prisonniers de l'île de Serk:
Rex, constabulario Porcestrie, salutem. Mandamus tibi quod sine
dilatione liberes presencium latoribus, fratri Hugoni de
Sancto-Wolmaro et Bensom clerico, prisones subscriptos qui capti
fuerunt in insula de Serk et sunt in custodia tua, scilicet: Isaac
de Wylre, Baldewinum de Alvingetoñ, Baldewinum de Werchin, Arnulfum
de Asincort, Bri[~c] de Brunesverd et Jacobum fratrem Eustachii
Monachi[27]. Et ex hoc capias ab eisdem presencium latoribus
literas suas patentes et testificantes quod eos receperint, et
literas illas nobis sub festinatione mittas. Hoc autem totum fiat
per visum et testimonium legalium hominum et discretorum. Et in
hujus rei testimonium, etc. Teste, me ipso, apud Londonias apud
Novum Templum Lond. .vij. die januarii, anno regni nostri ut supra
(xvjº. A. D. 1215).
Le Roi, au constable de Porchester, salut. Nous vous mandons que
sans délai vous délivriez aux porteurs des présentes, frère Hugues
de Saint-Saumer et Bensom le clerc, les prisonniers ci-après nommés
qui ont été pris dans l'île de Serk et qui sont sous votre garde,
c'est à savoir: Isaac de Wylre, Baudouin de Alvington, Baudoin de
Werchin, Arnould de Asincourt, Bri[~c] de Brunesverd et Jakemin
frère d'Eustache le Moine. A ce sujet, vous aurez à prendre des
porteurs des présentes leurs lettres-patentes attestant qu'ils ont
reçu lesdits prisonniers, et à nous envoyer ces mêmes lettres
promptement. Mais que tout cela se fasse au vu et en la présence de
personnes légales et discrètes. En foi de quoi, etc. Témoin,
moi-même à Londres, au Temple Neuf de Londres, le 7 janvier, la
16e année de notre règne.
Rex, Joscelino de Montibus, constabulario Porcestrie, etc. Mandamus
vobis quod, statim visis litteris istis, deliberetis a prisona
omnes illos qui capti sunt in insula de Serke, homines videlicet
Eustachii Monachi, si adhuc in prisona nostra apud Porcestriam
detinentur. Nec omittatis eos deliberare, licet nomina eorum in
litteris presentibus non imprimantur, quod nomina eorum ignoramus.
Et in hujus, etc. vobis mittimus. Teste, me ipso, apud Novum
Templum Londonias, .xx. die aprilis, anno regni nostri
.xvjº.--_Patent Rolls_, 16th of John.
Le Roi, à Joscelin des Monts, constable de Porchester, etc. Nous
vous mandons qu'aussitôt ces lettres vues vous délivriez de prison
tous ceux qui ont été pris dans l'île de Serk, savoir les hommes
d'Eustache le Moine, s'ils sont encore détenus dans notre prison à
Porchester; et n'oubliez pas de les délivrer quoique leurs noms ne
soient point marqués dans les présentes, et cela parce que nous les
ignorons. En foi de quoi nous vous envoyons les présentes
lettres-patentes. Témoin, moi-même, au Temple Neuf à Londres, le 20
avril, la 16e année de notre règne.
DELIBERACIO OBSIDUM.
Rex, abbatisse de Wiltoñ, salutem. Mandamus vobis quod liberetis
Eustachio Monacho filiam et obsidem suam quam habetis in custodia.
Et in hujus, etc. Teste ut supra (Teste rege, apud Runimed, .xxj.
die junii, anno regni ejusdem .xvijº.)--_Patent Rolls_, 17th of
John.
DÉLIVRANCE DES ÔTAGES.
Le Roi, à l'abbesse de Wilton, salut. Nous vous mandons que vous
délivriez à Eustache le Moine sa fille et son ôtage que vous avez
en votre garde. En foi de quoi, etc. Témoin comme dessus (Témoin le
Roi, à Runimed, le 21 juin, la 17e année de notre règne).
Il est à remarquer que cette charte se trouve parmi celles ordonnant la
reddition des ôtages donnés au roi Jean par les barons révoltés contre
lui.
Rex, Wilielmo de Albrincis, salutem. Sciatis quod, si veneritis ad
nos, nos remittimus vobis omnem iram et indignacionem quam erga vos
concepimus usque in hodiernum diem, sive pro Eustachio Monacho qui
applicuit apud Folkestañ, sive pro aliis. Et damus vobis salvum
conductum nostrum in veniendo ad nos, morando et recedendo et
omnibus illis qui vobiscum venient. Et in hujus rei testimonium,
etc., vobis mittimus. Teste me ipso, apud Doveram .xviijº. die
septembris, anno regni nostri .xvijº. Per dominum Wintoniensem
episcopum.--_Patent Rolls_, 17th of John, memb. 16, nº 54.
Le Roi, à William de Albrinc, salut. Sachez que si vous venez à
nous, nous vous pardonnons toute la colère et l'indignation que
nous avons conçue contre vous jusqu'à présent, soit pour Eustache
le Moine qui a débarqué à Folkestan, soit pour d'autres causes. Et
nous vous donnons, à vous et à tous ceux qui viendront avec vous,
notre sauf-conduit pour venir auprès de nous, y rester et vous
retirer. En foi de quoi nous vous envoyons ces lettres-patentes.
Témoin, moi-même, à Douvres, le 18 septembre, la 17e année de
notre règne. Par le lord évêque de Winchester.
Nous terminerons en rapportant les passages suivants de la chronique du
prieuré de Dunstaple, dont les deux premiers surtout sont trop
importants pour ne pas trouver ici leur place:
«Et tunc, mense martio (1211), venerunt ad regem in Angliam,
Henricus, frater imperatoris Otonis et comes de Hollande, et comes
Boloniæ. Et rex Franciæ cepit omnes naves Angliæ, quæ applicuerunt
in terra sua; et ideo rex Angliæ cepit multos de Quinque-Portubus.
Et tunc Eustacius pirata, dictus Monachus, aufugit a nobis ad regem
Franciæ cum quinque galeis, quia comes Boloniæ insidiabatur
ei.»--_Chronicon sive Annales prioratus de Dunstaple, una cum
excerptis e chartulario ejusdem prioratus. Thomas Hearnius e
codicibus Mss. in Bibliotheca Harleiana descripsit, primusque
vulgavit._ Oxonii e Theatro Sheldoniano, MDCCXXXIII, 2 part. in-8º,
p. 58.
«Burgenses etiam de Quinque-Portubus navali exercitu homines, arma
et victualia, quæ Lodowicum sequebantur, interceperunt: et sic
factum est prælium non solum in terra sed etiam in mari. Nam
Eustachius dictus Monachus, pyrata fortissimus, et Galfridus de
Luchi (_vel_ Luci) ex parte Lodowici insulas regis ceperunt, et
multas seditiones ei moverunt.»--_Ibid._, p. 76.
«.... Cum, ad dictæ Blanchæ instantiam, multi nobiles et potentes
de Francia venissent in succursum Lodowici; episcopus, et comes
Salesbyriæ, et justiciarius, cum regis exercitu, apud Doroberniam
eos navali bello ceperunt; et, inter infinitos, Eustachium Monacum
occiderunt, qui utriusque partis prævaricator extiterat, solos
nobiles vitæ reservantes.» (An. 1215.)--_Ibid._, p. 82.
«Et alors, au mois de mars, Henri, frère de l'empereur Othon et
comte de Hollande, et le comte de Boulogne vinrent au roi (Jean) en
Angleterre. Et le roi de France prit tous les navires anglois qui
abordèrent dans sa terre et, pour cette raison, le roi d'Angleterre
en prit un grand nombre des Cinq-Ports. Et alors Eustache, pirate
surnommé le Moine, s'enfuit de nous au roi de France avec cinq
navires, parce que le comte de Boulogne lui dressoit des embûches.»
«De leur côté, les bourgeois des Cinq-Ports, ayant rassemblé une
flotte, interceptèrent les hommes, les armes et les vivres qui
suivoient Louis: et ainsi il y eut combat sur terre et sur mer; car
Eustache, dit le Moine, pirate intrépide, et Geoffroi de Luchi
(_ou_ Luci) s'emparèrent pour Louis, des îles du roi et excitèrent
contre celui-ci beaucoup de séditions.»
«Plusieurs nobles et puissants seigneurs de France étant venus au
secours de Louis, d'après les instances de Blanche susnommée;
l'évêque et le comte de Salisbury et le justicier avec l'armée du
roi les firent prisonniers dans un combat naval; et, ne laissant la
vie qu'aux seuls nobles, ils mirent à mort, parmi une foule
d'autres, Eustache le Moine qui avoit forfait contre l'un et
l'autre parti.»
Note 25: Voici les noms de ces _serjans_ tels que nous les donnent
les _close Rolls_, t. I, p. 202, col. 2:
_Nomina servientium qui capti fuerunt in insula de Serke._
Eustachius le Borñ--Radulphus de Creki.--Taffin de Tuberville.--Petrus
de Carmer.--Tasin de Bauchukeha[~m].--Phelippes.--Rakedale.--Gyles de
Freisnes.--Giles Maikes.--Engerandus de Vreci. Masekin.--Gerardus de
Fankes. Colin Gerardin.--Huet de Badom.
Note 26: _Serk_ ou _Sark_, petite île, à six milles à l'est de
Guernsey, longue d'environ trois milles, et large environ d'un. Voyez
une notice sur elle dans _The History of the island of Guernsey... With
particulars of the neighbouring islands of Alderney, Serk and Jersey.
Compiled... by_ William Berry, etc. London, published by Longman...
1815, in-4º.
Note 27: Ils sont ainsi nommés dans la liste déjà citée qui a été
publiée dans les _close Rolls_ sous la 16e année du règne de Jean (A.
D. 1215):
_Nomina militum qui capti fuerunt in insula de Serk._
Jakemin.--Isaac de Vyrre.--Brituis de Colesburc de Vreci.--Arnulfus
Desincort. Baldewiñ Dallingetuñ.
[Illustration: _H. Jouy script. e MS. Bibl. Reg. Nº. 7595._]
ROMAN
D'EUSTACHE LE MOINE.
_Chi comment li Romans de Witasse le Moine._
Del moigne briement vous dirai
Les examples si com je sai.
Il se rendi à Saint-Saumer.
A .viij. liues priès de la mer;
Illuecques noirs moignes devint 5
Puis ke de Toulete revint.
Où il ot apris nigremanche.
N'ot homme el roiaume de Franche
Ki tant séust ars ne caraudes.
A maintes gens fist maintes caudes. 10
Il avoit à Toulete esté
Tout .j. ivier et un esté
Aval sous terre en .j. abisme
Où parloit au malfé méisme.
Qui li aprist l'enghien et l'art 15
Qui tout le mont dechoit et art.
Il aprist mil conjuremens,
Mil caraudes, mil espiremens;
Il set en l'espée garder
Et le sautier faire torner, 20
Et par l'espaule au mouton
Faisoit pertes rendre à fuison;
Si savoit garder el bachin
Pour rendre perte et larrechin.
Femmes faisoit encamuder 25
Et les hommes enfant suer.
Il n'ot homme jusqu'à .S. Jake
Qui tant séust de dyodake.
Del firmament ne de l'espere.
Il contrefaisoit le cimère, 30
La beste c'on ne puet connoistre;
Les moignes fait péir et cloistre.
Quant Wistase ot assés apris.
Au dyable congié a pris.
Li dyables dist k'il vivroit 35
Tant que mal fait assés aroit.
Rois et contes guerrieroit
Et en la mer occis seroit.
Wistasce s'en revint en Franche.
Qui puis fist mainte pute enfanche. 40
Une nuit vint à Montferrant.
Illuec fist dyablie grant.
El demain ains k'il s'em partist,
.J. grant mangier atorner fist
Ciés une riche tavrenière, 45
Qui molt ert orgillouse et fière.
Che fu en unes moustisons.
Wistaces ot trois compaignons
Ki de Toulete od lui venoient.
Li moust par la maison estoient 50
.Xxx. touniaus en i avoit.
Wistaces i mangue et [i] boit
Il et la tavrenière ensamble;
Et quant ont mangié, che me samble.
Et che vint à l'escot paiier, 55
Wistaces n'avoit nul denier
De la monnoie dou païs
Fors que tornois et paresis.
La dame molt lor mesconta.
Et lor monnoie refusa; 60
Por. iij. sols c'orent despendus
Paièrent-il .vj. sols ou plus.
Wistaces, qui molt sot de gile.
Quant il dut partir de la vile.
La tavrenière enfanmenta, 65
Et sour le suel .j. grain jeta
K'il avoit conjuré forment;
Et la tavrenière erramment
S'est descouverte dusc' al chaint.
Dou premier touniel qu'ele ataint 70
A toutes les broces ostées;
Grant marchié fait de ses denrées;
Ele s'escrie: «Or chà, baron!»
Li vins aloit par la maison;
Hommes et femmes acouroient, 75
Et quant le suel passé avoient.
Li homme lor braies avaloient
Et les femmes se descouvroient
Dusch' al chaint ou dusqu' al umbril:
Ainc n'oïstes si viel bestil 80
Com en la maison demenoient.
Des touniaus les broches ostoient;
Li vins s'en vait par mi les rues.
Toutes les gens i sont courues;
Mais nus n'osoit laiens entrer 85
Ki ne séust son cul moustrer
A chascun de chiaus qui entroit.
Pour chou nus entrer n'i osoit.
Il s'aperchurent en la fin
Che qu'orent fait li pélerin 90
Ki laiens avoient mangié.
Et li borgois sont eslaissié;
Apriès Wistace vont poignant.
A trois liues de Montferrant
Vont les pélerins ataignant. 95
Li bourgois lor vont escriant:
«Dans pélerins, par cha saurrés.»
Et Wistaces s'est regardés.
Si a dit à ses compaignons:
«On nous siut. Chi quel le ferons?» 100
«Par mon chief, dist uns viex barbés
Qui à Toulete ot. xx. ans més.
Or soiés trestout aséur;
Je lor ferai jà tel péur.
N'i a clerc ne bourgois ne prestre 105
Qui pour .v. marcs i volsist estre.»
Li viels fait son conjurement.
Et une rivière descent
Grans et lée, parfonde et noire.
Graindre que n'est Saine ne Loirre, 110
Entre les clers et les borgois.
Li borgois furent en esfrois.
Il s'en retournèrent arrière.
Tousdis les sivoit la rivière.
Adiès lor batoit as talons; 115
Il aloient à reculons.
Car de noier paour avoient.
Et li pélerin les sivoient.
A Montferrant s'en retornèrent.
Li pélerin apriès entrèrent. 120
Quant Wistaces entre en la vile
Adont recommencha sa gile.
Li bourgois escrient ke mugne.
Et Wistace au viel homme clugne
K'il fache son conjurement 125
Pour espoenter cele gent.
La bancloque prist à sonner.
Gens commenchent à assambler
Et li vils barbés erramment
Commencha son conjurement. 130
Tuit s'aerdent par les cavials.
Uns grans bestens leva entr'iaus;
Ainc ne véistes tel meslée
Sans cop de machue ou d'espée.
Si com chascuns i sourvenoit, 135
Au premerain k'il encontroit
Donnoit del puing ou hateriel.
Là ot donné maint hatipliel;
Bien s'entretenoient .ij. mile
A Montferrant par mi la vile. 140
Li uns boute, li autres sache.
Cil chiet aussi comme une vache.
Cil fait voler son compaignon.
Cil s'escrie: «Dame! baron!»
Nus ne venoit à la meslée 145
Ki n'i éust cop ou colée.
Wistace entr'iaus un grain jeta.
Tout maintenant les desevra;
Si s'en r'alèrent maintenant.
Em pais furent comme devant. 150
Del vin n'i ot noient perdu.
Tout fu aussi com devant fu.
Toutes les femmes se covrirent
Ki par devant se descouvrirent.
Et li hom lor braies montèrent 155
Ki par devant les avalèrent;
Chascuns à son hostel s'en va,
Et Wistaces s'achemina.
Onques puis nus ne le sivi.
Un careton a consivi 160
Qui une carete menoit
A .iiij. chevals qu'il avoit.
A .vj. liues en son chemin
Aloit pour .j. touniel de vin.
Wistaces et si compaignon 165
Demandèrent au careton
Por combien il les porteroit
Dusch' à la vile où il aloit.
Il respont: «Pour .xij. deniers.»
«Et tu les auras volentiers.» 170
Lor marchié orent fait atant;
Il montent, si s'en vont batant.
Li caretons fiert les chevals.
Et il saloient les grans sals
Par mi une cauchie à forche. 175
A Wistace le cul escorche.
Car la carete ruisteloit.
Male aléure les menoit.
Dit Wistaces au caretier:
«Dex te doinst hui mal encombrier! 180
Trop nous mainnes male aléure.
Dex te doinst hui male aventure!»
«Bials sire, dist li caretons.
De demourer mestier n'avons;
Il m'estuet faire ma jornée, 185
Je cuic que none est jà passée.»
Wistace voit riens ne li valt:
«Va bielement, fait-il, ribaut.
Que le mal soies-tu haitiés.
Que tous nos cus as escorchiés!» 190
Cil fiert ses chevals durement.
Et li viex barbés erramment
Commencha .j. conjurement.
Queque cil plus avant aloit.
Plus li sambloit k'il reculoit. 195
Li viex commenche à conjurer
Et cil commenche à reculer;
Ses chevals commenche à férir.
Et il reculoient d'aïr.
Diu commencha à renoier 200
Et ses chevaus à manechier:
«Hari! Martin! hari! Fauviel!
Por les boiaus, pour le cerviel!
Huet! avant vois, por les dens!
Pour poi que tous ne vous cravens. 205
Hari! viels jumens estaïe.
Jamais de vous n'aura aïe.»
Cil se commenche à foursener.
Car tosdis cuidoit reculer.
«Signeurs, dist-il, car descendés, 210
Que le mal soiés-vous montés!
Je vous claim mon loier tot cuite.»
Quant chascuns voit que il s'acuite
Et que il ont paié lor dete.
Il saillent fors de sa carete 215
Et li caretons s'aperchut.
Ki bien cuida estre déchut.
K'il n'estoit mie reculés.
Ains ert tousjors avant alés. 220
Wistace en Boulenois s'en vint.
A Saint-Saumer moignes devint;
Illuec fist mainte dyablie
Ains k'il issist de s'abbéie.
Il faisoit les moignes juner 225
Quant se devoient desjuner.
Il les faisoit aler nus piés
Quant devoient estre cauchiés.
Wistaces lor faisoit mesdire
Quant devoient lor eures dire, 230
Wistaces lor faisoit mesprendre
Quant devoient lor grasces rendre.
En sa cambre ert .j. jor l'abbé.
Il ert sainiés, si ot erré.
On li ot fait apparillier 235
Assés à boire et à mangier
Car de porc et car de mouton
Aues sauvages, venison.
Wistaces vint devant l'abbé.
Qui maint preudomme a puis gabé: 240
«Sire, dist-il, je sui venus.
Ere-jou à cort retenus?
Se cuidoie avoir à mangier
Je diroie de mon mestier.»
Dist li abbés: «Vous estes fols. 245
Mal dehait hore li miens cols
Se vous n'estes demain batus!»
Dist Wistaces: «Manechié vivent;
Entre iaus molt longhement estrivent.»
Wistace ala en la cuisine, 250
Devant lui esgarde une tine
Ki toute plainne d'iaue estoit.
Wistace esgarde, si le voit.
Il le commenche à conjurer.
Et l'iaue commenche à mirer; 255
Vermeille devint comme sanc.
Wistaces s'assist sour .j. banc.
La moitié d'un porc esgarda.
Oiant trestous le conjura.
Puis à destre, puis à senestre, 260
Une vielle sambla à estre
Laide et bochue et reskignie.
Li cuisinier tornent en fuie.
Si le contèrent à l'abbé.
Et li abbés i est alé 265
Et voit la vielle esraelie;
Oiant tout le couvent s'escrie:
«Nomini Dame, dist l'abbé.
Fuions-nous-ent! c'est .j. malfé.»
Wistaces desfist le carnin, 270
La char porta chiés son voisin,
.J. tavrenier ki molt l'amoit.
Toute nuit i mangue et [i] boit.
Trestout juoit au tremerel;
El saint ne remanoit batel: 275
Les crucefis et les ymages.
Trestout metoit Wistace en gages.
N'i remanoit nis bote à mogne;
Tout embloit Wistaces le mogne.
Al entendre ne vous anuit. 280
Je vous dirai encor anuit
Tel chose qui vous fera rire;
Jà le m'orés conter et dire.
Li .j. content, che m'est avis.
Et de Basyn et de Maugis. 285
Basins cunchia mainte vile
Et Maugis a fait mainte gile;
Car Amaugis par ingremanche
Embla la couronne de Franche.
Joiouse et Corte et Hauteclère 290
Et Durendal, qui molt fu clere;
Basin si embla Amaugin
Et Amaugis embla Basin.
De Maugis ichi vous lairai.
D'Uistasce le moigne dirai 295
Qui molt sot plus que Amaugis.
Ne que Basins, che m'est avis.
Travers, ne Baras, ne Haimés
Ne sorent onques tant d'abés.
Or oiiés d'Uistasce le moigne 300
Ki vers le conte de Bouloigne
Mena guerre molt longement.
De coi fu li commenchement.
Wistasces, dont parler m'oés.
A Cors en Boulenois fu nés. 305
Bauduins Buskès ot à non
Ses père, pour voir le savon.
Si estoit pers de Boulenois;
Molt savoit de plais et de loys;
Occis fu lès Basinguehans. 310
Hainfrois de Heresinguehans
Là le fist occirre et tuer;
K'il le voloit deshyreter.
Bauduins Buskès li nuisoit
D'un fief dont il à cort plaidoit, 315
Et une buffe li donna
Dont la meslée commencha.
Wistasces devenus ert moignes
A Saint-Saumer devers Bouloigne.
Wistasce issi de l'abbéye 320
Quant son père ot perdu la vie;
Vint devant li quens de Bouloigne:
«Sire, dist Wistasces li moigne.
Hainfrois a mon père mordri.
Tene-me à droit, je vous em pri.» 325
Dont fu Hainfrois à cort mandés,
Wistasces est em piés levés:
«Signor, dist-il, or m'entendés:
Mes pères est mors et tués.
Hainfrois le m'a mort et occis, 330
Il est mes mortels anemis.»
«Je m'en deffenc, che dist Hainfroi.
Par Diu et par homme et par moi.
C'ainc n'i fui véus ne oïs;
Mais je m'en plain à mes amis.» 335
Tantost furent donné li gage.
Plèges livrèrent et ostage.
Dont jura Hainfrois son éage
Lui XXXisme de son parage;
.Lx. ans jura qu'il avoit 340
Et plus encor, si com cuidoit;
Dont li fu jugié maintenant
Que son parent ou son serghant
Se puet bien combatre por lui;
Mais n'i ot parent ne ami 345
Qui la bataille osast emprendre
Por lui ne por son cors desfendre.
Endites li fu uns vassaus
Grans et hardis et fors et biaus;
Wistasce ot non de Maraquise. 350
Adont fu la bataille prise.
Manesiers se liève, uns varlès.
Neveus fu Bauduin Busquet.
Grant baceler et biel et fort;
Hainfroi apiela de la mort 355
Son oncle, k'il occis avoit.
Et dist que il li prouveroit.
Adont fu la bataille emprise
(Cascuns d'iax molt forment se prise)
D'Uistasce contre Manesier. 360
Andui furent et fort et fier.
La bataille fu à Estaples.
Des .ij. vassaus fu grans li caples.
Adont vint Wistasces li moigne
Devant le conte de Bouloigne: 365
«Sire, dist-il, sachiés sans faille
Que je m'ost de ceste bataille.
Que jà acorde n'en prendrai.
La mort mon père vengerai.»
Li moignes s'est del champ partis, 370
Manesiers fu tantost occis.
Li moignes servi puis le conte.
De trestout li rendoit aconte;
Senescaus fu de Boulenois.
Pers et baillius, che fu ses drois. 375
Hainfroi l'empira vers le conte.
Durement li desfist son conte.
Li quens a Wistasce mandé
Tantost, se li a demandé
Des baillies k'il a tenues 380
Pour coi il les a detenues.
Wistasces dist sans demourer:
«Vés me chi tout prest de conter
Puis que chi m'en avés semons
Devant vos pers et vos barons; 385
Uns des pers sui de Boulenois.»
Et dist li quens: «Vous en venrois
A Hardelo à moi conter.
Là ne me porés mesconter.»
Dist Wistasces: «C'est trahison, 390
Vous me volés metre em prison.»
Li moignes s'est d'illuec partis.
Par mal est del conte partis;
Maintes fois le fist puis dolent.
Li quens saisi son tenement 395
Et son gardin li embrasa;
Wistasces li moignes jura
Que mar li a son gardin ars
Il coustera .x. m. mars.
.J. jour vint Wistasces le moigne 400
A .ij. molins defors Bouloigne
Que li quens i avoit fait faire;
Sa gent a fait arrière traire.
En .j. molin trueve .j. mannier.
Il le commenche à manechier 405
Que il li caupera la teste
Se il ne va tost à la feste
As noches Symon de Boloigne:
«Diras lor qu'Uistasces le moigne
Est venus pour iaus esclairier, 410
Car il n'ont dont véoir mangier.
Tels .ij. candoiles lor ferai
Que les molins alumerai.»
Et li manniers s'en vait au conte.
D'Uistasce le moigne li conte. 415
Li quens saut sus sans atargier
De là où séoit au mangier.
Et fait crier par grant essogne.
Or apriès Wistasce le moigne
Saut li maires, saut le provost. 420
La bancloque sonna tantost;
Quant Wistasces l'oï sonner.
Adont commenche à retorner;
Il le commenchent à sievir.
Mais ne le porent consievir. 425
As noches Simon de Boloigne
Aluma Wistasces le moigne
Ces .ij. molins que vous oés.
Che fu la fine vérités.