au long dans le livre de M. Paul Marin. J'aurais voulu qu'on y
indiquât que ces inepties étaient soufflées au malheureux insensé par
des partisans de Naundorf qui se faisait passer pour le duc de
Normandie, échappé du Temple.
Thomas-Ignace Martin mourut à Chartres en 1834. On a prétendu, sans
pouvoir l'établir, qu'il avait été empoisonné[1131].
[Note 1131: _Rapport adressé à S. Ex. le Ministre de la Police
Générale sur l'état du nommé Martin, envoyé par son ordre à la maison
royale de Charenton, le 13 mars 1816, par MM. Pinel, médecin en chef
de l'hôpital de la Salpêtrière, et Royer-Collard, médecin en chef de
la maison royale de Charenton, et l'un et l'autre professeurs à la
faculté de médecine de Paris._ À la fin: Paris, 6 mai 1816. 39
feuillets in-4º. ms. du cabinet de l'auteur.--Le capitaine Paul Marin,
_Thomas Martin de Gallardon. Les médecins et les thaumaturges du XIXe
siècle_, Paris, s. d. in-18. _Mémoires de la comtesse Osmond de
Boignes_, éd. Charles Nicoullaud, Paris, 1907, t. III, pp. 355 et
_passim_.]
APPENDICE IV
NOTE ICONOGRAPHIQUE
On ne trouve nulle part une image authentique de Jeanne. Nous tenons
d'elle qu'elle vit à Arras, dans la main d'un Écossais, une peinture où
elle était figurée un genou à terre et présentant une lettre à son roi,
et que jamais elle ne fit faire ni ne connut autre image ou peinture à
sa ressemblance. Ce portrait, sans doute fort petit, est malheureusement
perdu et l'on n'en connaît point de réplique[1132]. La figure exiguë
tracée à la plume, sur un registre, le 10 mai 1429, par un greffier au
parlement de Paris, qui n'avait jamais vu la Pucelle, doit être regardée
comme l'innocent griffonnage d'un scribe inhabile à dessiner une
lettrine[1133]. Je me dispenserai de refaire l'iconographie de la
Pucelle[1134]. La statuette équestre, en bronze, du musée de Cluny,
offre un effet si grotesque, qu'on le croirait produit à dessein, si
l'on pouvait prêter une pareille intention à un vieil imagier. Elle date
du règne de Charles VIII; c'est un Saint-Georges ou un Saint-Maurice
que, à une époque sans doute récente, on fit prendre pour ce qu'il
n'était pas, en inscrivant au burin, entre les jambes de la malheureuse
haridelle qui le porte, cette inscription: _La pucelle dorlians_,
désignation inusitée au XVe siècle[1135]. Le musée de Cluny exposait,
vers 1875, une autre statuette, un peu plus grande, de bois peint, qu'on
croyait être aussi du XVe siècle et représenter Jeanne d'Arc. On la
cacha dans les magasins quand on sut que c'était un mauvais
Saint-Maurice du XVIIe siècle, provenant d'une église de
Montargis[1136]. Il arrive souvent qu'on fasse d'un saint en armes une
Jeanne d'Arc. C'est le cas encore pour une petite tête casquée du XVe
siècle, qu'on trouva, dans la terre, à Orléans, détachée d'une statue et
portant encore des traces de peinture, oeuvre d'un bon style et d'une
expression charmante[1137]. Je n'ai pas le courage de signaler toutes
les lettrines d'antiphonaires, toutes les miniatures du XVIe siècle, du
XVIIe, du XVIIIe, altérées et repeintes, qu'on donne pour d'authentiques
et anciennes effigies de Jeanne. J'ai eu l'occasion d'en voir
beaucoup[1138]. J'aurais plaisir au contraire à rappeler, s'ils
n'étaient si connus, quelques manuscrits du XVe siècle, qui, comme _Le
Champion des dames_ et les _Vigiles de Charles VII_, contiennent des
miniatures où la Pucelle est figurée selon la fantaisie de l'enlumineur,
et qui nous intéressent en ce qu'elles expriment la vision de ces hommes
qui vécurent en même temps qu'elle, ou peu de temps après. Ce n'est pas
leur talent qui nous touche; ils n'en ont pas et ne font point songer à
Jean Foucquet[1139].
[Note 1132: _Procès_, t. I, pp. 100 et 292.]
[Note 1133: Gravée sur bois, dans Wallon, _Jeanne d'Arc_, p. 95.]
[Note 1134: E. de Bouteiller et G. de Braux. _Notes
iconographiques sur Jeanne d'Arc_, Paris et Orléans, 1879, in-18
jésus.]
[Note 1135: Gravée dans une grande quantité d'ouvrages et
notamment dans le livre de E. de Bouteiller et G. de Braux, ci-dessus
indiqué, en regard de la page 12.]
[Note 1136: Gravée sur bois dans le livre ci-dessus indiqué, en
regard de la page 8.]
[Note 1137: Au musée d'Orléans; elle a été gravée à l'eau-forte,
par M. Georges Lavalley, dans la _Jeanne d'Arc_ de M. Raoul Bergot,
Tours, s. d., grand in-8º.]
[Note 1138: Je signalerai seulement en ce genre la miniature
reproduite en frontispice, dans le tome IV de _La vraie Jeanne d'Arc_,
du P. Ayroles, Paris, 1898, grand in-8º et la miniature de la
collection Spetz, reproduite dans la _Jeanne d'Arc_ du chanoine Henri
Debout, t. II, p. 103.]
[Note 1139: _Le Champion des Dames_, ms. du XVe s.; bibl. nat., f.
fr. nº 841.--Martial d'Auvergne, ms. de la fin du XVe s., f. fr, nº
5.054.--Une initiale d'un ms. latin du XVe s., bibl. nat., nº 14.665.]
Du vivant de la Pucelle, et surtout pendant sa captivité, les Français
suspendaient son image dans les églises[1140]. On voudrait reconnaître
un de ces tableaux votifs dans la petite peinture sur bois, du musée
de Versailles, qui représente la Vierge avec l'enfant Jésus, ayant
Saint-Michel à sa droite et Jeanne d'Arc à sa gauche[1141]. C'est un
ouvrage italien d'une extrême grossièreté. La tête de Jeanne, qui a
disparu sous les coups d'un instrument dur et pointu, était d'un
dessin exécrable à juger par les autres qui subsistent sur ce panneau.
Les personnages portent tous quatre le nimbe orlé et perlé. À quoi
certes les clercs de Paris et de Rouen eussent trouvé à redire; et,
sans trop de sévérité, on pouvait accuser d'idolâtrie le peintre qui
érigeait, à la gauche de la Vierge, en égale du prince des milices
célestes, une créature appartenant à l'Église militante.
[Note 1140: _Procès_, t. I, p. 100.--N. Valois, _Un nouveau
témoignage sur Jeanne d'Arc_, pp. 8, 13.]
[Note 1141: Reproduit en chromo dans Wallon, _Jeanne d'Arc_.]
Debout, le chef, le cou et les épaules couverts d'une sorte de
capeline fourrée à frange noires, gantée et chaussée de fer, ceinte,
par-dessus sa huque rouge d'un ceinturon d'or, Jeanne est
reconnaissable à son nom inscrit sur sa tête et aussi à la bannière
blanche, semée de fleurs de lis, qu'elle élève de sa main droite, et à
sa targe d'argent, découpée à l'allemande, où l'on voit une épée dont
la pointe porte une couronne. Une inscription de trois lignes en
français couvre les marches du trône sur lequel la vierge Marie est
assise. Bien qu'elle soit aux trois quarts effacée et presque
inintelligible, j'ai pu, avec l'aide de mon savant ami, M. Pierre de
Nolhac, conservateur du musée de Versailles, en déchiffrer quelques
mots qui donneraient à croire qu'il s'agit ici de prières et de voeux
pour le salut de Jeanne, tombée aux mains de ses ennemis. Nous aurions
donc sous les yeux un de ces ex-voto qui furent suspendus dans des
églises de France pendant la captivité de la Pucelle. Ce nimbe au
front d'une créature vivante et la place insolite occupée par Jeanne
s'expliqueraient en ce cas assez facilement; on pourrait croire que de
bons Français approprièrent à leur dessein, sans y penser à mal, un
tableau représentant originairement la vierge entre deux personnages
de l'Église triomphante, et, au moyen de quelques retouches, firent de
l'un de ces personnages la Pucelle de Dieu, faute de lui trouver, dans
un si petit panneau, une place plus convenable à sa condition
mortelle, comme, par exemple, celle que tenaient d'ordinaire, aux
pieds de la vierge et des saints, les donateurs agenouillés; cela
expliquerait peut-être encore que Saint-Michel, la Vierge et la
Pucelle portent leurs noms inscrits au-dessus d'eux. Sur la tête de la
Pucelle on lit _ane darc_. Cette forme Darc, en 1430, est
possible[1142]. Dans la légende, au bas du trône, je discerne _Jehane
dArc_, avec un _d_ minuscule et un _A_ majuscule à _dArc_, ce qui est
bien étrange. Cette pièce m'en devient très suspecte.
[Note 1142: La forme Darc se trouve dans le procès de condamnation
(_Procès_, t. I, p. 191, t. II, p. 82). Mais nous trouvons à côté les
formes Dars (Pièce datée du 31 mars 1427), Day (lettres
d'anoblissement), Daiz (communication que j'ai reçue de M. Pierre
Champion), et Daix (_Chronique de la Pucelle_).]
La petite tapisserie à bestions du musée d'Orléans[1143], qui
représente la venue de Jeanne à Chinon au-devant du roi, provient d'un
atelier allemand du XV{e} siècle. Grossière de tissu, barbare de
dessin et peu variée de couleurs, elle témoigne d'un certain goût pour
les ornements somptueux et aussi d'une grande indifférence pour la
vérité littérale.
[Note 1143: Reproduite en chromo dans la _Jeanne d'Arc_ de
Wallon.--Cf. J. Quicherat, _Histoire du costume en France depuis les
temps les plus reculés jusqu'à la fin du XVIIIe siècle_, Paris, 1875,
gr. in-8º, p. 271.]
C'était aussi une oeuvre allemande que cette peinture qu'on montrait à
Ratisbonne en 1429 et sur laquelle était figurée la Pucelle combattant
en France. Cette peinture est perdue[1144].
[Note 1144: _Procès_, t. V, p. 270.]
FIN
TABLE DU TOME SECOND
I.--L'ARMÉE ROYALE DE SOISSONS À COMPIÈGNE.--POÈME ET
PROPHÉTIE. 1
II.--PREMIER SÉJOUR DE LA PUCELLE À COMPIÈGNE.--LES TROIS
PAPES.--SAINT-DENYS.--LES TRÊVES. 38
III.--L'ATTAQUE DE PARIS. 61
IV.--PRISE DE SAINT-PIERRE-LE-MOUSTIER.--LES FILLES
SPIRITUELLES DE FRÈRE RICHARD.--LE SIÈGE DE LA CHARITÉ. 87
V.--LES LETTRES AUX HABITANTS DE REIMS.--LA LETTRE AUX
HUSSITES.--LE DÉPART DE SULLY. 116
VI.--LA PUCELLE AUX FOSSÉS DE MELUN.--LE SEIGNEUR DE
L'OURS.--L'ENFANT DE LAGNY. 138
VII.--SOISSONS ET COMPIÈGNE.--PRISE DE LA PUCELLE. 157
VIII.--LA PUCELLE À BEAULIEU.--LE BERGER DU GÉVAUDAN. 177
IX.--LA PUCELLE À BEAUREVOIR.--CATHERINE DE LA ROCHELLE À
PARIS.--SUPPLICE DE LA PIERRONNE. 193
X.--BEAUREVOIR.--ARRAS.--ROUEN--LA CAUSE DE LAPSE. 214
XI.--LA CAUSE DE LAPSE (_Suite_). 258
XII.--LA CAUSE DE LAPSE (_Suite_). 303
XIII.--L'ABJURATION.--LA PREMIÈRE SENTENCE. 345
XIV.--LA CAUSE DE RELAPSE.--SECONDE SENTENCE.--MORT DE LA
PUCELLE 374
XV.--APRÈS LA MORT DE LA PUCELLE.--LA FIN DU BERGER.--LA DAME
DES ARMOISES 397
XVI.--APRÈS LA MORT DE LA PUCELLE (_Suite_).--LES JUGES DE
ROUEN AU CONCILE DE BÂLE ET LA PRAGMATIQUE SANCTION.--LE
PROCÈS DE RÉHABILITATION.--LA PUCELLE DE SARMAIZE.--LA
PUCELLE DU MANS 436
APPENDICES:
I.--LETTRE DU DOCTEUR G. DUMAS 459
II.--LE MARÉCHAL DE SALON 466
III.--MARTIN DE GALLARDON 472
IV.--NOTE ICONOGRAPHIQUE 479
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