rare d’arracher un enfant aux flétrissures du collége! Alors il était
possible encore d’en faire un homme. Par un véritable miracle, le cœur
avait momentanément fait taire les sollicitations furieuses des sens
surexcités par deux ans d’onanisme. Dans votre foyer calme et
affectueux, la passion se fût définitivement épurée, et l’amour de
Charles D... n’eût servi à Henri que d’une sorte de transition à l’amour
de la femme. La nature allait reconquérir ses droits. Les livres, la
science, l’étude eussent d’abord captivé cet être bon, et effacé les
impressions funestes.
* * * * *
Cela ne se passa pas ainsi. Par une soirée de juin. Henri et Charles,
qui avaient peu à peu laissé les amis s’introduire entre eux deux,
tenaient je ne sais quelle conversation malpropre. Maintes fois, Henri
avait été accusé de faire de Charles son _complice_, et il avait
repoussé avec indignation un tel soupçon. Mais depuis quelques jours,
par suite d’un changement dans les dortoirs, il se trouvait coucher à
côté de son ami. La tentation était trop forte, et de ce soir-là même
leur amour s’abîma dans le vice.
C’est ainsi que l’idéal, dans les quatre murs du collége, confine à
l’onanisme, et que les premières aspirations, si vous ne les surveillez
point, se trompent d’objet, et se satisfont aux dépens de l’intelligence
et du sens moral. Lecteur, si, comme Henri C..., votre fils est retombé
à l’âge de seize ans dans les pratiques unisexuelles, soyez certain
qu’il est perdu. De cette seconde crise on ne se relève point.
* * * * *
Quels que soient les débuts d’une union semblable, le jeune homme, au
collége, dans cette épaisse atmosphère de vice, succombe nécessairement.
Au moment même où les premières ardeurs de l’âge l’aiguillonnent, il
n’est entouré que d’excitations. Dans l’air moite de l’étude, sa tête
s’enflamme au contact des bouquins classiques eux-mêmes, et les
dissertations de Platon font vibrer toutes les cordes de son être. Le
corps a besoin d’être fatigué, et c’est l’esprit que l’on surexcite: cet
adolescent est soumis au traitement spécial qui convient à un vieillard.
Entourez-le maintenant d’êtres vicieux: je défie qu’il résiste! Il n’y a
point de séminariste que sa robe protégerait contre ces provocations de
tous les instants. Eh! le ridicule même le récompenserait, s’il
prétendait garder la pureté de son corps. A l’étude, aux récréations, au
dortoir, la sensualité l’assiége, ce que les camarades appellent le
_chauffage_, paroles et actes.
Imaginez ce jeune homme libre: lâchez-le sur les boulevards. Il verra là
des filles en grand nombre, mais elles sont dans la foule; mais il n’est
pas forcé de vivre à leur contact; mais mille autres objets contribuent
à le distraire. Sa timidité même, s’il a toujours vécu dans sa famille,
le retient, et ce n’est pas du désir qu’il éprouve pour ces prostituées,
c’est de l’horreur.
Les prostitués, au collége, sont la foule elle-même: il est obligé de
leur donner la main, de manger avec eux, et de dormir près d’eux. Je
déclare impossible qu’il ne soit pas souillé.
J’ai connu un jeune homme qui avait gardé ses mœurs pures dans ce
mauvais lieu. Il avait un vice de conformation qui constituait presque
l’impuissance. Il vivait assez solitairement; on lui rendait la vie
malheureuse par les railleries ignobles dont on l’accablait; il est
parti avant d’avoir fini ses études.
* * * * *
Nous avons vu tout à l’heure Henri C... se dégrader par amour. Dans ses
lettres, Horace voulant se justifier de désirer Mignon, allègue
quelquefois l’indifférence cruelle que celui-ci lui a toujours
témoignée. Toute sa dialectique amoureuse se résume en cette
alternative:
A-t-il }
n’a-t-il pas } du _cœur_?
On penche pour l’affirmative quand Mignon se montre gracieux, et pour la
négative lorsqu’il querelle. Mais aimé ou point, il est facile
d’indiquer l’identité du but où tend la passion d’Horace.
Ceci est écrit dans les bons jours où l’affirmative l’emportait:
Sombres pensées, retirez-vous; laissez mon cœur aimer, laissez les
rêves les plus beaux se former dans ma tête, retirez-vous, je ne vous
crois pas; mon cœur est pur, il ne peut vous croire. N’est-ce pas
_lui_ qui, depuis trois jours, vient se mêler à mes rêves? N’est-ce
pas _lui_ que je vois, qui m’embrasse qui me répète ce doux mot: _Je
t’aime_, et que je couvre de mes baisers? N’est-ce pas _lui_ que,
depuis trois nuits, je vois à mes côtés et qui m’enlace de ses bras
blancs pendant mon sommeil? N’est-ce pas _lui_ que maintenant je vois
étendu sur sa couche et cherchant en vain le sommeil? Il rêve, il
pense à moi, il pense que demain enfin il pourra serrer ma main, et il
appelle, en murmurant des mots d’amour, l’amour qui tarde tant à
venir. Il se dit que je dors, et il voudrait être _un ange_ pour venir
contempler mon sommeil et déposer un baiser sur mon front! Oui, il
m’aime. Oui, je puis enfin le dire: Nous nous aimons.
On le voit, quand cet ange a du cœur, il inspire des sentiments très
vifs, et l’amour d’Horace se réduit à de simples désirs pédérastiques.
Mais quand il n’en a pas?--Il en est absolument de même:
... Sans doute ce que j’ai dit ce soir est exagéré, mais je n’en
conviens pas moins que mon amour pour Mignon n’est pas très pur. A qui
la faute? Quand donc cesseras-tu de m’accuser? Si tu avais réfléchi ce
soir, si tu avais approfondi un peu plus le cœur humain lorsque tu
parlais, m’aurais-tu lancé la pierre?
Oui, il y a peu de temps encore, ma passion pour pour lui était très
pure. Mais il m’a changé. Pourquoi est-il si indifférent? On n’aime
point si l’on n’est aimé, du moins l’on n’aime pas longtemps. Ces
passions sans retour qui font tant de malheureux ne sont fondées que
sur les sens. Ainsi donc, lorsqu’on n’est pas aimé, on n’aime pas
longtemps, tout juste le temps de contenter ses sens.
Puisque je ne puis aimer son cœur, ses qualités (qui lui font défaut),
que puis-je aimer? Tu le sais, ce que j’aime, c’est sa beauté.
_Lorsque l’on n’aime que la beauté, tu sais à quoi cela mène_, sans
compter que l’on est un égoïste. _Mais encore une fois, à qui la
faute? J’ai frappé à la porte de son cœur: elle est restée fermée..._
Je ne sais que deux moyens devant tant d’indifférence: le quitter?
Mais mon cœur ne le peut; ou aimer quoi? son corps. Je le dis avec
franchise...
_Je serais pourtant si heureux de l’aimer PUREMENT s’il avait un
cœur._
Le refrain persiste: _S’il avait un cœur!_ Il se referait une virginité
sans doute.
Horace est imbibé de phrases de roman: tout cela découle pour peu qu’on
le presse; c’est une écritoire intarissable, c’est un flot poétique qui
roule un fond de gravelures. Il lui est arrivé d’abuser le plus
étrangement du monde de ce mot: _cœur_.
C’était un jeudi soir à l’étude: il se trouvait entre Mignon et Q..., un
_lapin_, grâce aux soins de L... que ces intrigues réjouissaient. Horace
lui fit passer ce billet:
Est-ce que tu aurais l’intention, par cette invention, de nous exciter
et de nous familiariser avec les endroits sensibles? Tu sais qu’un feu
brûlant coule dans mes veines et que mon jeune voisin n’est pas moins
ardent. N’allume donc pas en nous un incendie qui par sa force
pourrait nous être funeste. Entre les deux mon cœur ne balancerait
bientôt plus; _car mon charmant voisin de droite sait aimer_; IL A DU
CŒUR.
Voilà l’aveu; voilà le mot qui illumine toutes les lettres précédentes
et détermine, caractérise les amours de collége.
* * * * *
Je crois avoir montré suffisamment par tous ces extraits quelle est la
marche de la corruption; comment l’intelligence devient la dupe, souvent
complaisante, des sens, et quelle dépravation morale résulte de ces
passions ambiguës. Le jeune homme prétend toujours viser au bien; il se
félicite d’aimer, se glorifie de ces premières expansions, et il mêle si
bien, si longtemps les mots amour, vertu, cœur, honneur, que les idées
elles-mêmes se fondent et se confondent: la fange reflète encore les
splendeurs de l’idéal.
--«Il n’est qu’un bonheur au monde, dit un personnage d’un roman de
George Sand: c’est l’amour, _et il faut l’accepter par vertu_.»
Cette philosophie-là est celle de notre Horace; elle court les colléges:
seulement là, faute de femmes, la communion a lieu entre êtres du même
sexe.
Précédemment, j’ai nommé Platon. Le poëte a donné la théorie et la loi
de cette prostitution juvénile. Diotime, la prophétesse de Mantinée,
s’exprime en ces termes dans le _Banquet_:
«Celui qui veut atteindre à ce but par la vraie voie doit, dès son jeune
âge, commencer par rechercher les beaux corps. Il doit en outre, s’il
est bien dirigé, n’en aimer qu’un seul, et, dans celui qu’il aura
choisi, engendrer de beaux discours. Ensuite, il doit arriver à
comprendre que la beauté qui se trouve dans un corps quelconque est la
sœur de la beauté qui se trouve dans tous les autres. En effet, s’il
faut rechercher la beauté en général, ce serait une grande folie de ne
pas croire que la beauté qui réside dans tous les corps est une et
identique. Une fois pénétré de cette pensée, notre homme doit se montrer
l’amant de tous les beaux corps, et dépouiller, comme une petitesse
méprisable, toute passion qui se concentrerait sur un seul. Après cela,
il doit regarder la beauté de l’âme comme plus précieuse que celle du
corps; en sorte qu’une belle âme, même dans un corps dépourvu
d’agréments, suffise pour attirer son amour et ses soins, et pour lui
faire engendrer en elle les discours les plus propres à rendre la
jeunesse meilleure. Par là, il sera nécessairement amené à contempler la
beauté qui se trouve dans les actions des hommes et dans les lois, à
voir que cette beauté est partout identique à elle-même, et
conséquemment à faire peu de cas de la beauté corporelle. Des actions
des hommes il devra passer aux sciences, pour en contempler la beauté;
et alors, ayant une vue plus large du beau, il ne sera plus enchaîné
comme un esclave dans l’étroit amour de la beauté d’un jeune garçon;
mais, lancé sur l’océan de la beauté, il enfantera avec une inépuisable
fécondité les discours et les pensées les plus magnifiques de la
philosophie, jusqu’à ce qu’ayant affermi et agrandi son esprit par cette
sublime contemplation, il n’aperçoive plus qu’une science, celle du
beau.»
Ce chemin poétique que trace Diotime de la pédérastie à la vertu est
parcouru par tous les jeunes gens réduits à vivre en troupeau; seulement
il est parcouru à rebours, et c’est là la marche naturelle des choses.
Le poëte grec, non-seulement accepte la fatalité des sens, mais il
prétend la prévenir et soumettre ceux-ci d’abord en leur donnant
satisfaction. Cette fiction philosophique a pris corps, et la lubricité
moderne, dont nos romanciers sont les interprètes, s’est inspirée de ces
rêveries hyperphysiques.
C’est là la bibliothèque où Horace puisait les «arguments» de sa
passion. Ses lettres ne pourraient-elles point porter en épigraphe cette
autre proposition de Platon?
«Dans l’espérance de parvenir à une grande perfection, on est capable de
tout entreprendre; _il est donc beau d’aimer pour la vertu_; cet amour
est celui de la Vénus céleste; il est céleste lui-même, utile aux
particuliers et aux États, et digne d’être l’objet de leur principale
étude, puisqu’il oblige l’amant et l’aimé à veiller sur eux-mêmes, et à
s’efforcer de se rendre mutuellement vertueux.»
Cette rhétorique exerce un puissant attrait sur certains esprits
d’élite: elle contribue à la dépravation de l’individu. Quant à la
foule, elle n’est point capable de lire, et j’ai dit déjà que les
pratiques vicieuses précédaient généralement toute initiation par les
livres.
* * * * *
Jusqu’ici, le lecteur remarquera que je me suis abstenu de parler de la
femme. Quelle part la femme a-t-elle dans l’existence du
collégien?--Petite. Richard, celui qu’Horace appelait ironiquement «le
mari de Mignon», Richard avait une maîtresse qu’il allait voir tous les
dimanches; mais, un jour, ayant projeté une partie de campagne avec
Mignon, il oublia d’avertir sa maîtresse, et ne la revit plus. Si ce
fait n’était pas assez éloquent par lui-même, je n’hésiterais pas à
affirmer qu’aucune femme n’eût pu destituer Mignon dans le cœur de ses
amants. Lorsque l’esprit est dépravé, le cœur est peu susceptible de ces
amours honnêtes que la nature justifie. L’adolescent repu d’images et de
pensées obscènes est plus porté à dédaigner la femme qu’à l’aimer; à cet
égard, il est moralement impuissant: tout au plus souffre-t-il la
_fille_.
Tissot note cet effet du vice:
«Un symptôme commun aux deux sexes, c’est l’indifférence qu’il laisse
pour les plaisirs légitimes de l’hymen, lors même que les désirs et les
forces ne sont pas éteints: indifférence qui non seulement fait bien des
célibataires, mais qui souvent poursuit jusque dans le lit nuptial... Je
connais un homme qui, instruit à ces pratiques par un précepteur,
éprouvait un profond dégoût pour sa femme dès les premiers jours de son
mariage.»
Dans l’amour unisexuel, il y a une brutalité qui ne s’accommode pas des
soupirs et du dévouement délicat de l’amour honnête. Ce jeune homme que
vous voyez dans un salon, gauche et renfrogné, souffre d’avoir été
déplacé de son milieu. On a dit que ce que nos pères appelaient la
galanterie n’existe plus. Eh! comment demandez-vous d’être aimable,
prévenant, de chercher des flatteries fines et gracieuses, de
marivauder, au besoin, à un jeune homme chez lequel l’accoutumance du
plaisir le plus brutal a éteint le désir? C’est un des symptômes
frappants de notre démoralisation, que le mépris de la femme. L’homme,
avant d’en arriver là, a appris dès le collége à se mépriser lui-même.
Le malheureux a gâté à l’avance toutes les délicieuses illusions qui
font la vie charmante. Il ne peut pas même se dire blasé, car il n’a pas
désiré. Sa virtualité d’émotion s’est épuisée avant qu’il ait atteint
l’âge où il est seulement capable de goûter les plus douces émotions. Le
corps, la tête et le cœur sont déflorés. Il est condamné à vivre
bestialement, privé des jouissances de l’imagination. Il ne voit de
toutes choses que la surface grise et terne; il ne peut même pleurer et
se désespérer, car c’est à peine s’il comprend que la perte qu’il a
faite est irréparable.
* * * * *
Je racontais un jour ces tristes désordres à un médecin célèbre, qui de
tous ses malades s’est fait des amis. Je lui rappelais que, dans
certains séminaires, on fait aux jeunes gens des saignées périodiques,
et je lui demandais si ce moyen pouvait suffire à étouffer le cri des
sens et à prévenir l’onanisme. Il me répondit que non, et que le vice
solitaire était plus commun dans les maisons religieuses que dans les
établissements laïques. On le comprend, si l’on considère que les
enfants sont dressés à s’espionner les uns les autres et ne peuvent,
d’après les règlements, se promener _moins de trois_ ensemble. Et, comme
nous insistions sur la difficulté inouïe que l’enfant trouve à se
corriger de telles habitudes, le docteur, s’échauffant par degrés:
«Tenez, conclut-il, si vous voulez maintenir ces agrégations de jeunes
gens, si vous prétendez que la luxure ne sévisse pas sur toutes ces
natures en éveil, il n’est qu’un parti à prendre. Je ne le conseillerais
pas à la rue des Postes; il n’est qu’un remède: _la femme_.»
Ce mot brutal renferme la condamnation sans appel de l’internat. Il
signifie qu’il y a impossibilité pour le collégien de conserver sa
virginité, et que de remède aux vices contre nature, il n’en est point
en dehors de la satisfaction normale des désirs sensuels.
Ces vices contre nature sont développés fatalement par une éducation
contre nature. L’adolescent, dans la famille, trouve un refuge contre
les sollicitations des sens; au collége, il ne rencontre qu’excitations,
et, à défaut de l’assouvissement légitime, il tombe fatalement dans la
bestialité.
J’ai décrit un état de choses qui ne peut point changer, quelques
modifications qu’on apporte dans le régime intérieur du collége: car il
est le résultat de la vie en commun d’êtres du même sexe dans le même
air.
Par une fausse et pernicieuse pudeur, on a coutume, en France,
d’éloigner le jeune homme de la société des femmes. A ce système est due
la brutalité de nos mœurs. L’enfance est mise au corps de garde: comment
voulez-vous qu’elle n’en prenne point la tenue et les goûts?
Par la seule suppression du collége, c’est-à-dire de l’internat, on
supprimera un tel état de choses.
Pères de famille qui prétendez faire de votre fils un honnête homme et
un homme de cœur, laissez-le grandir entre sa mère et sa sœur. Qu’il
suive en qualité d’externe les leçons de l’Université: croyez qu’il se
fera toujours assez de camarades au dehors. Ce que rien ne remplace,
c’est l’éducation du foyer. C’est là seulement qu’il prendra le goût des
bonnes et des belles choses, avec l’horreur du vice. La pureté des mœurs
fait leur urbanité, et la société d’une mère et d’une sœur est
excellente à protéger le jeune homme contre la _femme_.
La _femme_ est au collége l’antidote du poison unisexuel.
Dans le salon de sa mère, à peine la soupçonnera-t-il; les
sollicitations du cœur dominent celles des sens dans l’atmosphère
affectueuse et chaste de la famille.
Peut-être direz-vous que le gamin vous embarrasse à la maison: alors
autant en font, entre nous, votre femme cet votre fille. Point ne
fallait épouser, procréer.
Comment fait l’ouvrier, l’homme du peuple? Quand le gars a atteint
l’âge, il le met apprenti. Mais quitte-t-il pour cela le pauvre logis?
Non.
Ayez moins de glaces, monsieur, dans votre appartement; jouez moins,
fumez moins, s’il le faut; mais vous avez fait un fils, il faut vous
occuper de lui. Il y a de la place dans la maison pour un domestique
fainéant qui passe sa vie à _annoncer_. Cet homme mange, couche chez
vous: et il n’y a point de place pour votre fils!
Si depuis trois ans nous avons appris quelque chose;
Si nous nous sommes avisés de la rareté du patriotisme et de
l’abaissement du sens moral;
Si nous sommes soucieux d’enrayer ce mouvement de décadence, il faut
nous occuper de fonder chez nous la FAMILLE;
Il n’y a point de famille en France, partant point de bonne éducation,
et très peu d’hommes. Quand la cause du mal est connue, il ne reste qu’à
la détruire. La régénération de la patrie, si elle doit se faire, ne se
fera qu’en commençant au foyer paternel. Les musons qui éloignent les
enfants de ce foyer, les internats, sont condamnées à disparaître. Qu’on
ne m’objecte point l’impossibilité prétendue de satisfaire aux besoins
chaque jour croissants de l’instruction publique par des maisons
d’externes: c’est là une question qui s’impose et que nous ne saurions
esquiver sans lâcheté! Qu’elle soit difficile à résoudre, je le veux;
mais il faut à tout prix qu’elle soit résolue; car cette solution est,
je le dis sans déclamer, essentielle au relèvement de la société
française.
PARIS.--IMP. NOUV. (ASSOC. OUV.), 14, rue des Jeûneurs
G. Masquin et Cie