POUVOIR LÉGISLATIF DE L'ÉTAT.

Division du corps législatif en deux chambres. -- Sénat. --

Chambre des représentants. -- Différentes attributions de ces

deux corps.

Le pouvoir législatif de l'État est confié à deux assemblées; la

première porte en général le nom de sénat.

Le sénat est habituellement un corps législatif; mais quelquefois il

devient un corps administratif et judiciaire.

Il prend part à l'administration de plusieurs manières, suivant les

différentes constitutions[111]; mais c'est en concourant au choix des

fonctionnaires qu'il pénètre ordinairement dans la sphère du pouvoir

exécutif.

[Note 111: Dans le Massachusetts, le sénat n'est revêtu

d'aucune fonction administrative.]

Il participe au pouvoir judiciaire, en prononçant sur certains délits

politiques, et aussi quelquefois en statuant sur certaines causes

civiles[112].

[Note 112: Comme dans l'État de New-York. Voyez la

constitution à la fin du volume.]

Ses membres sont toujours peu nombreux.

L'autre branche de la législature, qu'on appelle d'ordinaire la chambre

des représentants, ne participe en rien au pouvoir administratif, et ne

prend part au pouvoir judiciaire qu'en accusant les fonctionnaires

publics devant le sénat.

Les membres des deux chambres sont soumis presque partout aux mêmes

conditions d'éligibilité. Les uns et les autres sont élus de la même

manière et par les mêmes citoyens.

La seule différence qui existe entre eux provient de ce que le mandat

des sénateurs est en général plus long que celui des représentants. Les

seconds restent rarement en fonction plus d'une année; les premiers

siègent ordinairement deux ou trois ans.

En accordant aux sénateurs le privilége d'être nommés pour plusieurs

années, et en les renouvelant par série, la loi a pris soin de maintenir

au sein des législateurs un noyau d'hommes déjà habitués aux affaires,

et qui pussent exercer une influence utile sur les nouveaux venus.

Par la division du corps législatif en deux branches, les Américains

n'ont donc pas voulu créer une assemblée héréditaire et une autre

élective, ils n'ont pas prétendu faire de l'une un corps aristocratique,

et de l'autre un représentant de la démocratie; leur but n'a point été

non plus de donner dans la première un appui au pouvoir, en laissant à

la seconde les intérêts et les passions du peuple.

Diviser la force législative, ralentir ainsi le mouvement des assemblées

politiques, et créer un tribunal d'appel pour la révision des lois,

tels sont les seuls avantages qui résultent de la constitution actuelle

de deux chambres aux États-Unis.

Le temps et l'expérience ont fait connaître aux Américains que, réduite

à ces avantages, la division des pouvoirs législatifs est encore une

nécessité du premier ordre. Seule, parmi toutes les républiques unies,

la Pensylvanie avait d'abord essayé d'établir une assemblée unique.

Franklin lui-même, entraîné par les conséquences logiques du dogme de la

souveraineté du peuple, avait concouru à cette mesure. On fut bientôt

obligé de changer de loi et de constituer les deux chambres. Le principe

de la division du pouvoir législatif reçut ainsi sa dernière

consécration; on peut donc désormais considérer comme une vérité

démontrée la nécessité de partager l'action législative entre plusieurs

corps. Cette théorie, à peu près ignorée des républiques antiques,

introduite dans le monde presque au hasard, ainsi que la plupart des

grandes vérités, méconnue de plusieurs peuples modernes, est enfin

passée comme un axiome dans la science politique de nos jours.

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De la Démocratie en Amérique, tome premier et augmentée d'un Avertissement et d'un Examen comparatif de la Démocratie aux États-Unis et en Suisse · 第 38 / 158 题