--J'ay ouy conter, et lors j'estois à la Cour, qu'un grand prince de par

le monde, vieux et fort âgé, et qui, depuis sa femme perdue, s'estoit

fort continemment porté en veufvage, comme sa grande profession de

sainteté le portoit, il voulut revoler en secondes nopces avec une

très-belle, vertueuse et jeune princesse. Et, d'autant que depuis dix

ans qu'il avoit esté veuf n'avoit touché à femme, et craignant d'en

avoir oublié l'usage (comme si c'estoit un art qui s'oublie) et de

recevoir un affront la première nuict de ses nopces, et ne faire rien

qui vallust, pour ce il se voulut essayer, et par argent fit gagner une

belle jeune fille, pucelle comme la femme qu'il devoit espouser: encore

dit-on qu'il la fit choisir qu'elle ressemblast un peu des traicts du

visage de sa femme future. La fortune fut si bonne pour luy, qu'il

monstra n'avoir point oublié encore ses vieilles leçons, et son essay

luy fut si heureux que, hardi et joyeux, il alla à l'assault du fort de

sa femme, dont il en rapporta bonne victoire et réputation. Cet essay

fut plus heureux que celuy d'un gentilhomme que j'ay ouy nommer, lequel

estant fort jeune et nigault, pourtant son père le voulut marier. Il

voulut premierement faire l'essay, pour sçavoir s'il seroit gentil

compagnon avec sa femme; et pour ce, quelques mois avant, il recouvra

quelque fille de joye belle, qu'il faisoit venir toutes les après-dinées

dans la garesne de son père, car c'estoit en esté, et là il

s'esbaudissoit et se rigoloit, sous la fraischeur des arbres verds et

d'une fontaine, avec sa damoiselle qu'il faisoit rage: de façon qu'il ne

craignoit nul homme pour faire cette diantrerie à sa femme. Mais le pis

fut que, la soir des nopces, venant à joindre sa femme, il ne peut rien

faire. Qui fut esbahy; ce fut luy, et maugréer sa maudite pièce

traistresse, qui luy avoit failly feu, ensemble le lieu où il estoit;

puis, prenant courage, il dit à sa femme: «Mamye, je ne sçay que veut

dire cecy, car tous les jours j'ay fait rage à la garesne de mon père;»

et luy compta ses vaillances. «Dormons, et j'en suis d'avis, demain

après disner je vous y meneray, et vous verrez autre jeu.» Ce qu'il fit,

et sa femme s'en trouva bien; dont depuis à la Cour courut le proverbe:

«Si je vous tenois à la garesne à mon pere, vous verriez ce que je

sçaurois faire.» Pensez que le dieu des jardins, messer Priapus, les

faunes et les satyres paillards, qui président aux bois, assistent-là

aux bons compagnons, et leur favorisent leurs faits et exécutions. Tous

essais pourtant ne sont pas pareils, ny ne portent pas coup tousjours,

car, pour l'amour, j'y en ay veu et ouy dire plusieurs bons champions

s'estre faillis à recorder leurs leçons et recoller leurs tesmoins quand

ils venoient à la grande escole. Car les uns ou sont trop ardents et

froids, ainsi que telles humeurs de glace et de chaud les y surprennent

tout à coup; les autres ou sont perdus en extases d'un si souverain bien

entre leurs bras; autres viennent appréhensifs; les autres tout à trac

viennent flacqs, qu'ils ne sçauroient qu'en dire la cause; autres tout

de vray ont l'esguillette noüée. Bref, il y a tant d'inconvénients

inopinés qui là-dessus arrivent à l'improviste, que, si je les voulois

raconter, je n'aurois fait de longtemps. Je m'en rapporte à plusieurs

gens mariés et autres adventuriers d'amour, qui en sçauroient plus dire

cent fois que moy. Tels essais sont bons pour les hommes, mais non pour

les femmes; ainsi que j'ay ouy conter d'une mère et dame de qualite,

laquelle, tenant une fille très-chère qu'elle avoit, et unique, l'ayant

compromise à un honneste gentilhomme en mariage, avant que de l'y faire

entrer, et craignant qu'elle ne peust souffrir ce premier et dur effort,

à quoy on disoit le gentilhomme estre très-rude et fort proportionné,

elle la fit essayer premièrement par un jeune page qu'elle avoit, assez

grandet, une douzaine de fois, disant qu'il n'y avoit que la première

ouverture fascheuse à faire, et que, se faisant un peu douce et petite

au commencement, qu'elle endureroit la grande plus aisément; comme il

advint, et qu'il y peut avoir de l'apparence. Cet essay est encore bien

plus honneste et moins scandaleux qu'un qui me fut dit une fois en

Italie, d'un pere qui avoit marié son fils, qui estoit encore un jeune

sot, avec une fort belle fille, à laquelle, tant fat qu'il estoit, il

n'avoit rien peu faire ny la premiere ny la seconde nuit de ses nopces;

et, comme il eut demandé et au fils et à la nore comme ils se trouvoient

en mariage, et s'ils avoient triomphé, ils respondirent l'un et l'autre

«_Niente_.--A quoi a-t-il tenu?» demanda à son fils. Il respondit tout

follement qu'il ne sçavoit comment il falloit faire. Sur quoi il prit

son fils par une main et la nore par une autre, et les mena tous deux en

une chambre, et leur dit: «Or je vous veux donc monstrer comme il faut

faire.» Et fit coucher sa nore sur un bout du lit, et lui fit bien

eslargir les jambes; et puis dit à son fils: «Or voy comment je fais;»

et dit à sa nore: «Ne bougez; non importe, il n'y a point de mal.» Et en

mettant son membre bien arboré dedans, dit: «Advise bien comme je fais,

et comme je dis: _Dentro fuero, dentro fuero_;» et répliqua souvent ces

deux mots en s'advançant dedans et reculant, non pourtant tout dehors.

Et ainsi, après ces fréquentes agitations et paroles, _dentro_ et

_fuero_, quand ce vint à la consommation, il se mit à dire brusquement

et viste: _Dentro, dentro, dentro, dentro_, jusqu'à ce qu'il eust fait.

Au diable le mot de _fuero_. Et par ainsi, pensant faire du magister, il

fut tout à plat adultère de sa nore, laquelle, ou qu'elle fist de la

niaise, ou, pour mieux dire, de la fine, s'en trouva très-bien pour ce

coup, voire pour d'autres que luy donna le fils et le pere et tout,

possible pour luy mieux apprendre sa leçon, laquelle il ne luy voulut

pas apprendre à demy ni à moitié, mais à perfection. Aussi toute leçon

ne vaut rien autrement. J'ay ouy dire et conter à plusieurs amants

adventuriers et bien fortunez, qu'ils ont veu plusieurs dames demeurées

ainsi esvanouyes et pasmées estans dans ces doux alteres de plaisir;

mais assez aisément pourtant retournoient à soy-mesmes: que plusieurs,

quand elles sont là, elles s'escrient: «Hélas! je me meurs!» Je croy que

cette mort leur est très-douce. Il y en a d'autres qui contournent les

yeux en la teste pour telle délectation, comme si elles devoient mourir

de la grande mort, et se laissant aller comme du tout immobiles et

insensibles. D'autres ay-je ouy dire qui roidissent et tendent si

violemment leurs nerfs, arteres et membres, qu'ils engendrent la

goutecrampe; comme d'une autre que j'ay ouy dire, qui estoit si sujette

qu'elle n'y pouvoit remédier.

D'autres font peter leurs os, comme si on leur rehabilloit de quelque

rompure. J'ay ouy parler d'une, à propos de ses evanoüissements,

qu'ainsi que son amoureux la manioit dessus un coffre, que, quand ce fut

à la douce fin, elle se pasma de telle façon qu'elle se laissa tomber

derrière le coffre à jambes ribaudaines, et s'engagea tellement entre le

coffre et la tapisserie de la muraille, qu'ainsi qu'elle s'efforçoit à

s'en dégager et que son amy lui aidoit, entra quelque compagnie qui la

surprit faisant ainsi l'arbre fourchu, qui eut le loisir de voir un peu

de ce qu'elle portoit, qui estoit tout très-beau pourtant; et fut à elle

à couvrir le fait, en disant qu'un tel l'avoit poussée en se jouant

ainsi derrière le coffre, et dire par beau semblant que jamais ne

l'aymeroit. Cette dame courut bien plus grande fortune qu'une que j'ay

ouy dire, laquelle, ainsi que son amy la tenoit embrassée et investie

sur le bord de son lit, quand ce vint sur la douce fin qu'il eut achevé,

et que par trop il s'estendoit, il avoit par cas des escarpins neufs qui

avoient la semelle glissante, et s'appuyant sur des quarreaux plombez

dont la chambre estoit pavée, qui sont fort sujets à faire glisser, il

vint à se couler et glisser si bien sans se pouvoir arrester, que du

pourpoint qu'il avoit, tout recouvert de clinquant, il en escorcha de

telle façon le ventre, la motte, le cas et les cuisses de sa maistresse,

que vous eussiez dit que les griffes d'un chat y avoient passé; ce qui

cuisait si fort la dame qu'elle en fit un grand cri et ne s'en put

engarder; mais le meilleur fut que la dame, parce que c'estoit en esté

et faisoit grand chaud, s'estoit mise en appareil un peu plus lubrique

que les autres fois, car elle n'avoit que sa chemise bien blanche et un

manteau de satin blanc dessus, et les calleçons à part; si bien que le

gentilhomme, après avoir fait sa glissade, fit précisément l'arrest du

nez, de la bouche et du menton, sur le cas de sa maistresse, qui venoit

fraischement d'estre barbouillé de son bouillon, que par deux fois desja

il luy avoit versé dedans, et emply si fort qu'il en estoit sorty et

regorgé la moitié sur les bords, dont par ainsi se barbouilla et nez, et

bouche, et moustache, que vous eussiez dit qu'il venoit de frais de

savoner sa barbe; dont la dame, oubliant son mal et son esgratigneure,

s'en mit si fort à rire qu'elle luy dit: «Vous estes un beau fils, car

vous avez bien lavé et nestoyé vostre barbe, d'autre chose pourtant que

de savon de Naples.» La dame en fit le conte à une sienne compagne, et

le gentilhomme à un sien compagnon. Voilà comment on l'a sçeu, pour

avoir esté redit à d'autres; car le conte estoit bon et propre à faire

rire. Et ne faut point douter que ces dames, quand elles sont à part,

parmy leurs amies plus privées, qu'elles ne s'en fassent des contes

aussi bons que nous autres et ne s'entredisent leurs amours et leurs

tours les plus secrets, et puis en rient à pleine bouche, et se mocquent

de leurs galands, quand ils font quelque faute ou quelque action de

risée et mocquerie. Et si font bien mieux; car elles se dérobent les

unes les autres leurs serviteurs, non tant quelquefois pour l'amour,

mais pour en tirer d'eux tous les secrets, menées et folies qu'ils ont

faites avec elles; et en font leur profit, soit pour en attiser

davantage leurs feux, soit pour vengeance, soit pour s'entre-faire la

guerre les unes aux autres en leurs privez devis, quand elles sont

ensemble. Un pareil livre de figures à ce précédent que je viens de

dire, fut fait à Rome du temps du pape Sixte dernier mort, ainsi que

j'ai dit ailleurs. Or c'est assez sur ce sujet parlé. Je voudrois

volontiers de bon coeur que plusieurs langues de notre France se

fussent corrigées de ces mal-dires, et se comportassent comme celles

d'Espagne; lesquelles, sur la vie, n'oseroient toucher tant soit peu

l'honneur des dames de grandeur et réputation; voire les honorent-ils de

telle façon, que, si on les rencontre en quelque lieu que ce soit, et

que l'on crie tant soit peu _lugar a las damas_[117] tout le monde

s'incline et leur porte-t-on tout honneur et révérence; et devant elles

toutes insolences sont défendues sur la vie.

--Quand l'Impératrice, femme de l'empereur Charles, fit son entrée à

Tolède, j'ay ouy dire que le marquis de Villane, l'un des grands

seigneurs d'Espagne, pour avoir menacé un argusil qui l'avoit pressé de

marcher et de s'advancer, il cuida estre en grande peine, parce que

cette menace se fit en la présence de la dite Impératrice; et si ce fust

esté en celle de l'Empereur n'en fust esté si grand bruit.

--Le duc de Féria estant en Flandre, et les reynes Eléonor et Marie

marchans par pays, et leurs dames et filles après, et luy estant près de

sa maistresse, et venant à prendre question contre un autre cavalier

espagnol, tous deux cuidèrent perdre leurs vies, plus pour avoir fait

tel scandale devant les Reynes et impératrices, que pour tout autre

sujet. De mesmes don Carlos d'Avalos à Madrid, ainsi que la reyne

Isabelle de France marchoit par la ville, s'il ne se fust soudain jetté

dans une église qui sert là de refuge aux pauvres malheureux, il fust

aussi-tost este exécuté à la mort; et luy fallut eschapper desguisé et

s'enfuyr d'Espagne, dont il en a esté toute sa vie banny et confiné en

la plus misérable isle de toute l'Italie, qui est Lipary.

--Les boufons mesmes, qui ont tout privilege de parler, s'ils touchent

les dames, en patissent; ainsi qu'il en arriva une fois à un qui

s'appeloit Legat, que j'ai congneu. Un jour nostre reyne Elisabeth de

France, en devisant et parlant des demeures de Madrid et Valladolid,

combien elles étoient plaisantes et delectables, elle dit que de bon

coeur elle voudroit que ces deux places fussent si proches qu'elle en

pust toucher l'une d'un pied, et l'autre de l'autre; et ce disoit en

eslargissant fort les jambes. Le dit boufon, qui ouyt cela, dit: «Et moy

je voudrois être au beau mitan, _con un carrajo de bourrico, para

encargar y plantar la raya_.» Il en fut bien foüetté à la cuisine; dont

pourtant il n'avoit tort de faire ce souhait, car cette Reyne estoit

l'une des belles, agréables et honnestes qui fust jamais en Espagne, et

valoit bien estre désirée de cette façon, non pas de luy, mais de plus

honnestes gens que luy cent mille fois. Je pense que ces messieurs les

mesdisants et causeurs des dames voudroient bien avoir et joüir du

privilege de liberté qu'ont les vendangeurs de la campagne de Naples au

temps des vendanges, auxquels il est permis, tant qu'ils vendangent, de

dire tous les mots, pouilles et injures à tous les passants qui vont et

viennent sur les chemins; si-bien que vous les verriez crier, hurler

après eux, et les arauder sans en espargner aucuns, et grands et moyens,

et petits, de quelque estat qu'ils soyent; et, qui est le plaisir, n'en

espargnent aussy les dames, princesses et grandes qu'elles soyent;

si-bien que de mon temps j'ay ouy dire et vu que plusieurs d'entre

elles, pour en avoir le plaisir, se donnoient des affaires et alloient

exprès aux champs, et passoient par les chemins pour les ouyr gazouiller

et entendre d'eux mille sallauderies et paroles lubriques qu'ils leur

disoient et débagouloient, leur faisant la guerre de leurs paillardises

et lubricitez, qu'elles exerçoient envers leurs maris et serviteurs,

jusques à leur reprocher leurs amours et habitations avec leurs cochers,

pages, laquais et estafiers qui les conduisoient; et, qui plus est, leur

demandoient librement la courtoisie de leur compagnie, et qu'ils les

assailleroient et traiteroient bien mieux que tous les autres; et ce

disoient en franchissant naïvement et naturellement les mots sans

autrement les déguiser. Elles en estoient quittes pour en rire leur

saoul et en passer leur temps, et leur en faire rendre response à leurs

gens qui les accompagnoient, ainsi qu'il est permis d'en rendre le

change. Les vendanges faites, ils se font treves de tels mots jusques à

l'autre année, autrement en seroient recherchés et bien punis. On m'a

dit que cette coustume dure encore, que beaucoup de gens en France

voudroient bien qu'elle fust observée en quelque saison de l'année, pour

avoir le plaisir de leurs mesdisances en toute seureté, qu'ils aiment

tant. Or, pour faire fin, les dames doivent estre respectées par tout le

monde, leurs amours et leurs faveurs tenues secrettes. C'est pourquoy

l'Aretin disoit que, quand on estoit à ce point, les langues, que les

amants et amantes s'entredonnent les uns aux autres, n'estoient desdiées

tant pour se délecter, ny pour le plaisir qu'on y prenoit, que pour

s'entrelier de langues ensemble et s'entrefaire le signal que l'on

tienne caché le secret de leurs escoles, mesmes qu'aucuns lubriques et

paillards maris imprudents se trouvent si libres et desbordez en

paroles, que, ne se contentant des paillardises et lascivetez qu'ils

commettent avec leurs femmes, les déclarent et publient à leurs

compagnons et en font leurs contes; si bien que j'ay cogneu aucunes

femmes en hayr leurs maris de mal mortel, et se retirer bien souvent des

plaisirs qu'elles leur donnoient, pour ce sujet, ne voulant estre

scandalisées, encore que ce fust un fait de femme à mary. M. du Bellay,

le poëte, en ses tombeaux latins qu'il a composez, qui sont très-beaux,

en a fait un d'un chien, qui me semble qu'il est digne estre mis ici,

car il est fait à notre matiere, qui dit ainsi.

_Latratu fures exceps, mutus amantes,

Sic placui domino, sic placui domina_

C'est-à-dire:

Par mon japper, j'ay chassé les larrons, et, pour me tenir muet,

j'ay accule les amants: ainsi j'ay pleu à mon maistre, ainsi j'ai

pleu à ma maistresse.

Si donc on doit aimer les animaux pour estre secrets, que doit-on faire

des hommes pour se taire? Et s'il faut prendre advis pour ce sujet d'une

courtisanne qui a esté des plus fameuses du temps passé, et de grande

clergesse en son mestier qui estoit Lamïa, faire le peut-on; qui disoit

de quoy une femme se contentoit le plus de son amant, c'estoit quand il

estoit discret en propos et secret en ce qu'il faisoit; et surtout

qu'elle hayssoit un vanteur qui se vantoit de ce qu'il ne faisoit pas et

n'accomplissoit ce qu'il promettoit. Ce dernier s'entend en deux choses.

De plus, disoit que la femme, bien qu'elle fist, ne vouloit jamais estre

appelée putain n'y pour telle divulguée. Aussi dit-on d'elle que jamais

elle ne se mocqua d'homme, ny homme oncques se mocqua d'elle ny mesdit.

Telle dame savante en amour en peut bien donner leçon aux autres.

Or, c'est assez parlé de ce sujet; un autre mieux disant que moy l'eust

pu mieux agrandir et embellir, c'est pourquoy je luy en quitte les armes

et la plume.

TABLE DES MATIERES

EPITRE DEDICATOIRE 1

AU LECTEUR 3

AVIS DE L'AUTEUR 4

DISCOURS PREMIER.

Sur les dames qui font l'amour et leurs maris cocus 5

DISCOURS DEUXIÈME.

Sur le sujet qui contente plus en amour, ou le toucher, ou la vue, ou la

parole 139

INTRODUCTION _ib._

ARTICLE I.--De l'attouchement en amour 140

ARTICLE II.--De la parole en amour 147

ARTICLE III.--De la vue en amour 151

DISCOURS TROISIÈME.

Sur la beauté de la belle jambe, et de la vertu qu'elle a 184

DISCOURS QUATRIÈME.

Sur les femmes mariées, les veufves et les filles; sçavoir desquelles les

unes sont plus portées à l'amour que les autres 197

INTRODUCTION _ib._

ARTICLE I.--De l'amour des femmes mariées 200

ARTICLE II.--De l'amour des filles 209

ARTICLE III.--De l'amour des veufves 231

DISCOURS CINQUIÈME.

Sur aucunes dames vieilles qui aiment autant à faire l'amour comme les

jeunes 271

DISCOURS SIXIÈME.

Sur ce que les belles et honnêtes dames aiment les vaillants hommes, et

les braves hommes aiment les dames courageuses 299

DISCOURS SEPTIÈME.

Sur ce qu'il ne faut jamais parler mal des dames, et de la conséquence

qui en vient 351

NOTES:

[1] A la fin de son Discours XLI, _Des Capitaines étrangers_, il promet

de même cette _comparaison_, augmentée du vieux Biron et du comte

Maurice; mais elle manque.

[2] Dans cet ouvrage, l'auteur qualifie telle dame de _belle et

honneste_, dont pourtant il parle comme d'une fieffée p.....; mais

lorsqu'il ajoute, comme il fait quelquefois _vertueuse_ à _belle et

honneste_, il insinue par là que la dame étoit sage et ne faisoi point

parler d'elle.

[3] Le fameux Bussi d'Amboise, Louis de Clermont, massacré le 19 août

1579, à un rendez-vous que lui avoit donné la comtesse de Monsoreau par

le commandement de son mari. (De Thou. liv. LXVIII.)

[4] René de Villequier, qui tua Françoise de La Marck, sa première

femme.

[5] Lisez _Melitene_; c'est comme les anciens appeloient cette ville,

dont le nom moderne dans _Moreri_est _Meletin_, en latin _Malatia_, dans

l'Arménie, sur l'Euphrate.

[6] Ou plutôt _Thomyris_.

[7] Sixte V

[8] Le cardinal de Lorraine, du Perron et autres, avoient été

représentés de même avec Catherine de Médicis, Marie Stuart et la

duchesse de Guise, dans deux tableaux dont il est parlé dans la _Légende

du cardinal de Lorraine_, folio 24, et dans le _Réveille-matin des

Français_, pages 11 et 123. Voyez ci-dessous, à la fin du VIIe livre,

la description d'un pareil livre de figures, et les mauvais effets qu'il

produisit.

[9] Bernardin Turisan, qui avoit pour enseigne la devise des Manuces,

ses parents.

[10] Ce livre, intitulé _la Somme des péchés et le remède d'iceux_,

imprimé à Lyon, chez Charles Pesnot, dès 1584, in-4^o, et diverses

autres fois depuis, est de la composition de Jean Benedicti, cordelier

de Bretagne, qui ne l'a pas moins rempli d'ordures et de saletés, que le

jésuite Sanchez en a rempli son traité _de Matrimonio_; et ce qu'il y a

de fort singulier, c'est qu'un ouvrage si impur n'en est pas moins dédié

à la sainte Vierge. Comme on voit, Brantôme et ses semblables savoient

très-bien en faire leur profit, et y découvrir de nouveaux ragoûts de

lubricité.

[11] Ou Bonvisi.

[12] Annius Verus: c'étoit le grand-père de cet empereur.

[13] Antonomasie.

[14] Voyez Ménage, _Dict. étym._, au mot MASCARET

[15] Baudet ou Barbette, comme dit Mézeray.

[16] C'est-à-dire, _morte la bête, morte la rage ou le venin_.

[17] Dans ce proverbe, la furette est prise pour l'hermine, qui, dit-on,

aime mieux se laisser prendre que de se salir.

[18] Brantôme veut peut-être parler ici de Marguerite de France, soeur

de Henri II, qui avait cet âge-là lorsqu'elle épousa le duc de Savoie.

[19] C'est-à-dire: «Monsieur mon frère, présentement que vous êtes marié

avec ma soeur et que vous en jouissez seul, il faut que vous sachiez

qu'étant fille, tel et tel en ont joui. Ne vous inquiétez point du

passé, parce que c'est peu de chose; mais gardez-vous de l'avenir, parce

qu'il vous touche de bien plus près.»

[20] Baptista Fulgosius, dont les _Factorum et Dictorum memorabilium

libri IX_ ont été imprimés diverses fois. Ce fait particulier se trouve

dans le chapitre 3 du IXe livre.

[21] C'est-à-dire: «Que la vache, qui a longtemps été attachée, court

plus que celle qui a toujours en pleine liberté.»

[22] François de Lorraine, duc de Guise, tué par Poltrot. Voy. Rem. sur

le mot ADULTÉRIN, page 547 du _Cath. d'Esp._, édit. de 1699.

[23] Cela pourroit bien regarder Henri de Lorraine, duc de Guise, tué à

Blois.

[24] Ceci pourroit encore mieux regarder Marguerite de Valois, le roi de

Navarre, le duc d'Anjou et la Saint-Barthélemy.

[25] C'est-à-dire, fait folie de son corps, comme on parle, parce qu'on

va en pèlerinage à l'église de ce saint pour être guéri de la folie.

[26] C'est-à-dire, sinon chastement, du moins finement.

[27] C'est-a-dire, sous les couvertes, ou en cachette.

[28] Accortement.

[29] C'est-à-dire: Le peril passé, l'on se moque du saint.

[30] Joachim du Bellay, dans sa _Contre-Repentie_, f. 444, A. de ses

OEuvres, 1576.

Mere d'amour, suivant mes premiers voeux,

Dessous tes loix remettre je me veux,

Dont je voudrois n'estre jamais sortie;

Et me repens de m'estre repentie.

[31] Ces sortes de cadenas étoient déjà en usage à Venise.

[32] _Guerdon, galardon, qui dardonne, premio, ricompensa_, dit le

_Franciosini_.

[33] On a appelé Guillot le Songeur tout homme songeard, du chevalier

Juillan le Pensif, l'un des personnages de l'_Amadis_.

[34] Ou n'a point ce discours ou chapitre.

[35] C'est-à-dire: pour délivrer une âme chrétienne de l'enfer.

[36] A qui on demandoit.

[37] C'est-à-dire: l'amour ne se surmonte que par le dédain.

[38] Cette femme ressemble assez à cette Godarde de Blois, huguenote,

pendu pour adultère en 1563.

[39] C'est-à-dire: Eh! fais-lui charité par pitié.

[40] On accusa la comtesse de Senizon de l'avoir fait évader, et on lui

en fit une affaire.

[41] Proverbe qui marque le peu de liaison qu'il y a entre les dons de

la nature et les qualités de l'âme.

[42] De l'italien _dispositare_; c'est-à-dire qu'on dispose et trouve à

se défaire des pierreries comme des meilleures denrées.

[43] Tout cela est renversé et estropié. Il faut:

_Si tibi simplicitas uxoria deditus uni:_

_Est animus_. . . . . . . .

. . . . . . . . . . . .

_Nil unquam invitâ donabis conjuge: vendes_

_Hac obstante nihil; nihil, hæc si nolet, emetur._

JUVENAL. Sat. VI, 205 et 6, 211 et 12.

C'est-à-dire: «Si vous vous attachez uniquement à votre femme....., vous

ne pourrez rien donner, ni vendre, ni acheter, à moins qu'elle n'y

consente.»

[44] Le Ve discours suivant.

[45] _Bardot_, synonyme d'_âne_. Ici, _passer par bardot_, se dit des

vieilles qui son réduites à laisser passer pour _bardot_ l'amant qui les

caresse.

[46] Escharse.

[47] Qui perd une putain gagne beaucoup.

[48] Il est à croire qu'il multiplie leurs feux.

[49] O trop dure loi de l'honneur, pourquoi nous interdis-tu ce à quoi

nous excite la nature? Elle nous accorde aussi abondamment que

libéralement, ainsi qu'a tous les animaux, l'usage de l'amour. Mais

l'homme, trompeur et perfide, ne connaissant que trop bien la vigueur de

nos reins, a établi cette loi pleine d'erreur pour cacher ainsi la

faiblesse des siens.

[50] Là où il n'y a point d'homme, on commet pourtant l'adultère.

[51] C'est-à-dire: me baisait et me faisait pâmer de plaisir. _Alentir_,

dans Nicot, se dit de la douleur, ou des forces qui diminuent ou se

ralentissent.

[52] Par corruption pour _gaude mihi_.

[53] Mehun on Meun.

[54] Voyez.

[55] Voyez Bayle, _Dict. crit._, au mot BURIDAN. Villon, dans sa ballade

des _Dames des temps jadis_:

Semblablement où est la reine,

Qui commanda que Buridan

Fust jeté en un sac en Seine?

[56] La Vieille Courtisanne, fol. 449. B. des _OEuvres poét. de Joach.

du Bellay_, édit. de 1597:

De la vertu je sçavois deviser,

Et je sçavois tellement eguiser,

Que rien qu'honneur ne sortoit de ma bouche;

Sage au parler et folastre à la couche.

[57] Elles s'abandonnent comme chiennes, et sont muettes de la bouche

comme pierres.

[58] Se retirer à la barque.

[59] Pardonnez-moi, madame; je ne veux point jaser, mais seulement agir

et puis me retirer à la barque.

[60] Le _Divorce satyrique_ attribue cette invention à la reine

Marguerite, pour rendre le roi de Navarre, son mari, plus amoureux

d'elle et plus lascif.

[61] Ils sont pris d'un vieux livre français intitulé: _De la louange et

beauté des Dames_. François Corniger les a mis en dix-huit vers latins.

Vincentio Calmeta les a aussi mis en vers italiens, qui commencent par

_Dolce Flaminia_.

[62] C'est-à-dire, était un peu brunette.

[63] En françois, Charles de Bouvelles. On a de lui plusieurs ouvrages.

[64] C'est un in-4^o imprimé à Paris, chez Ascensius, le 3 des nones de

décembre 1511.

[65] Ah! ne me touchez pas.

[66] Les ladres, les ladresses.

[67] C'est-à-dire: Madame, je vous baise les pieds et les mains.

[68] C'est-à-dire: Monsieur, la station du milieu est bien meilleure.

[69] On en a dit autant de Mademoiselle, cousine germaine de Louis XIV,

à cela pres qu'à ceux de ses pages à qui ses charmes donnaient de la

tentation elle donnait quelques louis pour pouvoir se satisfaire

ailleurs.

[70] Le Voyage du Prince.

[71] Plus magnifique que les fêtes de Bains.

[72] Roman de Boccace traduit par Adrien Sevin.

[73] Le titre de _Roi des Romains_ n'est proprement qu'une station pour

parvenir à la dignité d'_Empereur_.

[74] Discours I.

[75] Confidentes.

[76] _Ahanoit_: se fatiguait. De l'espagnol _afanar_, qui répond à notre

_ahaner_.

[77] _Sublin_: fin, rusé.

[78] Discours I.

[79] L'honneur de la citadelle est sauvé.

[80] Caunus.

[81] C'est-à-dire: D'une mule qui fait hin, et d'une fille qui parle

latin, délivre nous, Seigneur.

[82] _Alberic de Rosate_, au mot MATRIMONIUM de son _Dictionnaire_,

rapporte un exemple tout pareil. _Barbatias_ dit même quelque chose de

plus, qu'un garçon de sept ans engrossa sa nourrice.

[83] La reine-mère _Catherine de Médicis_. L'auteur la nomme dans son

discours des _Dames illustres_, où il fait le même conte.

[84] _Apparemment_ contrition.

[85] Servie.

[86] Alteres.

[87] D'Enghien.

[88] _André de Soleillas_, évêque de _Riez_ en Provence, en 1576. Il

avait une maitresse qui contrefaisoit la bigote, mais dont l'hypocrisie

ne trompa pas le roi Henri IV. Ce prince reprochoit plaisamment à cette

dame ses amours, en lui disant qu'elle ne se plaisait qu'au _jeûne et à

l'oraison_.

[89] _Fringuer_, dans Oudin, c'est ici _far l'atto venero_. Cette

veufve, non contente d'avoir triomphé de trois maris, vouloit encore

combattre sur cette même couche, déjà jonchée des lauriers qu'elle avoit

remportés de ses victoires passées.

[90] _Henri II_, qui préféroit à la reine sa femme, qui étoit jeune, la

duchesse de Valentinois déjà vieille, et qui avait été la maîtresse du

roi son père.

[91] Je n'ai point connu la vieille.

Vies des dames galantes · 第 38 / 39 段