là, sans
aucun dangé.
Quand j'été or la porte, je rencontrais deux personne de mon pay, et
même ville. Je leur demandé si je pourais trouverre un aucasion pour
m'en tourner auprès de ma mère. Il me dit oui, je conné plusier
personnes qui von partier à deux houre de matin pour Aperkan, où j'avais
lessé ma pauvres mère et mes deux seure, Mariane et Begzada.
Cé deux bons messier il me montrés la maison où son les voyagers. Je me
suis rendue sur le champ; il mon trais bien aceuillies. Enfin, tout été
convenue de partir à deux houre du matin. En atandant de la nuit, j'été
dans un gardans, à côté de la ville, pour chercher quelque lagume pour
ma nourriture, car j'avais rien à manger depuis quelque jours. Jai
apersu, au lointin un troupeaux de mouton. J'été à la rancontres, pour
demander un peut de lais ou de fromage, enfin je me suis aprocher du
berger. Il me dit: «Qui tu veux?--Ce que vous vousdrois: un peut de lais
ou de fromage, car voilà plusier jours que j'ai rien mangé.»
Il m'a beaucoup examina, en me demandan le nom de mon pay et celle de
mes paran. Je lui dit mon nom et celui de mon père. Apresa m'a prie dans
sé bras, m'a ambrasé du bons coeur, en me disan: «Je suis votres oncle!
Voilà quinze anné que j'ai quité le pay.»
Je me trouvais, dans ce moment-là, bien houreux d'avoir trouvair un
protecteur. Enfin, je lui demandé quelque provision, pour mon voyage que
je devais faire à deux houre du matin. Il m'a donné deux gros pen et un
quantité de rotie. J'ai mis tout sa dans un sac pour rejoindre la maison
où été mes compagnon de voyage.
Mon oncle m'a demandé si je voulé rester avec lui jusque je soit plus
grand, et j'irais rejoindre ma mère. Je lui dit: «Non, je vous le merci.
Jé quité mon père et mes frère, pour rejoindre ma mère. Vous voyé bien
que je ne puisse rester avec vous. Je suis sûre ma mère et bien inquète
de moi, en particulier, car j'été son enfant gâtés, beaucoup plus que
les autres.» Il a bien vu que je ne voulé pas rester avec lui. Il
m'ambrasa. Je lui fait mes adieux, et je me suis rendu sur-le-champ, à
la rondez-vous de voyagers, le coeur contan en espéran voir ma mère
quelque jours après.
DOCUMENTS SUR LE CORPS DES MAMELOUCKS
Paris, le 21 Vendémiaire an X (13 octobre 1801).
Les Consuls de la République arrêtent:
Article premier.--Il sera formé un escadron de deux cent quarante
Mameloucks, de ceux venant d'Égypte.
Art. II.--L'aide de camp chef de brigade Rapp en aura le commandement.
Il se rendra, à cet effet, à Marseille, pour l'organisation de cet
escadron.
Art. III.--Le ministre de la Guerre est chargé de l'exécution du présent
arrêté.
Le premier Consul.
_Signé_ BONAPARTE.
Par le premier Consul, le Secrétaire d'État. Signé HUGUES B. MARET.
* * * * *
Paris, le 17 Nivôse an X (7 janvier 1802).
Au nom du peuple français.
Bonaparte, premier Consul de la République, arrête:
Article premier.--Il sera formé un escadron de cent cinquante
Mameloucks.
Art. II.--Cet escadron sera organisé comme un escadron de hussards. Il
sera commandé par le chef de Brigade Rapp.
Art. III.--Les soldats et officiers seront tous pris parmi les
Mameloucks, Syriens et Cophtes venant de l'armée d'Orient et qui ont
fait la guerre avec l'armée française.
Art. IV.--Il y aura deux officiers français dont l'un sera chargé de
l'administration de l'habillement, l'autre de la police et de
l'instruction du corps; un quartier-maître français et deux secrétaires
interprètes, un par compagnie, qui auront le traitement de caporal
fourrier.
Art. V.--Leur solde et leurs masses seront réglées de manière à ce
qu'ils ne coûtent pas davantage qu'un escadron de chasseurs de la Garde.
À cet effet, on diminuera leur solde pour augmenter leur masse
d'habillement.
Art. VI.--Il leur sera donné le même uniforme que portent les
Mameloucks, et pour marque de récompense de leur fidélité à l'armée
française, ils porteront le turban vert.
Art. VII.--Le Ministre de la Guerre est chargé de l'exécution du présent
arrêté.
Le premier Consul. _Signé_ BONAPARTE.
Par le premier Consul. Le secrétaire d'Etat. _Signé_ HUGUES B.
MARET.
Le Ministre de la Guerre. _Signé_ ALEXANDRE BERTHIER.
* * * * *
Paris, le 11 Germinal an X (1er avril 1802).
Les Consuls de la République arrêtent:
Il sera fourni, par les magasins d'armes de la République, à chaque
sous-officier et cavalier de l'escadron des Mameloucks, un armement
complet composé ainsi qu'il suit, savoir:
1 carabine.
1 tromblon.
2 paires de pistolets, dont une de ceinture.
1 sabre à la Mamelouck.
1 poignard.
1 masse d'armes.
1 lance pour une compagnie de lanciers non encore déterminée.
1 poire à poudre en corne pour amorcer, avec une baguette de fer.
Le Ministre de la Guerre est chargé de l'exécution du présent arrêté.
Le premier Consul.
_Signe_ BONAPARTE.
Par le premier Consul, le Secrétaire d'État.
_Signé_ HUGUES B. MARET.
Le Ministre de la Guerre.
_Signé_ ALEXANDRE BERTHIER.
* * * * *
Paris, le 25 Germinal an X (15 avril 1802).
Les Consuls de la République arrêtent ce qui suit:
Article I.--Le corps des Mameloucks, créé par arrêté du 17 Nivôse
dernier, sera composé d'un état-major d'officiers, sous-officiers ou
artistes français de deux compagnies formant un escadron de Mameloucks.
Art. II.--L'état-major et les compagnies seront composés ainsi qu'il
suit:
ÉTAT-MAJOR
Un chef de brigade.
Un capitaine chargé de l'administration de l'habillement
et police du corps.
Un quartier-maître.
Un officier de santé de 1re classe.
Un lieutenant instructeur.
Un adjudant sous-officier.
Un artiste vétérinaire.
Un trompette brigadier.
Un maître sellier.
Un maître tailleur.
Un maître bottier.
Un maître armurier.
Total: 5 officiers, 7 sous-officiers, artistes ou ouvriers.
COMPAGNIE
Un capitaine.
Un lieutenant en premier.
Un lieutenant en second.
Un sous-lieutenant.
Un maréchal des logis chef.
Quatre maréchaux des logis.
Un fourrier-interprète.
Huit brigadiers.
Deux trompettes.
Cinquante-neuf Mameloucks.
Un maréchal ferrant.
Total: 4 officiers, 76 sous-officiers ou Mameloucks.