Si je suis mandé à l'arrière cette nuit même par le Suprême Lord grand

amiral en chef, je ne crains pas qu'il me fasse mettre aux fers, car

bien que je ne sois qu'un pauvre homme de marin, j'ai trouvé dans ce

livre-ci une promesse, et je n'ai point peur que _Lui_ ne la tienne pas.

Mon père passa quelques heures avec le vieillard et fit de son mieux

pour le réconforter et l'aider, car il était évident qu'il baissait

rapidement.

Lorsque enfin il le quitta, le laissant avec sa fidèle épouse près de

lui, il saisit la main brune, mais amaigrie, qui gisait sur les

couvertures.

--Je vous reverrai, dit-il.

--Oui, sous la latitude du ciel, répondit le marin agonisant.

Son pressentiment était juste, car aux premières heures du matin, sa

femme se penchant sur lui, vit un beau sourire sur sa figure tannée,

bronzée par les coups de mer.

Se soulevant sur son oreiller, il porta la main à une mèche de son

front, selon l'usage des marins, puis il retomba lentement, paisiblement

dans le long sommeil d'où l'on se réveille quand la nuit cesse

d'exister.

Vous me demanderez sans doute ce qu'il advint d'Hector Marot et de

l'étrange cargaison qui avait mis à la voile du port de Poole.

On n'entendit jamais parler d'eux, à moins qu'on applique à leur

destinée un bruit qui fut répandu quelques mois plus tard par le

Capitaine Elias Hopkins, du navire _La Caroline_, de Bristol.

Le Capitaine Hopkins rapporte que dans la traversée qui le ramenait de

nos colonies, il rencontra une brume épaisse et eut le vent debout au

voisinage des grands bancs de morue.

Une nuit, pendant qu'il faisait sa ronde, par un brouillard si dense,

qu'il pouvait à peine voir la pomme de son propre mat, il éprouva une

sensation des plus étranges, car comme lui et d'autres étaient debout

sur le pont, ils entendirent, à leur grand étonnement, le bruit d'un

grand nombre de voix, qui paraissaient former un choeur, bruit d'abord

faible et certain, puis prenant bientôt une ampleur croissante, jusqu'à

ce qu'il fût, à ce qu'il semblait, à la distance d'un jet de pierre.

Après quoi il diminua et s'éteignit lentement pour se perdre au loin.

Certains hommes de l'équipage mirent la chose sur le compte du Maudit,

mais comme le Capitaine Elias Hopkins ne manquait pas de le faire

remarquer, il était bien étrange que le Malin eût choisi des hymnes

familiers de l'Ouest pour son exercice nocturne, et plus étrange encore

que les habitants de l'abîme eussent, en chantant, une prononciation

aussi pâteuse que celle du Comté de Somerset.

Quant à moi, je ne doute guère que ce ne fût en effet la _Dorothée Fox_

qui eût passé par là dans le brouillard, et que les prisonniers, ayant

reconquis leur liberté, n'aient célébré leur délivrance à la façon de

vrais Puritains.

Où furent-ils entraînés?

Fut-ce sur la côte rocheuse du Labrador, ou bien trouvèrent-ils un asile

dans quelque région désolée où la cruauté royale ne pouvait pas les

poursuivre, voilà qui doit rester éternellement ignoré.

Zacharie Palmer vécut de longues années en vieillard vénérable et

honoré, avant d'être appelé à son tour auprès de ses pères.

C'était un doux et simple philosophe de village que cet homme-là, et

dans sa vieille poitrine il y avait un coeur d'enfant.

Rien qu'à penser à lui, il me vient comme un parfum de violettes, car si

dans ma manière d'envisager la vie, et dans mes espérances d'avenir, je

ne partage pas en tout point les doctrines dures et sombres de mon père,

je sais que je le dois aux sages paroles et aux enseignements

bienveillants du charpentier.

Si les actes sont tout, si les dogmes ne sont rien en ce monde, ainsi

qu'il se plaisait à le dire, dès lors sa vie sans faute, exempte de

blâme, pourrait servir de modèle à vous et à tous.

Puisse la poussière lui être légère!

Un mot au sujet d'un autre ami, le dernier que je rappelle, mais non le

moins apprécié.

Guillaume le hollandais occupait depuis dix ans le trône d'Angleterre,

qu'on pouvait encore voir dans le champ voisin de la maison paternelle

un grand cheval fortement charpenté, dont le pelage gris était tacheté

de marques blanches.

Et, comme on l'a toujours remarqué, lorsque les soldats sortaient de

Plymouth, ou que le son aigu de la trompette ou le roulement du tambour

parvenait à son oreille, il arquait son cou fatigué par l'âge, agitait

sa queue mêlée de gris, levait ses genoux raidis pour faire un temps de

trot majestueux et pédantesque.

Les gens de la campagne s'arrêtaient volontiers à considérer les

gambades du vieux cheval, et il est bien probable que l'un d'eux

racontait aux autres que ce coursier là avait porté à la guerre un des

jeunes gens de leur propre village, et comment le cavalier avait dû fuir

le pays, mais aussi comment un bon sergent des troupes royales avait

ramené le cheval au père du jeune homme comme souvenir de lui.

Ce fut ainsi que Covenant passa ses dernières années, en vétéran des

chevaux, bien nourri, bien soigné et fort enclin peut-être à conter en

langage de cheval, à tous les pauvres sots bidets de la campagne, les

merveilleuses, aventures qu'il avait eues dans l'Ouest.

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Micah Clarke - Tome III La Bataille de Sedgemoor · 第 15 / 15 段