DU COMTÉ DANS LA NOUVELLE-ANGLETERRE.

Le comté de la Nouvelle-Angleterre, analogue à l'arrondissement

de France. -- Créé dans un intérêt purement administratif. -- N'a

point de représentation. -- Est administré par des fonctionnaires

non électifs.

Le comté américain a beaucoup d'analogie avec l'arrondissement de

France. On lui a tracé, comme à ce dernier, une circonscription

arbitraire; il forme un corps dont les différentes parties n'ont point

entre elles de liens nécessaires, et auquel ne se rattachent ni

affection ni souvenir, ni communauté d'existence. Il n'est créé que dans

un intérêt purement administratif.

La commune avait une étendue trop restreinte pour qu'on pût y renfermer

l'administration de la justice. Le comté forme donc le premier centre

judiciaire. Chaque comté a une cour de justice[76], un shérif pour

exécuter les arrêts des tribunaux, une prison qui doit contenir les

criminels.

[Note 76: Voyez la loi du 14 février 1821, _Laws of

Massachusetts_, vol. 1, p. 551.]

Il y a des besoins qui sont ressentis d'une manière à peu près égale par

toutes les communes du comté; il était naturel qu'une autorité centrale

fût chargée d'y pourvoir. Au Massachusetts, cette autorité réside dans

les mains d'un certain nombre de magistrats, que désigne le gouverneur

de l'État, de l'avis[77] de son conseil[78].

[Note 77: Voyez la loi du 20 février 1819, _Laws of

Massachusetts_, vol 2, p. 494.]

[Note 78: Le conseil du gouverneur est un corps électif.]

Les administrateurs du comté n'ont qu'un pouvoir borné et exceptionnel,

qui ne s'applique qu'à un très petit nombre de cas prévus à l'avance.

L'État et la commune suffisent à la marche ordinaire des choses. Ces

administrateurs ne font que préparer le budget du comté, la législature

le vote[79]. Il n'y a point d'assemblée qui représente directement ou

indirectement le comté.

[Note 79: Voyez la loi du 2 novembre 1791, _Laws of

Massachusetts_, vol. 1, p. 61.]

Le comté n'a donc point, à vrai dire, d'existence politique.

On remarque, dans la plupart des constitutions américaines, une double

tendance qui porte les législateurs à diviser le pouvoir exécutif et à

concentrer la puissance législative. La commune de la Nouvelle-Angleterre

a, par elle-même, un principe d'existence dont on ne la dépouille

point; mais il faudrait créer fictivement cette vie dans le comté, et

l'utilité n'en a point été sentie: toutes les communes réunies n'ont

qu'une seule représentation, l'État, centre de tous les pouvoirs

nationaux; hors de l'action communale et nationale, on peut dire qu'il

n'y a que des forces individuelles.

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De la Démocratie en Amérique, tome premier et augmentée d'un Avertissement et d'un Examen comparatif de la Démocratie aux États-Unis et en Suisse · 第 33 / 158 题