LES THÉÂTRES

L'idée était originale de montrer, dans le royaume des ombres, deux

amants descendus les premiers, à l'heure où le mari les rejoint pour

trouver aux enfers le prestige qui lui fit défaut sur terre. Tel est le

sujet du petit acte en vers de M. Maurice Allou, intitulé _les Ombres_,

représenté à la Comédie-Française par la gracieuse Mlle Leconte et MM.

Croué, Deheily et Reynal.

Le Million, l'amusante comédie-vaudeville de MM. Georges Berr et Marcel

Guillemaud, que le Palais-Royal vient de reprendre, retrouve tout le

succès qui l'accueillit lors de sa création. Cette histoire bouffonne

d'un billet de loterie oublié dans la poche d'un vêtement à la poursuite

duquel les personnages les plus extraordinaires se précipitent, ne peut

pas se raconter. Il faut aller en suivre les péripéties divertissantes

au Palais-Royal où une distribution très brillante ajoute encore au

comique irrésistible de la pièce.

Le théâtre du Grand-Guignol a renouvelé une fois de plus son affiche

avant les ardeurs de l'été. Le nouveau spectacle offre cette variété de

sujets que comportent les programmes de la maison. _L'Affaire Zézette_,

de MM. Vély et Mirai, histoire d'huissier et de demi-mondaine, est une

pièce pour rire, tandis que _Dans la Pouchkinskaïa_, de M. Gaston-Ch.

Richard, est un drame russe à faire pleurer; autant que les acteurs, la

poudre y parle. _La Buvette_, de M. Montrel, est celle de la Chambre des

députés; on s'y désaltère avec agrément en revenant des _Terres

chaudes_, de M. Lenormand, où blancs et noir» se comportent selon les

lois de l'injustice; dans ce milieu de perversion morale, les bons

pâtissent et les méchants triomphent. _La Petite Dame en blanc_, de M.

Paul Giafféri, montre de l'humour, et _la Réussite_, amusante pièce de

M. Max Maurey, représentée naguère, continue à réussir.

Les invités privilégiés de M. le comte de Clermont-Tonnerre viennent

d'avoir, encore cette année, l'occasion d'applaudir, dans sa résidence

de Maisons-Laffitte, deux oeuvres inédites: _Namouna_, de M. Nozière, et

_les Fanfarons_, de M. Félix Gandéra. La première de ces pièces est un

léger badinage galant, finement railleur, et qui s'agrémente d'une

partie de danses fort bien réglées. On a fait grand succès à l'acte

juvénile et véridique de M. Gandéra.

Le temps a enfin permis la réouverture du théâtre de verdure du

Pré-Catelan. Dans ce cadre délicieux, quatre pièces ont été représentées

avec succès. _Le Dernier Bohème_, de M. Irénée Mauguet, est une aimable

fantaisie. _Le Triomphe de Salomé_, de M. Battanchon, renouvelle de

façon heureuse un thème qui semblait épuisé. M. Nozière, en traitant la

fable d'_Adonis_, s'est complu à imaginer des anachronismes

divertissants avec un sujet de drame antique. Enfin, M. Jean Jullien,

dans sa comédie _Promenons-nous dans les bois_, a fait évoluer de très

modernes jolies femmes, pensant que le loup n'y est pas.

_Ici vient s'ajouter une double page en couleurs, de Georges Scott: LE

PRINTEMPS SUR LE CHAMP DE BATAILLE._

[Illustration: LE PRINTEMPS SUR LE CHAMP DE BATAILLE]

_Tandis que la paix si malaisément concertée par les diplomates, à

travers tant d'obstacles et tant d'intérêts opposés, tardait à se

conclure, l'irrésistible paix du printemps, celle qui fait tout oublier,

et qui transforme la terre même des champs de bataille, s'est étendue

sur les plaines et les coteaux d'Andrinople... Il y a quelques mois, la

trêve de la neige avait, en ces mêmes lieux, arrêté l'effort des

assiégeants, qui, de leurs tranchées où ils subissaient les morsures du

froid, pouvaient apercevoir la ville convoitée, incertaine sous le ciel

gris. Elle dresse aujourd'hui ses minarets sur l'horizon bleu, et, tout

alentour, le sol où pousse abondamment l'herbe vivace se pare des

couleurs de la floraison. De loin, des yeux hantés par les images de la

guerre croiraient distinguer, çà et là, sur la campagne, la ronde fumée

qu'y pose l'éclatement d'un obus: ce n'est, heureusement, que la boule

fleurie d'un arbre fruitier,--inoffensif shrapnell de la belle saison.

Cependant, parmi ce renouveau plus tendre encore de succéder aux pires

rigueurs, l'acharnement d'une longue lutte a laissé des traces

émouvantes. La terre bouleversée marque la place où s'enfoncèrent les

obus. Les projectiles épars des canons Krupp disent l'ardeur du combat,

sur certains points... Mais ils ne servent plus maintenant qu'à amuser

les petits enfants._

_Composition de GEORGES SCOTT._

GUIGNOL DE BÊTES..., par Henriot.

L'Illustration, No. 3670, 28 Juin 1913 · 第 38 / 39 题