Les barrières principales, espacées de 1500m en 1500m, sont gardées par
des détachements de ligne qu'appuient les gardes nationales des
faubourgs et des provinces.
148. Les quartiers généraux des subdivisions militaires _extrà muros_,
au nombre de trois ou de quatre, sont à une distance de l'enceinte au
moins égale à la moitié du rayon de celle-ci; leur écartement entre eux
peut être quatre fois plus grand: chacun est le chef-lieu d'un
arrondissement administratif, où existent les réserves
d'approvisionnements de vivres et de munitions nécessaires.
Ces quartiers généraux commandent les avenues et les cours d'eau
principaux, ainsi que toutes les positions intermédiaires; au besoin,
ils assurent les mouvements, convois et communications par la banlieue;
ils arrêtent les insurgés, rallient les secours qui viennent du dehors.
* * * * *
149. On se récriera contre ce nombre de divisions et de subdivisions
militaires; contre les intermédiaires, les lenteurs qui peuvent en
résulter pour l'exécution des ordres. On dira que c'est créer, pour une
capitale, à l'intérieur, en pleine paix apparente, une véritable armée.
Cependant l'effectif des forces, l'étendue, la complication du théâtre
des opérations, les péripéties imprévues que chaque heure y fait
succéder, la difficulté des communications, la durée probable de la
lutte, son acharnement, ses conséquences peuvent exiger désormais,
quelque part en Europe, tout ce surcroît de sous-divisions dans les
hauts commandements, cette hiérarchie de responsabilité pour des mesures
ou des événements la plupart hors de la portée du général en chef.
Ne faut-il pas une véritable armée organisée en permanence, d'une
manière complète, avec les accessoires les plus puissants, pour une
lutte qui durerait plusieurs jours, dans laquelle cent mille gardes
nationaux ou soldats, répartis sur un dédale immense, au milieu de
l'ouragan des révolutions, consommeraient des millions de cartouches et
des milliers de coups de canon; perdraient plusieurs milliers d'hommes
et autant de généraux que les plus grandes, les plus meurtrières
journées de l'époque impériale en ont vus périr?
Outre ces pertes cruelles et les quelques millions engloutis pour
dévastations; outre la capitale transformée pendant plusieurs mois en un
hôpital de blessés et de mourants, la société peut enfin y voir ses
dernières journées.
Certes, voilà des motifs suffisants pour prendre, à l'avance, de
sérieuses dispositions.
150. Aucun champ de bataille n'est plus vaste, plus difficile, plus
voilé, plus mystérieux, plus inquiétant pour une seule responsabilité;
aucun n'exige, pour chaque grade, fraction de troupe ou position
occupée, autant de latitude et de spontanéité d'action dans de certaines
limites.
Napoléon lui-même, avec toutes ses puissantes facultés, y réclamerait
encore le concours complet des admirables agents de combat qui le
suppléèrent si heureusement, dans les opérations secondaires de ces
champs de bataille immortels, dont l'immensité ne pouvait néanmoins rien
dérober à son génie.
151. Telles sont désormais les nécessités malheureuses de pareilles
luttes: chaque général divisionnaire ou sous-divisionnaire doit
irrévocablement s'attacher à son centre d'action pour y défendre les
dernières murailles avec le dernier soldat. Ce centre a, dans le plan
général adopté, une latitude en rapport avec l'importance des forces
dont on y dispose et du grade élevé qui les dirige; lié au quartier
militaire et aux centres voisins dans de certaines limites, il reste
indépendant au-dessous de ces limites.
Mieux vaut, sous quelques rapports et dans une juste mesure, plusieurs
grandes défenses individuelles efficaces par leur responsabilité et leur
influence réelles sur les événements; mieux vaut toute l'action du
général en chef exclusivement consacrée à coordonner, soutenir, rallier
ces défenses individuelles, selon le plan général de défense adopté,
qu'une direction unique et impossible si elle doit dominer jusqu'aux
détails des opérations secondaires.
Un instant critique, qu'il faut prévoir, pourrait tout à coup étonner,
déconcerter, jeter dans l'isolement et l'impuissance le commandement le
plus actif ainsi compromis.
152. D'ailleurs, ce nombre de divisions et de subdivisions militaires,
tant intérieures qu'extérieures, résulte de la nécessité désormais
évidente de coordonner partout, d'une manière intime et complète, en vue
d'une répression énergique, l'action des troupes de ligne, des légions
de garde nationale, des autorités municipales d'arrondissement et des
agents de sûreté, de telle sorte que, dans chaque centre de résistance,
il y ait unité forte de tous les concours, de tous les moyens répressifs
et approvisionnements indispensables.
Ce nombre résulte aussi de la nécessité également évidente d'utiliser
les légions de garde nationale dans leur arrondissement, avec le chiffre
des bataillons de ligne, qui seuls peuvent leur donner la consistance et
la valeur désirables.
Il résulte enfin de l'étendue même du champ de bataille, du nombre des
positions capitales qui, à différents degrés d'importance, le
subdivisent inévitablement; celles-ci exigent, dans de certaines
limites, des forces ou des approvisionnements de toute nature,
indépendants et assurés.
Voilà bien des motifs, et cependant nous avons encore à donner le plus
important, celui qui seul dominerait dans une pareille question: la
nécessité de préserver l'humanité de jours sanglants et néfastes, en
rendant, par un surcroît de moyens répressifs ou préventifs, toute
tentative de lutte impossible à l'anarchie.
En définitive, il faut également centraliser et élever la direction
générale, multiplier et localiser l'action.
* * * * *
153. Le chiffre relatif des réserves divisionnaires est réglé d'après
l'étendue, l'importance de leurs circonscriptions, des craintes qu'elles
donnent; les différentes armes y entrent dans la proportion présumée
utile, en raison de la nature des localités.
Ensuite, on fait ultérieurement, au fur et à mesure des nouvelles
nécessités, à l'aide de la réserve générale et des troupes disponibles
dans les arrondissements restés tranquilles, les modifications exigées
par les événements.
154. La répartition des forces entre les subdivisions intérieures,
celles _extrà muros_, les quartiers généraux divisionnaires et la
réserve centrale, a lieu, autant que possible, conformément au tableau
ci-contre.