Certes, il n’est pas défendu de porter envie aux âges où le problème de
la fidélité était plus simple et où le devoir se bornait à servir de son
mieux un pouvoir établi sur des bases indéniables. Dans les temps les
plus troublés, néanmoins, le patriote libéral trouve encore moyen de
contribuer au bien de la patrie. Il y aura toujours une France à aimer.
Ils nous approuveraient dans nos apparentes faiblesses, ces créateurs de
l’unité française qui mirent avant tout le salut de l’État. Le jour où
une bande d’idiots profana le tombeau de Richelieu à la Sorbonne, le
crâne de notre illustre fondateur tomba sur les dalles, et les enfants
du quartier le firent rouler à terre comme un jouet. Vanité des vanités!
dira-t-on; la voilà finie comme le reste cette pensée altière au succès
de laquelle on avait fait servir tant de force, de volonté, tant de
savantes combinaisons, tant de crimes. Pas si finie qu’il semble. Si cet
œil éteint, où rayonna autrefois le génie, s’était rouvert à la lumière,
il eût vu se dessiner sur les murailles voisines des lettres fraîchement
tracées: _République française, une et indivisible._ Sauf un mot,
c’était là ce que le grand politique avait voulu. Il n’était donc pas
vaincu, malgré l’affront que des misérables faisaient à ses os.
_Réponse au discours de M. Cherbuliez à l’Académie française_. (Discours
et Conférences.)