Cet ouvrage est divisé en deux parties: la première annonce que

_les nudités de gorge_ sont blâmables et nuisibles; la

seconde traite des _vaines excuses des femmes qui ont la gorge

et les épaules nues_. Ce livre est terminé par une ordonnance

des vicaires-généraux de l'Archevêque de Toulouse, portant: «Nous

enjoignons aux confesseurs séculiers et réguliers, sous peine de

suspension, de refuser les sacrements à celles qui porteront les

bras nuds, ou la gorge ou les épaules découvertes et dont la nudité

ne sera pas modestement cachée par des toiles non transparentes; de

laquelle nudité nous nous réservons l'absolution.......»

Avis aux femmes et aux filles sur leur nudité de gorge et

d'épaules;--Instruction à l'usage des grandes filles pour être mariées;

ensemble la manière d'attirer les amants;--Lettre à une jeune dame

nouvellement mariée, avec la réponse. (_Sans nom de ville_), 1749,

_in-8º_.

Passons à d'autres sujets; on en connaît plusieurs publiés sous le

titre de _Fouet_, c'est-à-dire vive réprimande; ainsi nous avons:

Le Fouet de l'Académie des pécheurs, bastie sur la famine du prodigue

évangélic; par V. P. F. Ph. Bosquier, montois. _Arras_, 1597,

_in-8º_.

Le Fouet des apostats, augmenté d'une réponse du second fouet des

mesmes apostats; par F. N. Aubespin. _Tolose, Colomiez_, 1606,

_in-12_.

Nous ne connaissons pas la première édition de cet ouvrage.

Le Fouet divin des jureurs, parjureurs et blasphémateurs du très saint

nom de Dieu, de Jésus et des Saints...; par le R. P. Jean Bernard.

_Douay_, 1618, _in-12_.

Le fouet des menteurs, par Jacques d'Ambrun. _Lyon_, 1638,

_in-16_.

Le fouet des paillards, ou juste punition des voluptueux et charnels;

par M. L. P. (Mathurin le Picard), curé de Menil-Jourdain. _Lyon_,

1628, _in-12_.

Autres sujets:

La Louange des femmes, extraite du commentaire de Pantagruel sur

l'Androgine de Platon: assavoir le Blason de la femme, etc.; par André

Misogine; en vers. (_Sans nom de ville ni d'imprimeur_), 1551,

_in-8º_.

L'auteur s'est caché sous le nom de _Misogine_, qu'il aurait dû

écrire _Misogyne_, et qui signifie ennemi des femmes. En effet

il justifie ce nom par la manière absurde dont il parle du sexe dans

ce livre hétéroclite. On en peut juger par cet extrait du _Blason

de la femme_:

Femme, plaisir de demye heure,

Et ennuy qui sans fin demeure;

Femme, soudaine repentance,

Femme, mortelle pénitence.

Femme, feu du diable attisé,

Femme, vrai diable desguisé.

Femme, que pourray-je plus dire

Pour plus amplement te descrire?

Rien: je dy assez de diffame

En un mot, quand je te dy femme.

Peut-on pousser l'impertinence plus loin? Que l'on vienne après cela

nous vanter la politesse de nos aïeux et leur galanterie respectueuse

pour les dames. Au reste, dans tous les temps il s'est rencontré des

esprits biscornus et très-biscornus qui ont bien mérité cette épithète

de la part de leurs victimes.

Discours facétieux des hommes qui font saler leurs femmes à cause

qu'elles sont trop douces, lequel se joue à cinq personnages.

_Rouen, Abr. Cousturier_ (sans date), _in-8º_ goth.

Très rare.

Les baisers spirituels et les moyens de se joindre à Dieu en ce monde;

par Rivault dict Florence; _Paris_, 1599, _in-18_.

Les quatre baisers que l'ame dévote peut donner à son Dieu dans ce

monde; par J. d'Hennetières. _Tournay_, 1641, _in-12_.

Ce doit être une seconde édition de l'ouvrage précédent. L'un et

l'autre sont rares.

Les chastes caresses du fidèle courtisan, avec un brief rudiment de

l'amour; par J. Perret. _Paris_, 1654, _in-8º_.

Lunettes spirituelles pour conduire les femmes religieuses au chemin de

perfection, trad. du latin de Denis le Chartreux. _Paris_, 1597,

_in-18_.

Tous ces livrets sont recherchés et se paient assez cher, mais plus

à cause de leur rareté et de leurs titres singuliers, qu'à cause de

leur mérite intrinsèque, marqué au coin de l'ignorance et de la naïve

expression du temps.

Quelques ouvrages relatifs à la Sainte Vierge vont encore nous offrir

des singularités assez remarquables.

II.

DE QUELQUES OUVRAGES SINGULIERS RELATIFS A LA VIERGE MARIE.

Ces sortes de livres assez rares fourmillent de particularités d'autant

plus curieuses et d'autant plus piquantes, que le sujet est plus grand

et plus solennel. Le premier ouvrage qui va nous occuper, regarde

Notre-Dame de Lorette; ce n'est pas que son titre soit très-singulier,

mais nous lui avons trouvé d'autres droits à figurer dans notre

galerie. Il est intitulé:

La Maison de la Sainte Vierge dans laquelle Dieu s'est fait homme,

enlevée de Nazareth par les Anges, et après plusieurs changements

portée à Lorette[168]: sa vérité, sa sainteté et ses grâces expliquées

en faveur des personnes dévotes à cette sainte Mère, par le P. Chérubin

Ruppé, religieux Récolé (_sic_), professeur en sainte théologie.

_Lyon, J. Certes_, 1680, _in-12_.

[Note 168: L'auteur nous apprend que ce fut le 6 mai 1291 que «la

sacrée maison de la Vierge Marie abandonna la Syrie, fut détachée de

ses fondements, enlevée de Nazareth par le ministère des Anges et

portée d'abord en Illyrie sur une colline près de la forteresse de

Tersacte, puis transportée le 10 décembre 1294 dans un bois au diocèse

de Recanati (Marche d'Ancône); enfin elle changea encore deux fois

d'emplacement dans l'espace d'un an, mais à peu de distance, et se fixa

à Lorette où elle est encore.»]

Ce qui nous a paru curieux dans ce livre écrit d'un style très-naïf,

n'est point la translation de la maison de Nazareth, histoire

très-connue et exposée depuis longtemps à la vénération des fidèles,

mais ce sont les détails que le pieux auteur donne sur la vie et les

actions de la Sainte Vierge, rapportant avec la plus grande précision

les dates de son âge aux époques de son mariage, de son accouchement,

de son retour d'Egypte, de sa mort, etc. Quoique ces dates soient

plus qu'apocryphes, comme elles sont peu connues, nous allons donner

un petit extrait du début de l'ouvrage où elles se trouvent; cet

extrait suffira pour faire juger du style, de la foi fervente et

de la singulière érudition de l'auteur, qui aurait dû indiquer les

sources où il a puisé.

«La sainte maison de Nazareth, dit-il, estoit une partie de la dot qui

fut assignée à la Sainte Vierge par son contract de mariage; et c'est

le sacré lieu où Sainte Anne, dans sa vieillesse, après vingt ans de

mariage et de stérilité, enfanta la reine du ciel, digne et unique

fruit de la sainte fécondité du père et de la mère[169].

[Note 169: L'auteur, parlant ailleurs, p. 118, de l'immaculée

conception de la Sainte Vierge, dit: «Ni dans le ciel, encore qu'il

fût peuplé de Séraphins, ni sur la terre, quoiqu'elle fût habitée de

quantité de personnes justes, il n'y avait pas autant de sainteté que

dans le ventre de Sainte Anne au moment que Marie y fut conçue...»

Et ailleurs, p. 167, l'auteur ajoute que: «pendant les neuf mois

qu'elle demeura dans cette prison naturelle du sein de sa mère, son ame

très-sainte jouissait de l'usage très-parfait de la raison et d'une

très-pleine liberté...» Nous nous dispensons de rapporter la suite de

ce passage.]

»C'est là que S. Joseph, âgé de trente-cinq ans, ayant à l'imitation de

la Sainte Vierge consacré sa virginité par le vœu, demeuroit avec elle

aprez l'avoir reçue des mains des prêtres dans le temple par la sainte

alliance d'un légitime mariage comme un sacré dépôt.....

»C'est dans cette sainte maison que se passa le céleste colloque de

l'ange Gabriel[170] avec la même Sainte Vierge et que fut accompli

le très-adorable mystère de l'incarnation du Verbe, le 25e jour du

mois de mars, la Sainte Vierge étant âgée de treize ans et onze mois

commencés, et dans le quatrième mois de son mariage, selon l'histoire

qui assure qu'elle épousa S. Joseph à l'âge de treize ans six mois et

treize jours.

[Note 170: On trouvera, p. 413, un grand éloge de cet archange:

«C'est lui seul, dit l'auteur, qui fut choisi par la très-sainte

Trinité pour estre envoyé à la très-sacrée Vierge, et traiter avec elle

du grand mystère de l'incarnation du Verbe.... C'est ce bienheureux

ange, c'est ce glorieux archange, c'est ce sublime esprit que plusieurs

estiment fort raisonnablement estre le premier et le plus relevé

des Séraphins, parce que, dit S. Grégoire-le-Grand, il estoit fort

juste que le plus excellent des Anges fût envoyé pour annoncer la

plus excellente, la plus importante des nouvelles; c'est, dis-je, ce

glorieux Séraphin qui, le premier, salua la très-sainte Vierge comme

pleine de grâce. C'est à ce même prince du ciel que cette divine Vierge

adressa ces adorables paroles si désirées depuis le commencement du

monde: _Voici la servante du Seigneur, qu'il me soit fait selon

vostre parole!_ qui furent, dans le moment, suivies de la conception

de Nostre-Seigneur J.-C., dans son sein virginal.....»]

»C'est de ce saint lieu qu'elle partit avec son époux pour le voyage

des montagnes de la Judée, et elle s'y retira de rechef aprez avoir

fait trois mois de séjour chez sa cousine Sainte Elisabeth, pour

assister à ses couches et honorer de sa présence la naissance du

précurseur de son divin Fils.

»C'est de là qu'elle partit avec son saint Epoux pour aller en

Bethléem[171] où, âgée de quatorze ans trois mois et dix-sept jours,

elle accoucha le 25e jour du mois de décembre, et vit naître de ses

chastes entrailles le Roi de gloire, le Fils éternel de Dieu, le

Sauveur et l'époux de nos ames, qui sortit de son sein virginal en la

manière que les rayons du soleil passent à travers le crystal[172];

n'y ayant pas plus de différence dans la virginité de Marie après

l'accouchement et avant la conception, qu'il n'y en a dans le crystal

après qu'il a été traversé par les rayons du soleil, si ce n'est

qu'avant la conception, c'était la virginité et l'intégrité d'une

céleste fille; et qu'aprez l'accouchement, c'était la virginité et

l'intégrité d'une divine mère. Aussi la douleur, les immondices et le

reste des misères des couches des autres femmes furent si éloignées

des divines couches de cette admirable Vierge, que l'on ne sauroit les

y soupçonner sans tomber dans le reproche d'un énorme blasphême. Elle

resta en Bethléem jusqu'au jour de sa sainte purification, et, après

avoir satisfait à cette cérémonie, elle s'en retourna avec son fils et

son époux en sa maison de Nazareth.

[Note 171: L'auteur nous apprend que «S. Joseph fut obligé

d'emmener dans ce voyage non seulement un asnon pour le soulagement

de la très-sainte Vierge, mais encore un bœuf pour tirer peut-être de

sa vente de quoy payer le tribut à César et avoir de quoy fournir aux

frais du voyage et des couches de sa sainte épouse. C'est pour cette

raison que nous apprenons de l'Evangile qu'il y avait un bœuf et un

asne dans le pauvre lieu de la naissance du Sauveur du monde.»

Cela n'est pas exact: l'Évangile ne dit rien ni de ce bœuf ni de cet

âne; il est vrai que les peintres les représentent toujours dans la

crèche près de l'enfant Jésus. D'où vient cette addition à l'histoire

de la naissance du Sauveur? On en attribue l'origine à ces mots

d'Isaïe: _Le bœuf a reconnu son maître, et l'âne la crèche de son

Seigneur_; ou bien à ces mots du prophète Habacuc: _Vous serez

reconnu au milieu de deux animaux_.

On sait, et l'Évangile en fait foi, que Jésus a voulu naître dans

l'état le plus humble, sur la paille, dans une pauvre étable, visité

par les seuls bergers qui faisaient paître leurs troupeaux autour

de Bethléem; cependant un bel esprit du XVIIe siècle a

jugé à propos de créer à Jésus naissant une cour brillante et de lui

ordonnancer un état de maison vraiment royal, ainsi qu'il l'a détaillé

dans un ouvrage fort singulier, intitulé: _Tablature spirituelle des

offices et officiers de la couronne de Jésus, couchez sur l'estat royal

de sa crèche, et payez sur l'espargne de l'estable de Bethléem_.

Paris, D. Moreau, 1620, _in-16 obl._ Rien n'est oublié dans

la composition de cette maison royale; on y voit, outre les grands

dignitaires, _l'officière du maillot du petit Jésus_, _la

fille de chambre de la mère du petit Jésus_, _la servante au

lessivage des couches_; viennent ensuite les officiers chargés de

_laver les écuelles_, de _chasser les chiens_, de _housser

les araignées_, de _panser les animaux de la crèche du petit

Jésus_; enfin _l'âne_ lui-même a son gentilhomme servant.]

[Note 172: Cette pensée est tirée du _Mystère de la nativité de

N.-S. Jésus-Christ_, pièce du XVe siècle; l'ange Gabriel

dit à Marie:

....

Tu demoras et saine et pure,

Et Vierge ton corps demorra;

De riens qui soit n'enpirera,

Mais tout ainsi com la verriere

Au soleil qui demeure entiere

Quant son ray parmy oultre passe

Qui ne la brise ne ne quasse,

Ainssy demourra ton corps sains.

V. _Mystères inédits du_ XVe _siècle_, publ. par M.

A. Jubinal, 1837, t. II, p. 49.

On trouve encore dans le _Mystère de la conversion de Saint

Denis_, un passage relatif à la même pensée. Saint Paul dit à S.

Denis:

Maistre, c'est le Dieu que je presche,

Le créateur de tout le monde,

Qui d'une vierge pure et monde,

Comme soleil parmy voirriere

Passe et adès demeure entière,

Nasquit sans peine en Bethléem

Puis mourut lez Jherusalem.

V. mêmes _Mystères inédits_, tom. I, p. 49. ]

»C'est de là qu'ils partirent pour s'enfuir en Egypte, selon l'ordre

que S. Joseph en avoit reçu du ciel par le ministère de l'Ange, pour

fuir la cruauté du tyran. Ensuite ce même lieu sacré fut celui de leur

retraite, la Sainte Vierge étant dans sa vingt-deuxième année, à leur

retour d'Egypte, après une absence de sept ans....

»C'est de cette sainte maison de Nazareth que la très-sainte Vierge

partait ordinairement chaque année au temps de Pasques pour aller

avec son fils et son époux célébrer cette feste en Jérusalem, où ce

divin enfant âgé de onze ans et trois mois, s'étant une fois soustrait

secrètement de leur compagnie, fut trouvé, le troisième jour aprez,

dans le temple, au milieu des docteurs; et ils s'en retournèrent tous

trois ensemble en leur maison à Nazareth.

»La Sainte Vierge, de qui le corps virginal ne fut jamais ni menacé ni

atteint de la moindre apparence d'aucune sorte d'infirmité, finit le

sacré cours de sa précieuse vie à l'âge de soixante et douze ans, l'an

cinquante-huitième après son divin accouchement. Il y a de bons auteurs

qui assurent que cette très-sainte mort arriva dans la sainte maison de

Nazareth; d'autres croient que ce fut en Jérusalem, sur le mont Sion,

dans la maison de S. Jean l'Evangéliste. Enfin d'autres veulent que la

Sainte Vierge finit cette vie mortelle dans la sacrée maison du cénacle

qui avait été honorée de l'institution du très-auguste sacrement de

l'Eucharistie et de la descente du Saint-Esprit en langues de feu[173].

[Note 173: Rien n'est plus incertain que la date et le lieu de la

mort de la Sainte Vierge. On prétend qu'elle termina ses jours à Ephèse

où elle avait suivi S. Jean avec Marie-Madeleine. Eusèbe fixe sa mort

à l'an 801 de R. (48 de l'ère chr.); Nicéphore assure formellement que

la Vierge Marie est morte la cinquième année du règne de Néron, l'an

798 de R. (45 de J.-C.). Hippolyte de Thèbes pense qu'elle a cessé de

vivre à l'âge de 66 ans, et l'_Art de vérifier les dates_ est de

cet avis. Mais d'autres, comme notre auteur, prolongent sa vie jusqu'à

72 ans.

L'impératrice Pulchérie ayant, en 453, demandé à Juvénal, patriarche de

Jérusalem, le corps de la Sainte Vierge, s'il se trouvait encore, ce

patriarche lui répondit que, selon la tradition, il n'existait plus sur

terre, mais il lui envoya son cercueil avec les linges dans lesquels

on avait enseveli ce précieux corps. Nicéphore, dans son _Histoire

ecclésiastique_, liv. II, ch. 23, donne à cet égard des détails

circonstanciés.

Mais si la terre est privée du corps de la Vierge Marie, il n'en est

pas de même des reliques consistant en objets que l'on prétend lui

avoir appartenu. On sait, dit Baillet, _Vies des Saints_, 15

août, combien il s'est trouvé de facilité à multiplier les reliques

de la Sainte Vierge. En divers endroits, on a produit sa _robe_,

sa _ceinture_, son _voile_, son _écharpe_, son

_manteau_; ailleurs, on a fait voir son _anneau_ nuptial, les

_fuseaux_ dont elle filait, des _lacets_, des _peignes_,

des _gants_, des _souliers_ et autres _chaussures_,

des _chemises_; de plus on conserve précieusement un de ses

_cheveux_, une petite fiole renfermant de son _lait_, etc.,

etc., etc. Tout cela inspire une louable vénération aux fidèles, mais

la foi n'y est nullement intéressée.]

»Mais s'il n'est pas avéré que la maison de Nazareth ait été honorée

de la mort précieuse de la mère de Dieu, il est très-vraisemblable

qu'elle reçut les derniers soupirs de S. Joseph, dont la Sainte Vierge

resta veuve à l'âge de quarante-deux ans, son divin Fils en ayant

alors vingt-sept. Il est aussi à croire que S. Joachim et sainte

Anne qui moururent octuagénaires peu de temps l'un après l'autre, et

laissèrent leur sainte fille orpheline dans le temple à l'âge de douze

ans, finirent aussi leurs jours dans la même maison puisqu'elle leur

appartenait...»

L'auteur assure ensuite, p. 19, d'après la tradition, que «les

apôtres, aussitôt après l'ascension de Jésus-Christ et la descente du

Saint-Esprit, commencèrent à exercer dans cette maison, la puissance

sacerdotale, et y célébrèrent le Saint-Sacrifice de la Messe pour la

première fois...; elle fut donc la première église du monde[174].»

[Note 174: C'est ce que dit formellement le Pape Jules II (qui a

régné de 1503 à 1513), à la fin d'un passage de la bulle où il parle

de la grande église de Lorette qui renferme la chambre de la Sainte

Vierge: _In ecclesiâ Lauretanâ_, dit-il, _non solum est imago

ipsius B. Mariæ Virginis, sed etiam camera sive thalamus ubi ipsa

virgo nata, ubi educata, ubi ab angelo salutata, Salvatorem seculorum

verbo concepit, ubi ipsum suum primogenitum suis castissimis uberibus

de cœlo plenis lactavit et educavit..... Quamque (cameram) apostoli

sancti primam ecclesiam in honorem Dei et ejusdem B. Mariæ virginis

consecrârunt, ubi prima Missa celebrata fuit_..... C'est-à-dire:

«Dans l'église de Lorette, non seulement se trouve le portrait de la

bienheureuse Vierge Marie, mais on y voit encore sa chambre et son lit,

où elle est née, où elle a été élevée, où elle a été saluée par l'ange,

où elle a conçu le Sauveur du monde, où elle a sustenté ce même son

premier-né du lait de ses chastes mamelles...... Cette sainte chambre

est la première église que les saints apôtres dédièrent à la gloire de

Dieu et de la même bienheureuse Vierge, et où la première Messe fut

célébrée....»]

Nous ne prolongerons pas ces citations tirées de l'ouvrage du R. P.

Ruppé, sur la maison de Lorette. L'article est un peu long, soyons plus

bref dans ce qui nous reste à dire de deux ou trois autres opuscules

singuliers relatifs à la Sainte Vierge.

Dissertatio theologica de sanctificatione seminis Mariæ virginis in

actu conceptionis Christ.... Authore Samuele Schoroeero. _Lipsiæ,

apud Braunium_, 1709, _in-4º_.

Cet ouvrage qui a eu deux éditions parfaitement semblables pour la

date et le format, n'en est pas moins très-rare; son titre indique

assez la nature et le caractère de singularité du sujet. Tout ce que

nous pouvons en dire, c'est que sa rareté n'est pas un grand malheur,

puisque l'auteur est encore moins réservé que Sanchez dans son Traité

_de Matrimonio_. (VOY. le _Catalogue_ des livres

de la bibliothèque du savant bibliographe M. Leber, nº 95.)

Les Complainctes de la glorieuse Vierge Marie moult pitéables, voyant

son filz pendu en la croix pour rachepter nature humaine; _petit

in-8º goth._

Cet opuscule est recherché quoiqu'il ne consiste qu'en quatre

feuillets.

De tous ces vieux livres ascétiques singuliers, bizarres et même

ridicules par leur titre et leur contenu, il en est peu qui puissent le

disputer aux deux suivants qui traitent des beautés corporelles de la

Sainte Vierge. Le premier a pour titre:

Le livre de la Toute-belle sans pair, qui est la Vierge Marie, de

laquelle est escripte la formosité et beauté spirituelle, à la similité

de la spéciosité corporelle. _Paris, Jehan Petit_, (_sans date,

mais vers_ 1525); _pet. in-8º goth._

Ce traité mystique est curieux; il suffit, pour faire juger de sa

bizarrerie, de rapporter les titres de quelques chapitres relatifs

à la _spéciosité corporelle_ de Marie, par exemple: _De

l'office de l'oreille_;--_Méditacion dévote du nez de la

Vierge Marie, et des deux narines_;--_De la modérée grosseur

des lèvres de la Vierge_;--_Comment la bouche doibt estre de

moyenne ouverture_;--_Méditacion aux espaules de la Saincte

Vierge_;--_Comme le sacré ventre de Marie est la fontaine

de vie_;--_Méditacion aux cuisses (de la Vierge) qui sont

force et espérance_;--_Comme la Sainte Vierge est comparée

à l'éléphant_;--etc., etc. (VOYEZ sur ce traité, le

SUPPLEMENT de M. Brunet, tom. II, p. 313, et le BULLETIN

DU BIBLIOPHILE, Paris, Teschener, janvier 1837, p. 365, nº 860

du _Catalogue des livres rares_; ce sont deux annonces seulement.

Le second ouvrage du même genre, mais publié longtemps après le

précédent, est intitulé:

Dévote salutation aux membres sacrés du corps de la glorieuse Vierge

mère de Dieu, par le R. P. I. H. Capucin. _Paris, Hauteville_,

1678, _in-16 de 16 pag._

Un exemplaire de cette petite drôlerie mystique existait dans le

beau cabinet de M. Nodier, et a été adjugé à la vente de ses livres,

en 1829, pour la somme de 27 fr. 05 c., quoique le titre eût un peu

souffert.

Rien n'égale l'enthousiasme du R. P. Capucin pour les beautés

corporelles de Marie; il l'a exprimé en vingt articles plus ou

moins longs, mais cependant de peu d'étendue, puisque la totalité

du volume est de 16 pages. Chaque article est consacré à un membre

de la Vierge, et tous sont disposés dans l'ordre suivant: 1. La

_teste_; 2. les _cheveux_; 3. la _face_; 4. les

_oreilles_; 5. les _joues_; 6. la _bouche_; 7. le

_palais_; 8. le _col_; 9. les _espaules_; 10. les

_bras_; 11. les _mains_; 12. la _poictrine_; 13. les

_mamelles_; 14. le _cœur_; 15. le _ventre_; 16. les

_genoux_; 17. les _pieds_; 18. le _sang_; 19. tout le

_corps_; 20. l'_ame_; puis une prière finale.

Il paraît que ce livret a été connu d'Adrien Valois (m. en 1692),

et qu'il a allumé sa bile; car voici comment ce savant rigoriste,

s'en explique dans le _Valesiana_, p. 46: «Que n'aurait point

fait le pape Innocent XI, s'il avait ouï parler de l'impertinente

dévotion de ce Moine dont on nous parlait l'autre jour? N'aurait-il

pas condamné rigoureusement des supérieurs qui souffrent qu'un de

leurs visionnaires fasse imprimer des oraisons adressées à toutes

les parties du corps de la Sainte Vierge en particulier? La religion,

la pudeur, le bon sens ne sont-ils pas blessés par une extravagance

semblable?»

M. Nodier, moins susceptible et moins irascible qu'Adrien Valois,

et ne voyant dans ce colifichet séraphique qu'une dévotion plus

bizarre que coupable, a fait réimprimer les vingt articles dans ses

curieux _Mélanges tirés d'une petite bibliothèque, Paris_,

1829, _in-8º_, p. 226-33. On ne sera peut-être pas fâché de

voir un échantillon du style du révérend père; nous demanderons donc

à M. Nodier, la permission de consigner ici quelques-uns de ces

articles; de telles élucubrations ne sont point à dédaigner pour

quiconque se plaît aux singularités littéraires des XVIe

et XVIIe siècles. Voici les hommages que le pieux auteur

adresse à certaines parties du corps de la Sainte Vierge:

A LA TESTE. «Je vous salue, souverain chef de MARIE,

Emperière (_Impératrice_) du ciel et de la terre, terreur des

puissances de l'enfer, gloire de celles du ciel, couronne des plus

éclatantes estoilles.

AUX CHEVEUX. »Je vous salue, cheveux charmants de

MARIE, rayons du soleil mystique, ligne du centre et de la

circumférence de toute la perfection créée, veines d'or de la mine

d'amour, liens de la prison de Dieu, racines de l'arbre de vie,

ruisseau de la fontaine du Paradis, cordes de l'arc de la charité,

filets de la prise de Jésus et de la chasse des ames.

AU PALAIS. »Je vous salue, doux palais de la bouche de Marie,

ruche à miel qui ensucre ses lèvres, qui coule le nectar du ciel, qui

confit l'absynthe de nostre vie, qui adoucit nos amertumes, cave du vin

de l'amour qui réjouit le cœur des hommes.

AUX BRAS. »Je vous salue, bras laborieux de MARIE,

officiers de la despense de Jésus, aisles de la Reyne des Séraphins,

rames de la navire sacrée qui porte le pain de vie; bras qui étouffez

le diable, bras qui embrassez les hommes, bras qui emprisonnez Dieu.

Le livre des singularités · 第 25 / 31 段