DISPOSITIONS PERMANENTES.

En conséquence des principes qui viennent d'être exposés, les

dispositions suivantes doivent être prises dans le cas où l'on veut

soutenir la lutte à l'intérieur de la ville, partout où éclatera la

révolte.

121. Les légions, bataillons et compagnies de gardes nationales à pied

ou à cheval sont établies par arrondissement, quartier et rue, pour les

garder sans avoir à se déplacer.

Des bataillons, demi-bataillons ou compagnies désignés d'avance occupent

les positions importantes à proximité.

D'autres détachements, tirés des arrondissements hostiles à l'émeute qui

n'a pu s'y développer, vont de suite suppléer les gardes nationales

moins bien disposées des plus mauvais arrondissements.

122. L'artillerie de la garde nationale reste concentrée à la réserve

générale; sa dissémination dans les divers arrondissements aurait peu

d'utilité, elle pourrait donner lieu à la perte de quelques pièces.

123. Les fractions de garde nationale ne laissent pas stationner dans

les rues, dissipent les groupes, empêchent la formation des barricades,

en font au besoin de défensives là où celles-ci ne peuvent être

nuisibles à la répression, fouillent ou arrêtent les personnes

suspectes, accompagnent les autres à l'aller et au retour.

124. Dans chaque compagnie, on tient, pendant la lutte, un état des

hommes hostiles du quartier ou des gardes nationaux qui manquent à

l'appel.

125. Sitôt que l'insurrection s'est complètement démasquée, des

bataillons ou légions des arrondissements restés tranquilles, la moitié

ou le tiers des troupes de ligne primitivement affectées à leur défense,

viennent renforcer les réserves des divisions et subdivisions militaires

engagées.

* * * * *

126. Les troupes de ligne fournissent habituellement le service dans ou

près de leur arrondissement de casernement ou de combat, de manière à ce

que les gardes puissent être plus facilement appuyées, rappelées ou

relevées s'il y a lieu.

127. Les troupes agissent, autant que possible, dans la subdivision

militaire où elles sont casernées, concurremment avec la garde nationale

du quartier, à l'aide de l'assistance des autorités municipales et des

agents de police dudit arrondissement.

Ainsi, elles sont constamment sur leurs positions de combat, et

convenablement approvisionnées de vivres, de munitions; elles n'ont même

pas besoin d'ordres et de temps pour les occuper et les défendre.

128. Les troupes casernées _extrà muros_ ou sur les lignes de chemin de

fer composent la majeure partie de la réserve générale, des réserves

divisionnaires et des subdivisions _extrà muros_ le plus à leur

proximité.

129. Les commandements militaires de division et de subdivision sont

permanents quant à la troupe, aux quartiers et positions que celle-ci

doit défendre, aux gardes nationales et aux agents municipaux ou de

police avec lesquels elle doit opérer constamment.

130. Les sections hors rang, les malades, les officiers et

sous-officiers comptables, les caporaux d'ordinaire et les cuisiniers

laissés dans les casernes; les postes journaliers, les patrouilles pour

aller aux vivres sont, ainsi, autant de détachements inutiles aux corps

casernés sur leurs positions de combat.

Ceux-ci restent d'autant plus compacts et forts; il y a moins de chances

d'échecs partiels, et pour la révolte plus d'impossibilités.

* * * * *

131. Les officiers, sous-officiers et soldats de passage, en congé, en

non-activité ou en retraite, dont l'état nominatif ou numérique doit

constamment être tenu dans chaque arrondissement, se réunissent au

premier rappel, à la mairie de leur quartier; on prend note de leur

présence, on les embrigade, on les utilise.

Les autres militaires, employés à des services spéciaux dans la

capitale, se rendent, avec leur chef, au quartier général divisionnaire

ou principal.

Tous peuvent être employés utilement; aucuns ne doivent être, en

apparence, livrés à de mauvaises excitations.

* * * * *

132. Les meilleures dispositions pour l'établissement des mairies et

casernes juxta-posées, au point de jonction de plusieurs rues, de

manière à en faire des centres d'action complets et des magasins

d'approvisionnements de tous genres, pour la lutte la plus sérieuse,

sont:

1° Une place uniquement formée par la mairie, une caserne et des

établissements publics, de telle sorte que ceux-ci se trouveraient

naturellement protégés sans qu'il soit besoin d'y faire des détachements

et qu'aucun bâtiment de la place ne puisse tomber à la disposition des

émeutiers.

2° Un carrefour au centre duquel est une mairie isolée; à l'un des coins

de rue en face est la caserne; toutes les fenêtres extérieures du

rez-de-chaussée sont grillées.

3° Une cour commune de communication pour la mairie et la caserne;

chacun de ces établissements fait façade sur l'une des deux rues

parallèles ou concourantes.

4° La caserne et la mairie aux deux côtés opposés d'une rue; un de ces

établissements possède un second débouché, derrière, sur une rue

parallèle.

133. Dans ces centres, il y a une réserve de munitions et

d'approvisionnement en vivres de campagne, pour quatre jours, et pour

chaque soldat.

En outre, des mesures sont prises avec des bouchers, marchands de vins,

boulangers et grènetiers voisins, pour la fourniture, pendant la lutte,

des rations de viande, de vin, de pain et de fourrages journellement

nécessaires.

Dans le quartier militaire, et en sus des approvisionnements

d'arrondissement, des mesures analogues sont prises, à l'effet de

pourvoir aux besoins journaliers de toute l'armée, en vivres et en

munitions, au cas où celle-ci viendrait à s'y concentrer.

Des moyens de transport suffisants y sont rassemblés. Il y a, dans les

magasins, une autre réserve d'approvisionnement de quatre jours en

vivres de campagne et en munitions de combat.

Ainsi le pouvoir, la force armée et chacune de ses subdivisions ou

spécialités sont constamment mobiles et en mesure pour toutes

circonstances.

§ II.

Insurrections et guerre des barricades dans les grandes villes par le général de brigade Roguet · 第 37 / 60 题