LA GUERRE

La force d’une société réside en deux choses: d’abord, la vertu

populaire, ce grand réservoir de dévouement, de sacrifice, de force

morale instinctive, que les races nobles portent en elles, comme un

héritage de leurs ancêtres; en second lieu, l’instruction et le sérieux

des classes supérieures. La guerre, dans les temps modernes, étant

devenue un problème scientifique et moral, une affaire de dévouement et

d’industrie savante, est en somme un bon critérium de ce que vaut une

race. Les armées ne pouvant plus guère être que la levée en masse des

nations, les frais qu’elles entraînent étant énormes, le principe des

grandes nationalités fondées sur un réel patriotisme sera de plus en

plus la loi du monde. Une nation sans élan, sans mobile élevé, sans

affection pour son gouvernement, sera bien vite lassée de ce jeu

terrible. Le perfectionnement des armes, d’un autre côté, étant devenu

une des mille applications de la science, mettra de plus en plus la

force entre les mains de la raison, qui maîtrise la matière et crée par

l’instruction un peuple digne de servir l’esprit. La nation la plus

scientifique, celle qui aura les meilleurs mécaniciens, les meilleurs

chimistes, les corps officiels les moins routiniers et les moins jaloux,

sera la mieux armée. La barbarie, c’est-à-dire la force brute, sans

intelligence, est vaincue pour toujours. La victoire définitive sera au

peuple le plus instruit et le plus moral, en entendant par moralité la

capacité de sacrifice, l’amour du devoir.

(Questions contemporaines.)

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