--Le pécheur, dit-il enfin, répondra: «Faites ce que j’enseigne, non ce
que je fais.» Et il a le devoir d’ajouter avec contrition que c’est
précisément pour avoir péché, c’est pour s’être trompé, qu’il peut,
mieux parfois que de plus sages, dénoncer l’erreur et montrer combien
elle est pernicieuse. Où en serait le monde, si l’expérience des
pécheurs n’avait pas le droit d’affirmer le bon et le juste?
L’expérience n’est pas la sagesse, mais elle sait reconnaître,
quelquefois mieux que la sagesse théorique, les bienfaits de la vertu
réalisée. Croyez-moi, monsieur Augias, nous serons bien forts si nous
nous unissons pour faire des générations de braves gens! Mais, pour
cela, il faudrait que l’école primaire fût chargée d’un autre
enseignement que celui de l’arithmétique et de la géographie. Il
faudrait que l’instituteur fût vraiment et surtout un professeur de
morale, un éducateur national. Je crois avoir compris que le maître,
dans vos écoles, ne donne que peu de temps à la surveillance des
caractères, à la formation des caractères; c’est pourtant ce qui importe
par-dessus tout. Si cela lui plaît, il peut se dispenser d’enseigner
autre chose que les éléments des sciences. Il y a pourtant une morale
sociale qui est de nécessité; et, quand on veut être libre, il faut
apprendre à accepter librement les disciplines nécessaires, et savoir
qu’on a des devoirs précis envers le corps social, puisqu’on reçoit de
lui toutes les commodités de la vie, à quelque rang qu’on se trouve
placé. Vos efforts individuels sont touchants, mais, étant isolés, ne
peuvent pas grand’chose. Il faudra bien qu’un jour la République
apprenne aux enfants les disciplines consenties qui assurent seules les
vraies libertés.