335. Si la majeure partie de la population est contre l'émeute,
l'autorité l'invite, dès les premiers rassemblements, à porter un signe
qui la distingue des révoltés et constate leur isolement.
L'autorité municipale, les chefs de légions, les agents de sûreté
empêchent également que les insurgés ne se glissent travestis dans les
compagnies de la garde nationale, ou n'agissent au nom de celle-ci.
336. Par d'incessantes patrouilles jumelées, lancées de chacun des
centres d'action sur des directions parallèles et voisines, on cerne, on
dissipe les groupes; on y arrête les meneurs, serait-ce dans la
proportion de un sur dix, de manière à intimider l'émeute, à dissoudre
ses cadres.
Dans chaque mairie, une commission permanente met de suite en liberté la
moitié ou le tiers des moins coupables, parmi les individus arrêtés: on
interroge, on fait observer les autres.
* * * * *
337. En cas d'émeute sérieuse, la circulation est interdite aux voitures
et à toutes personnes étrangères à l'autorité ou non employées par elle.
Les messageries partent et reviennent toutes à une grande place, ou
enclos du quartier militaire, surveillé et gardé.
338. Les boutiques des armuriers, marchands de vin, débitants de poudre
et de plomb, pharmaciens, toutes à clôtures solides, et dans les plus
importants quartiers à proximité des mairies ou des centres d'actions
militaires, seront fermées et surveillées par la garde nationale de
l'arrondissement.
339. La troupe, assistée d'un commissaire de police, d'un officier
municipal ou de trois gardes nationaux du quartier, dont un officier,
pourra pénétrer dans les maisons, jardins et cours, soit pour les
visiter, soit pour les occuper ou empêcher que l'émeute ne les envahisse
dans le but de les défendre.
S'il y avait refus de la part des propriétaires, on aurait le droit de
s'y installer, en respectant, autant que possible, les personnes et les
propriétés.
En cas de soumission de la part des habitants, la force armée ou l'État
deviendrait responsable des dégâts, des pertes ou des accidents
éprouvés.
* * * * *
340. Les chefs d'établissements industriels, les administrations
publiques et particulières tiendront réunis leurs employés étrangers à
la garde nationale; ils adresseront chaque jour, aux mairies, l'état des
individus présents ou absents, lequel pourra être vérifié.
341. Les bureaux de journaux et les imprimeries, dans ou à l'occasion
desquels il y aurait des réunions hostiles, seraient momentanément
fermés.
Un journal anarchique et les feuilles de province qui deviendraient
bientôt ses succursales, dans chaque localité, pourraient constituer, en
face de l'État, un véritable Gouvernement révolutionnaire avec toute une
hiérarchie d'agents.
* * * * *
342. Le télégraphe donne fréquemment des nouvelles sur les diverses
lignes.
Chaque courrier, chaque messagerie, emporte et distribue, sur sa route,
des bulletins imprimés où l'autorité résume la situation des choses.
Des bulletins plus fréquents, plus détaillés, sont affichés aux portes
des mairies, casernes, centres d'action et postes conservés à
l'intérieur de la capitale.
343. Dans les provinces, des mesures sont prises pour protéger le
service des télégraphes, des chemins de fer et des relais de poste.
Ou assurera de deux manières les communications menacées:
1° Par la remise des dépêches à des voyageurs connus ou à des agents en
mission.
2° Les directeurs de poste font parvenir, sans retard, aux
fonctionnaires voisins, les nouvelles importantes; et ces derniers les
communiquent aux autorités limitrophes qui peuvent ne pas les connaître.
344. Le télégraphe ou des estafettes portent immédiatement, à
quelques-uns des généraux commandant les divisions militaires
territoriales, l'ordre de faire usage, comme commissaires généraux
extraordinaires, des pleins pouvoirs pour l'exercice desquels ils
auraient d'avance les instructions nécessaires.
Ces gouvernements accidentels, délimités militairement et de manière à
grouper des pays et des intérêts homogènes, auraient une étendue, une
population, une importance et des ressources telles que la résistance y
serait possible contre toute influence anti-nationale.
Chacun de ces gouvernements compterait: 2 à 4 mille lieues carrées de
superficie; 2 à 4 millions d'habitants; 25 à 30,000 hommes de troupes de
ligne de toutes armes avec les états-majors, les moyens administratifs
et approvisionnements nécessaires.
Les chefs-lieux de ces gouvernement accidentels doivent également être
importants sous les rapports militaire, administratif et commercial; ils
commandent les grands cours d'eau et les communications principales:
leur choix dépend aussi de l'esprit des populations, dont on peut
attendre indifférence ou appui; des états étrangers circonvoisins amis
ou ennemis; des postes ou cordons de places fortes à proximité; du
chef-lieu éventuel de gouvernement central que l'on se propose de
choisir, en cas d'évacuation de la capitale comme moyen extrême; il
dépend enfin des rapports généraux de défense ou d'approvisionnements
qu'il serait nécessaire d'établir pour une lutte sérieuse contre
l'anarchie.
Chaque commissaire général, dans son importante circonscription,
concentrerait accidentellement en ses mains et exercerait, sur sa
responsabilité, tous les pouvoirs y compris celui de déclarer l'état de
siége.
345. Ces commissaires généraux, à dix ou douze marches les uns des
autres, réunissent autant d'armées, organisent autant de centres de
résistance énergique à la révolte.
Ils communiquent, avec le Gouvernement, par les voies les plus promptes
et les plus fréquentes.
Ils correspondent avec toutes les autorités de leur ressort, qu'ils
suspendent, révoquent ou investissent de certaines attributions.
Ils peuvent réunir les conseils provinciaux, auprès d'eux, ou autour des
chefs d'administration.
Ils maintiennent partout l'ordre, dans les limites de leur situation
militaire et politique, et tiennent les populations au courant de la
marche des événements.
Ils ont autorité pour mobiliser les gardes nationales, rappeler les
réserves de l'armée et faire toutes réquisitions.
Partout, et principalement sur les grandes communications, les milices
urbaines, les agents de sûreté, les garnisons veillent, font des
patrouilles, arrêtent tous gens suspects revenant de la capitale ou s'y
rendant sans papiers.
Les commissaires généraux peuvent, sur leur responsabilité, porter aux
extrémités du commandement, vers la capitale ou les villes qui
réclameraient ces secours, des troupes de ligne et de garde nationale,
pour s'y tenir prêtes à franchir cette limite à la demande, soit du
Gouvernement, soit du commissaire général limitrophe.
Toujours la garde nationale est mobilisée par fractions constituées; les
hommes, dont l'indisponibilité est régulièrement constatée, sont seuls
exempts de marcher.
Ainsi, au premier signe du télégraphe, les divers pouvoirs aussitôt
centralisés par grandes circonscriptions constitueraient chacune de
celles-ci, dans l'étendue de la nationalité menacée, et sous la
direction du gouvernement central, sur un pied de résistance redoutable,
contre toute tentative de guerre civile.
§ III.