vîntes au camp, sur les derniers événemens. Desquels voulez-vous
parler? Est-ce de la honteuse capitulation qu'a signée au Caire une
partie de l'armée d'Orient? Elle est heureuse pour les Anglais; elle
est infâmante pour les Français. Vous-même, sir Sidney Smith, je
vous fais juge de la question, et je vous somme, au nom de
l'honneur, de me répondre catégoriquement. Que penseriez-vous, que
penserait votre général en chef, que penserait votre roi, que
penserait votre parlement, que penserait la nation anglaise, si une
portion d'une de vos armées avait fait ce que vient de faire au
Caire une portion de l'armée française d'Orient? Je ne vous ferai
pas le tort de douter un seul instant de votre réponse.
La conversation se portait encore, dites-vous, sur le désir qu'a
chacun de voir terminer une lutte pénible pour tous, et trop
long-temps prolongée. J'aurai encore l'honneur de vous demander,
monsieur, si par là vous entendez parler de la lutte générale entre
la France et l'Angleterre, ou seulement de la lutte particulière en
Égypte. Si c'est de la première, cette question n'est pas de ma
compétence; elle appartient tout entière à nos gouvernemens
respectifs. Je me permettrai seulement de dire à cet égard que je
donnerais la moitié de mon existence pour la voir terminée, et je
suis certain, en vous parlant ainsi, de penser comme le premier
consul, toujours grand et infiniment au-dessus de la politique
vulgaire. Je sais même que la paix ne dépend que de l'Angleterre, et
que le premier consul n'a voulu faire que des propositions également
honorables pour les deux nations.
Si c'est de la lutte particulière en Égypte que vous avez voulu
parler, oserais-je vous demander pourquoi vous êtes venus la
commencer? Mais si vous avez cru de votre intérêt de venir nous
attaquer, et de terminer promptement, pourquoi ne voulez-vous pas
croire que ceux des Français qui ne sont pas mus par des passions
déshonorantes, aient pensé, par la même raison que vous, qu'il était
de l'intérêt de la république de se défendre avec opiniâtreté, et de
prolonger la lutte?
Soyez donc juste, monsieur; c'est là tout ce que vous demande celui
qui a l'honneur de commander l'armée française.
Au reste, monsieur, vous devez savoir par vous-même, puisque vous y
étiez présent, et les rapports de vos généraux en font foi, que si,
à l'affaire du 30 ventôse, tous les Français eussent été dirigés par
l'honneur, les Anglais ne seraient plus aujourd'hui en Égypte, et la
lutte aurait été promptement terminée, ainsi que vous paraissez le
désirer. Ce n'est pas, monsieur, je le proteste hautement, que je
veuille jeter quelques nuages sur la valeur de l'armée anglaise. Le
30 ventôse, deux nations belliqueuses combattaient l'une contre
l'autre: il fallait bien que la fortune se décidât en faveur de
l'une des deux; et de fait, ainsi que le disent vos généraux, elle
se serait décidée pour les Français, si tous avaient fait leur
devoir.
Je dois encore vous ajouter, monsieur, que si un événement tellement
extraordinaire, tel que la postérité ne voudra pas y croire, ne fût
pas arrivé au Caire, vos troupes, et celles des deux officiers de la
Porte ottomane, se seraient morfondues et détruites devant cette
place, sans pouvoir l'entamer. D'après tout ce que je viens d'avoir
l'honneur de vous dire, convenez donc qu'il était extrêmement
naturel que j'eusse quelque défiance de votre promenade devant le
camp français, et que je cherchasse à prévenir les troupes que je
commande contre des insinuations qui pouvaient avoir lieu, surtout
après l'événement du Caire. Je ne crois pas, monsieur, qu'il soit
arrivé à aucun général français d'aller faire de semblables
conversations avec les avant-postes anglais. Je vous déclare que je
ne l'eusse pas permis.
Vous vous plaignez, monsieur, que je vous ai attaqué en votre
absence et avec la plume, quand j'ai dit qu'on ne devait s'attaquer
que le sabre à la main; quant à votre absence, monsieur, je ne la
connaissais pas, puisque vous étiez au camp, et que vous le déclarez
vous-même; quant à la plume, il m'était difficile de me servir d'une
autre arme. Au reste, monsieur, à moins que le sort de la guerre
n'en décide autrement, nous ne serons pas toujours en Égypte, vous
et moi, et alors je chercherai à mériter votre estime de près comme
de loin.
Je ne connais point, monsieur, les petites passions, ou les fausses
impressions, qui, m'assurez-vous, dictèrent le fameux ordre du jour
du 30 germinal devant Acre, ainsi que les notes qui furent ajoutées
à la narration du général Berthier. Je n'ai jamais lu cet ordre du
jour; je n'en ai entendu parler que très vaguement, et je ne me mêle
jamais de ce qui ne me regarde pas. Quant à moi, je déclare que je
n'ai d'autre passion qu'un attachement inaltérable pour ma patrie et
pour l'honneur, ainsi qu'un désir bien vif de mériter l'estime même
des ennemis que les circonstances de la guerre me forcent à
combattre.
Je ne sais, monsieur, si on ne se battra plus qu'une bonne fois pour
toutes, ainsi que vous le dites, après quoi, ajoutez-vous, on finira
par ne plus s'attaquer en aucune manière, et l'on vivra en paix et
en bonne intelligence.
Si c'est encore, je le répète, de la guerre générale que vous me
parlez, je le désire de toute mon âme. C'est le voeu de tout homme
qui pense, et qui chérit l'humanité. Je me permettrai encore de vous
dire que cela, suivant moi, ne dépend que de l'Angleterre.
Si c'est de l'Égypte que vous voulez parler, je dois vous assurer,
monsieur, que les troupes françaises qui sont à Alexandrie, ne se
conduiront pas comme celles du Caire: elles soutiendront leur
réputation avec d'autant plus d'énergie qu'elles auront à lutter
contre des généraux et des troupes faites pour être estimées sous
tous les rapports.
Dans toute autre circonstance, monsieur, je n'aurais peut-être pas
répondu à une lettre qui n'est que sous la forme d'une note; mais
ici les circonstances sont telles que tout devient extrêmement
intéressant, et qu'un jour tout ce qui s'est passé en Égypte devra
être rendu public, parce que, sous tous les rapports, il faut que la
vérité soit connue.
J'ai d'ailleurs saisi avec d'autant plus d'empressement, monsieur,
l'occasion de vous témoigner mon estime, que j'ai su parfaitement,
dans le temps, que c'était vous qui aviez averti avec beaucoup de
loyauté le général en chef mon prédécesseur, que la capitulation
d'El-A'rych allait être rompue, et qu'il devait prendre ses
précautions.
J'ai l'honneur.
ABDALLAH MENOU.
(Nº 12.) Caire, le 25 thermidor an VIII (13 juillet 1800).
AU GÉNÉRAL EN CHEF MENOU.
Chacun, dans ce bas monde, suit, sans s'en douter, le chemin bon ou
mauvais que le destin lui prescrit. Les uns font des conquêtes, les
autres font des souliers; les uns font des constitutions, les autres
font des enfans, des arrêtés, des processions, des tableaux, etc.;
moi, citoyen Général, je fais des projets; c'est ma partie: de même
que l'immortel Raphaël a placé le Père éternel, coiffé de son
triangle équilatéral, au haut du firmament, pour juger les mortels;
moi, je me place souvent de moi-même au-dessus du monde physique et
moral. Là, du néant où le hasard m'a plongé depuis quelques années,
je travaille tout à mon aise; et, si quelque obstacle ose s'opposer
à mon pouvoir suprême, mon imagination le surmonte bientôt. Quelle
belle chose que l'imagination! combien elle fait d'heureux!
autrefois je l'étais; par elle je me figure l'être encore. Cette
jouissance vaut bien la première, pour un philosophe qui n'a point
su définir le bonheur.
Je pris la liberté de vous proposer dans le temps, citoyen Général,
de contenir pour toujours l'Égypte par les effets contraires du
fanatisme de ses habitans: vous n'avez cessé de rire de cette idée,
qui aurait, dites-vous, fait crucifier Crébillon; mais vous rirez
peut-être bien davantage, lorsque, dans un mémoire raisonné d'après
toutes les règles de la logique et de l'hydraulique, sans autre
dépense pour le gouvernement que cinq cent mille livres une fois
payées, dix hommes par village, à mes frais pendant dix ans, cent
quintaux de poudre par trimestre, et un brevet de folie, que déjà
tout le monde m'accorde gratuitement, je rendrai le Nil si docile à
vos ordres, que vous pourrez alors lui faire arroser, à votre bon
plaisir et dans les divers temps de l'année, tous les terrains, même
les plus élevés de l'Égypte. Cet ouvrage, digne des temps les plus
reculés de ces contrées fameuses, procurera annuellement une
inondation également bonne, en centuplant au moins la surface
cultivable de l'Égypte. Je vous demande dès à présent, citoyen
Général, la propriété des déserts que je rendrai cultivables. Cette
marque de bonté de votre part me servira de stimulant nécessaire au
travail qu'il me reste à faire encore, pour porter cette idée
sublime à la perfection que je voudrais lui donner avant de la
soumettre à votre approbation. Mais, comme je ne désire être riche
que pour embellir l'Égypte, les revenus des déserts rendus comme
ci-dessus à l'agriculture, seront par moi employés à l'édification
de la nouvelle ville française.
À Batn-el-Bahra, deux mille toises environ au nord de l'angle sud du
Delta, s'élèveront les murs de cette ville; sa droite défendue par
la branche orientale, sa gauche par la branche occidentale du Nil.
Un canal de soixante pieds de largeur sur trente de profondeur,
apportera dans le centre de cette ville magnifique les productions
du milieu de l'Afrique, que l'entière liberté de plus de mille
lieues de navigation de ses fleuves y amènera sans cesse. Cette
ville recevra dans son sein les marchandises de l'Europe et de
l'Asie par deux autres canaux, qui, dérivés du premier ci-dessus au
centre de la ville, aboutiront à la branche de Rosette et de
Damiette. Les richesses de tout l'univers seront ainsi conduites par
eau jusque dans les divers quartiers de cette ville unique: elles y
seront vendues et expédiées par toute la terre. Deux superbes ponts,
aboutissant chacun à un faubourg au-delà des deux branches du Nil,
seront défendus par de bons ouvrages. Ils éloigneront ainsi toute
hostilité de la ville centrale, qui, de trois côtés, sera ainsi
rendue imprenable. Quant à son front vers le Delta, il offrira une
longue ligne droite flanquée de bastions et autres ouvrages, dont
les feux seront tellement croisés sur les approches, qu'il sera
impossible à des assiégeans de la pénétrer.
Cette ville opulente couvrira bientôt les campagnes voisines de
toutes les beautés que l'art et la nature s'efforceront à l'envi de
produire. On y verra s'élever, comme par enchantement, des palais
magnifiques, dont le Bédouin hideux ne pourra que convoiter les
richesses; des jardins vastes et délicieux, des routes, des canaux
plantés d'arbres de toute espèce. Là, sous un ciel toujours pur, et
à l'ombre de bosquets verts et impénétrables aux ardeurs du soleil,
les petites maîtresses de Paris que les affaires de commerce de leur
maison, ou mille autres motifs, amèneront en Égypte, oubliant les
plaisirs bruyans et passagers de la France, s'abandonneront aux
charmes réels et constans de la douce volupté orientale, que
l'influence des moeurs et du climat leur fera bientôt préférer: et
si elles deviennent par la suite des épouses fidèles et laborieuses;
si, entièrement occupées de l'intérieur de leur harem, elles
écartent d'elles-mêmes tous les vices séducteurs, qui font en Europe
la peste des familles, cette heureuse régénération du sexe français
sera due au séjour charmant de Ménopolis.
Mais, citoyen Général, c'est, comme on le dit quelquefois fort
élégamment, attacher la charrette avant les boeufs. Avant que vous
soyez maître d'ordonner l'inondation du Nil, avant que moi-même
j'élève les murs de la superbe Ménopolis, nous devons chercher à
rendre la conquête de l'Égypte profitable à la patrie, soit que la
paix générale nous assure ou nous prive de cette belle colonie.
Si elle nous l'assure, vous aurez vous-même, je l'espère, citoyen
Général, le bonheur de la conduire à cet état de splendeur que votre
patriotisme, vos lumières, et même un sentiment de commisération
pour ces pauvres Égyptiens, promettent déjà à leur pays, digne d'un
meilleur sort. Comme les ressources naîtront alors sous vos pas, et
que tout nous prouve à présent que vous saurez bien en profiter à
cette heureuse époque, je crois superflu de hasarder ici mes
opinions particulières sur les moyens de porter cette colonie au
plus haut point d'utilité pour la métropole.
Mais si la malheureuse Égypte, ou plus encore, si ses malheureux
habitans ne doivent être considérés à la paix générale que comme un
pur objet d'échange, et que nous soyons obligés de sortir d'ici;
comme nous connaissons actuellement trop bien ce pays pour ne pas
chercher à le revoir en son temps, je suis persuadé que la France
l'aura alors ou de gré ou de force. Dans cette hypothèse, il serait
très important d'y laisser un parti puissant, qui pût s'y maintenir
armé pour y entretenir notre influence politique et commerciale, et
seconder enfin les Français d'un côté, tandis qu'ils l'attaqueraient
de l'autre.
Mais comment trouver ce parti? En quels lieux et comment pourrait-il
se maintenir en force?
Ce parti est tout trouvé; il n'y a plus qu'à presser son
organisation. L'Égypte, si on doit l'abandonner à la paix, ne
pouvant retourner qu'à ses anciens maîtres, ils y extermineraient
par vengeance ou par fanatisme toutes nos créatures. La sédition du
Caire n'a que trop bien prouvé leurs sentimens sanguinaires; tous
ceux qui ont à craindre leur retour en sont si persuadés, qu'ils
deviendraient plutôt soldats contre eux que de s'exposer à leur
ressentiment barbare. Il ne faut donc plus que seconder loyalement
leurs généreux efforts, pour en recueillir nous-mêmes tous les
avantages et les préserver ainsi de l'horrible boucherie dont toute
la honte rejaillirait sur la France, si, comme on allait le faire,
ces malheureuses victimes de leur dévoûment aux Français, pour prix
des services qu'ils leur ont rendus, allaient par nous être livrées
aux vengeances, aux haines particulières que nous avons suscitées,
en un mot, au fanatisme général qui animera pour toujours les
Osmanlis gouvernans, contre nos amis malheureux et abandonnés. Le
voilà donc ce parti.
En quels lieux et comment pourrait-il se maintenir en force? Ceci
est très simple: il n'a qu'à abandonner le midi de l'Égypte, et
aller ainsi renforcer Mourâd-Bey, qu'un traité d'alliance nous
oblige de soutenir en cas d'évacuation. Fort de ses mameloucks et de
nos auxiliaires, que le séjour des Français en Égypte aguerrira
toujours plus, il ne tardera pas d'en chasser les Osmanlis et de
s'en rendre totalement maître. Dès-lors nos auxiliaires, par un
traité secret conclu avec lui, seront considérés par Mourâd-Bey dans
le Saïd, comme nous-mêmes nous l'y considérons aujourd'hui. Ils le
tiendront, en quelque manière, dépendant de la France par le besoin
qu'il aura d'en être étayé; ils maintiendront ainsi notre influence
politique et commerciale dans ces contrées que d'autres puissances
jalouses nous enlèveraient bientôt, si Mourâd gouvernait seul
l'Égypte. Il est trop fin sans doute en ce moment pour ne pas
paraître entièrement dévoué à nos intérêts tant qu'il devra nous
craindre, ou attendre de nous sa réintégration définitive; mais qui
peut nous répondre de lui, lorsque se voyant étayé par des alliances
qu'il trouvera aisément contre nous, nous serons loin de lui et hors
d'état de lui nuire?
Soutenir comme ci-dessus l'indépendance de nos créatures en Égypte,
pour y conserver l'influence de la France et nous ménager ainsi des
moyens faciles d'y rentrer, tels sont, citoyen Général, les
avantages que vous pouvez aisément procurer de vous-même à la
République, si, à la paix générale, elle doit renoncer à ce pays.
Ceux qu'elle pourra obtenir en traitant elle-même son évacuation, et
qui doivent être très considérables, ne peuvent plus se négocier
qu'entre les puissances belligérantes, qui seules peuvent et doivent
avoir ce droit. C'est une vérité hardie, qu'il était réservé à vous
seul, citoyen Général, de proclamer à l'armée, à une époque
difficile et mémorable, où moins de sagesse, de caractère et de
dévoûment en son chef eût pu la perdre sans ressource.
J'ose donc, citoyen Général, appeler toutes vos sollicitudes sur
l'augmentation, l'instruction militaire et l'armement de nos
auxiliaires d'Égypte. Déjà par vos ordres, ils se rallient à un chef
qui, soldat, prodigue, et français plus qu'aucun des scribes ses
confrères, a manifesté son courage et ses talens en combattant avec
nous pour la conquête du Saïd. Sans cesse entouré de dangers pour
nous servir, il brave en ce moment les menaces des habitans du
Caire, qu'il contraint d'expier leur révolte; il est revêtu de
l'entière confiance des siens; comme eux il est issu de ces anciens
Égyptiens qui étonnent encore l'univers par leurs monumens: quels
souvenirs ces monumens rappellent! Quelles lumières! Quelle
politique! En un mot, quelle civilisation ces pyramides, ces
temples, ces lacs, ces canaux, annoncent chez les peuples qui les
imaginèrent! Mais, ô vicissitude des temps! des hommes, maîtres de
toute la terre sous le grand Sésostris, sont méconnaissables dans
leurs descendans. Le Cophte, avili, abruti même par des milliers
d'années d'esclavage, n'a su jusqu'ici que ramper servilement aux
pieds de ses maîtres, sans cesse renaissans pour lui; mais si les
Perses, les Grecs, les Romains, les Turcs, furent des tyrans
barbares et fiers, les Français, dont la philosophie sait apprécier
la dignité de l'homme, seront pour eux des vainqueurs généreux; et
si des circonstances majeures font qu'on doive pour un temps les
abandonner, ce ne sera qu'en les mettant à même, comme je l'ai dit
ci-dessus, de pouvoir se garantir contre de nouveaux possesseurs
sanguinaires et fanatiques, qui, en exterminant même par le conseil
de leurs alliés, nos auxiliaires d'Égypte, rassureraient leurs
craintes, en détruisant nos vues politiques sur ce pays.
J'ai tâché jusqu'ici de démontrer la nécessité des auxiliaires, dans
le cas où la paix nous enlèverait cette précieuse conquête: il me
reste à vous prouver son utilité dans le cas où elle nous la
conserverait.
Par eux toutes les riches productions de l'intérieur de l'Afrique
s'amoncellent en Égypte; il ne faut pour cela que former deux ou
trois établissemens de sept à huit mille hommes chacun, sur le Nil,
ou le fleuve Abiad qui s'y joint; ces établissemens ne sauraient
être formés que par des hommes déjà accoutumés aux chaleurs de
l'intérieur de l'Afrique: la latitude des lieux qu'ils occuperaient
serait peut-être fatale à des Européens. Ces établissemens
assureront à la France plus de mille lieues de navigation intérieure
de cette partie du monde encore si peu connue; elle ne le deviendra
successivement alors que par le commerce exclusif que pourront y
faire nos négocians Français établis en Égypte.
Le destin, qui me prescrit de faire des projets, vous donne à vous
seul, citoyen Général, les moyens faciles de les exécuter. Les idées
ci-dessus, immenses dans leurs résultats, sont simples et faciles
dans leur exécution; elles se réduisent pour le moment à protéger et
encourager nos auxiliaires, et accorder de la confiance et des
honneurs à leur chef.
Excusez, citoyen Général, si j'ai tâché d'être plaisant en
commençant ce Mémoire; je désirerais être persuasif en le finissant.
Si mes idées sur les auxiliaires n'excitent que votre rire, le
destin me désignera alors pour être votre bouffon, et je veux l'être
absolument; mais j'aurai en moi-même la douce consolation d'avoir
plaidé la cause de nos créatures en Égypte, qui, abandonnées par
nous, sont dévouées à une boucherie inévitable. Votre moralité,
votre loyauté, leur est un gage assuré que vous épouserez leur
cause, soit que la paix générale nous donne ou nous prive de
l'Égypte. Dès qu'elles en seront persuadées, vous verrez alors tous
leurs moyens se développer en notre faveur.
_Signé_ LASCARIS.
_P. S._ Si je manque d'éloquence, si je vous semble incorrect, si je
suis même un peu singulier, vous me passerez tout en faveur des
motifs qui m'animèrent sans cesse pour mon pays.
FIN DU TOME PREMIER
TABLE DES MATIÈRES CONTENUES DANS LE TOME PREMIER.
NOTICE SUR LE GÉNÉRAL REYNIER. _Page_, j
Considérations générales sur l'organisation physique, militaire,
politique et morale de l'Égypte. 1
Organisation physique. 2
Système de guerre adopté par les Français. 13
Fortifications construites par les Français. 16
Des routes et marches d'armée dans l'intérieur de l'Égypte. 31
Considérations sur la civilisation des différentes classes
d'habitans de l'Égypte. 33
Des Arabes. _ibid._
Des fellâhs ou cultivateurs. 45
Des habitans des villes, des mameloucks et de leur gouvernement. 54
Résumé de l'état social des peuples de l'Égypte. 76
DE L'ÉGYPTE APRÈS LA BATAILLE D'HÉLIOPOLIS. 83
PREMIÈRE PARTIE.
DEPUIS LE MOIS DE FLORÉAL AN VIII, JUSQU'AU MOIS DE
BRUMAIRE AN IX. _ibid._
CHAPITRE PREMIER.--Situation de l'armée d'Orient, et
projets de Kléber avant sa mort. _ibid._
CHAP. II.--Assassinat de Kléber.--Le général Menou
prend le commandement.--Sa conduite dans les premiers
temps, et jusqu'en fructidor. 89
CHAP. III.--Événemens politiques. 96
CHAP. IV.--Esprit des habitans de l'Égypte.--Événemens
militaires jusqu'au mois de brumaire. 99
CHAP. V.--Intrigues.--Origine des divisions. 103
CHAP. VI.--Innovations dans l'administration du pays. 106
CHAP. VII.--Des finances. 119
CHAP. VIII.--Administration de l'armée; magasins
extraordinaires. 123
CHAP. IX.--Murmures de l'armée contre le général Menou.--Les
généraux de division lui font des représentations.--Sa
confirmation. 125
SECONDE PARTIE.
DEPUIS LE MOIS DE BRUMAIRE JUSQU'AU MOIS DE VENTÔSE AN IX. 137
CHAPITRE PREMIER.--De l'esprit de l'armée jusqu'à l'arrivée
de la flotte anglaise. _ibid._
CHAP. II.--Événemens militaires et politiques jusqu'à
l'entrée de la campagne. 145
CHAP. III.--Finances.--Produit des nouveaux droits.--Vices
des innovations.--Augmentation des dépenses
de l'armée.--La perception du miry est retardée.--Les
caisses sont vides au moment d'entrer en campagne. 158
CHAP. IV.--Des magasins.--De l'administration des
subsistances.--Des revenus en nature. 162
PIÈCES JUSTIFICATIVES.
Menou, général en chef de l'armée française, aux habitans
de l'Égypte. 166
Lagrange, général de division, chef de l'état-major général
de l'armée, au général Bonaparte, premier consul
de la République française. 172
Damas, général de division, au général en chef Menou. 176
Le général de division Reynier au général en chef
Menou. 178
Lanusse, général de division, au général en chef Menou. 180
Lanusse, général de division, au général en chef Menou. 181
Ch., chef de bataillon de la 85e demi-brigade, au général
en chef Menou. 183
Ch., chef de bataillon de la 85e, au premier consul. 184
Lanusse, général de division, au général en chef Menou. 190
Au Ministre des affaires étrangères. 192
TROISIÈME PARTIE.
CAMPAGNE CONTRE LES ANGLAIS ET LES TURCS. 198
CHAPITRE PREMIER.--Arrivée de la flotte anglaise.--Dispositions
militaires. _Ibid._
CHAP. II.--Débarquement des Anglais.--Combat du 22
ventôse. 205
CHAP. III.--Arrivée de l'armée à Alexandrie.--Affaire
du 30 ventôse. 219
CHAP. IV.--Dispositions après l'affaire du 30 ventôse.--Prise
de Rosette et de Rahmaniëh.--Passage du désert
par le visir. 231
CHAP. V.--Marche pour reconnaître l'armée du visir.--Prise
d'un convoi parti d'Alexandrie.--Évacuation de
Lesbëh, Damiette et Bourlos.--Esprit et conduite des
habitans de l'Égypte et des mameloucks.--Mort de
Mourâd-Bey.--Investissement du Caire et traité pour
l'évacuation de cette ville. 254
CHAP. VI.--Blocus d'Alexandrie jusqu'à l'entière consommation
des vivres; son évacuation. 272
EXTRAIT DU JOURNAL DU CHEF DE BRIGADE DU GÉNIE
D'HAUTPOUL. 289
Prise de Rosette par les Anglais.--Marche contre le
visir.--Capitulation du Caire. _ibid._
_15 floréal._--Évacuation du camp d'El-A'rych. 291
_25 floréal._--Premier conseil de guerre. 296
Convention pour l'évacuation de l'Égypte par le corps
de troupes de l'armée française et auxiliaire aux ordres
du général de division Belliard. 318
Le général de division Belliard au premier consul
Bonaparte. 327
PIÈCES JUSTIFICATIVES.
Le général en chef Menou au général Bonaparte, premier
consul. 338
Résumé. 344
Notes du général ***, sur la situation de l'armée d'Égypte,
depuis la fin de l'an VII jusqu'au 12 floréal an IX. 345
Menou, général en chef, au citoyen Carnot, ministre de
la guerre. 380