LA FOIRE DE KENDOULI

_Mercredi 11 janvier 1922._--Une semaine sans histoire, sans histoires;

c’est la reprise du travail. Ce n’est pas qu’une affiche en prévienne;

la règle ici n’est pas écrite et fixe; il y a l’habitude, ce qui

s’entend sans être dit; et c’est le matin que Çâstri Mahashaya avertit

le professeur français qu’il aura à faire son cours l’après-midi. Mais

rien n’est ici comme chez nous, même pas l’uniformité de l’heure: il y a

celle de Calcutta, celle de la gare, celle de l’ermitage, et, brochant

sur le tout, les heures individuelles. En reconduisant Mme de M., à la

station, l’employé nous annonça 82 minutes de retard: n’est-ce pas 1 h.

22? Et le jeu des projets! Ils se font, se remettent, se renouent, se

défont d’un jour à l’autre: une pareille incertitude nous agacerait en

France! Ici, c’est dans l’air, il n’y faut pas faire attention. C’est

ainsi que S. ne sait pas encore la date de la Conférence Orientale qu’il

doit présider; même incertitude pour notre voyage à Bénarès. Irons-nous

même demain ou après-demain à la foire de Kendouli? Cependant il

faudrait s’y préparer.

Cette foire se tient tous les ans pour l’anniversaire du poète Jayadeva,

le chantre mystique de Vishnou-Krishna. Il vivait au XIIIe siècle; aucun

monument, dans son village natal, ne perpétue son souvenir qui vit dans

la mémoire des hommes, et tous les ans, à cette date, un concours

immense de population, marchands, curieux, pèlerins, viennent à Kendouli

entendre ses chants et le récit de sa vie. C’est une commémoration qui

vaut bien nos statues. Il faudra y aller en char à buffles, avec une

tente, sans doute, et toute une cuisine; il n’y a rien qu’on puisse

consommer, là-bas, ces foires et ces pèlerinages étant de beaux foyers

de choléra et d’épidémies. Mais notre vie est surveillée et guidée par

de silencieuses amitiés qui veulent tout prévoir et tout arranger pour

le mieux; nos projets en sont toujours plus ou moins suspendus. C’est

vrai aussi que seuls nous nous débrouillerions mal dans cette vie si

complètement étrangère à toutes nos habitudes. Pourtant nous voudrions

aller à Kendouli. Le poète nous dit que le bruit, la foule et le char à

buffles seront trop pour nous; il nous croit plus empotés que nous le

sommes.

Il est rentré pour recevoir le maharaja de Pithapouram, qui finalement

n’est pas encore arrivé; malade, il enverra d’abord ses domestiques,

mais rien encore ne se manifeste.

L’inspirateur de l’ermitage est venu nous faire une bonne visite, nous

assurant que nous lui avions grandement manqué. Et avec lui et Kshiti

Babou nous avons passé quelques moments charmants à les écouter causer.

Kshiti nous a longuement parlé de ces chanteurs populaires, véritables

moines errants, les Baouls, dont un bon nombre se rendra sûrement à

cette foire. Ils n’ont ni temple, ni dieu particulièrement vénéré; leur

doctrine, leur sagesse s’expriment par des chants et des danses; si on

les interroge, leurs réponses chantées, dansées laissent l’interlocuteur

déconcerté. Leur nom, Baoul, signifie: plein de vent, c’est-à-dire

qu’ils font en eux le vide absolu, pour que le Divin entièrement les

occupe; ils sont les instruments de musique de la divinité.

Le lendemain, le poète déjeunait avec nous; conversation politique, ou

plutôt sociale: il ne croit pas que l’Inde soit mûre pour la liberté;

suivant sa forte expression, on ne réalise pas la liberté politique sur

le sable mouvant d’inégalités sociales telles que les leurs. Tant qu’il

y aura des «intouchables», tant qu’une large partie de la population

sera, pour l’autre, objet de mépris et de dégoût, l’Inde ne pourra pas

être libre. Il nous contait que tout dernièrement des partisans résolus

de Gandhi s’étant réunis, réunion politique, un Hindou demanda à un

Musulman de sortir un instant: il avait soif et le voisinage de cet

infidèle aurait souillé son eau. Voilà où ils en sont encore. Et puis,

une obéissance trop complète, presque servile à la parole du maître, du

gourou; Gandhi ne connaît pas de démenti; il est le chef bien plus d’une

église que d’un parti; s’il disparaît tout s’effondre. Il a fondé lui

aussi son ermitage; tandis que les abris s’y édifiaient, il a reçu en

même temps que ses disciples l’hospitalité de Santiniketan. Les enfants

préparaient un pique-nique, ils prièrent ces nouveaux camarades de

partager leur partie de plaisir; mais aucun des invités n’osa demander

une autorisation au maître; ils reçoivent des directions, les suivent,

sans poser une question. Déjà ici la docilité des étudiants surprend;

ils écoutent, ils obéissent docilement, timidement. Avec une pareille

élite et, par derrière, la masse du peuple illettrée, misérable,

affamée, superstitieuse, dont toutes les décisions sont d’abord soumises

à l’astrologue, comment former un seul peuple, et libre?

Les méthodes même de résistance paraissent puériles à Tagore; la prison

et ce trop facile martyre le blessent dans sa fierté, et la croisade de

non-coopération contre l’Occident fait bondir l’international qu’il

croit, qu’il veut être; car national et patriote, malgré lui, en dépit

de toutes ses déclarations, de tous ses principes, de toute sa volonté,

il demeure. Non seulement il chérit l’Inde, mais, le Bengale et

particulièrement le Bengale oriental, les petites patries dans la

grande. En peut-il être autrement, et ne peut-on rêver une vaste

fédération humaine que chaque pays enrichirait du trésor de ses

expériences particulières?

En attendant la réalisation de ces rêves, j’ai lu hier dans une revue

hindoue une longue analyse d’un article sur la question de la «couleur».

Et, ma foi, si un jour, tous ces noirs et ces jaunes et ces rouges que

nous avons dédaignés, méprisés, poursuivis, torturés, assassinés, (sans

que rien nous prouve que ces horreurs ne se répètent encore en quelques

coins), si tous ces gens de couleur après avoir dit et redit: «Nous

sommes plus nombreux, plus forts, plus prolifiques que les blancs, nous

apprenons leurs méthodes» se mettent à les appliquer, nous blancs

pourrions voir quelque chose. De pareilles lectures donnent la petite

mort et c’est monnaie courante dans toute l’Asie.

Le temps s’est couvert, les nuages qui courent dans le ciel nous valent

des couchers de soleil merveilleux, ce n’est plus la splendeur unique de

l’astre s’abîmant derrière l’horizon, mais un éventail de couleurs,

comme des voiles tendus, des métaux embrasés, des ailes éployées, on

n’en peut décrire la splendide variété, on regarde et on dit: oh! Ce

matin Joseph nous appelle, les bras en l’air, émerveillé; il pleut par

larges gouttes et tandis que je vous écris l’averse continue. Déjà

quelques manguiers sont en fleurs, c’est le moment de la pleine lune,

nuits merveilleuses.

Et enfin, depuis deux jours nous sommes sans pain. On s’y fait.

* * * * *

_Vendredi 13 janvier._--Nous avions convenu des derniers détails pour

l’expédition du lendemain. Nous avions hésité quant à l’heure du départ:

7 h. 1/2, un peu tôt; 8 heures sera bien. Et ce lendemain nous nous

mettions en route à 11 heures moins le quart. Cette habitude

occidentale, qu’on ne peut perdre, de prévoir et de vouloir organiser!

Nous partions à cinq, nous emmenions avec nous la jeune danseuse

philosophe et nos deux domestiques seulement. Il convient d’être modeste

par ce temps de bolchevisme. C’est pourquoi aussi, pour rester

vingt-quatre heures à Kendouli, nous n’avions avec nous que deux caisses

de vaisselle, de mangeaille, deux lanternes, notre couchage, une chaise

percée et un pot de chambre, deux tabourets, etc. etc... Mais, pour ce

voyage de vingt-deux milles, nous avons mis dix heures, coupées par une

halte au Dak bangalow (bangalow de la poste) d’Ilambazar où nous avons

passé la nuit. C’est à quatorze milles d’ici; nous y sommes arrivés par

une route vraiment assez bonne. L’endroit est charmant; à côté du Dak,

un petit cimetière où est enterrée toute une famille Erskine, autrefois

propriétaire d’une fabrique d’indigo; à côté de leur tombe celle plus

petite de leur chien et celle minuscule de leur perroquet. Au moment de

la résurrection, ils soulèveront tous en même temps, de la main, de la

patte et du bec, la pierre de leurs tombeaux.

Voyager en voiture à buffles n’est jamais drôle, mais quand il s’agit de

circuler sur la route d’Ilambazar à Kendouli, cela devient tout

simplement affreux; il n’y a pas de chemin sur terre qui ressemble à

cela. Dans les parties mêmes qui traversent les villages, il s’agit de

franchir des buttes de quelque quatre-vingts centimètres ou des ornières

si profondes que la voiture frotte sur la route; personne ne s’avisera

d’un coup de pelle ou de pioche. Et ce n’est rien en comparaison de ce

qui vous attend pour rejoindre, à Kendouli même, le champ où les tentes

sont dressées; pour cela le char se lance au travers des rizières,

petits enclos circonscrits par des diguettes de quarante à cinquante

centimètres. Vous imaginez, non, vous ne pouvez imaginer ces sauts et

ces soubresauts, ces cahotements, ces renversements auxquels sont soumis

les malheureux patients, étendus sur la paille des voitures. Comment

n’est-on pas brisé? Je ne m’étonne plus que tant de gens ici n’aient

jamais osé affronter le voyage. Mais la foire de Kendouli justifie tout.

Tous les ans soixante à soixante-dix mille personnes accourent de toutes

parts pour célébrer le poète Jayadeva, l’auteur de ce _Gita Govinda_ que

Courtillier a traduit en français. Après lui, quatre siècles environ,

dans ce même Kendouli, un autre mystique, Chaitanya, fondait un

ermitage; savant d’abord et poète, il s’adonna ensuite exclusivement à

l’extase. C’est dans ce lieu que, depuis six ou sept siècles, chaque

année, de tous les coins de l’Inde les pèlerins accourent pour célébrer

ces deux grandes mémoires. Chaitanya y a son tombeau. Le site est beau,

dominant la rivière Ajaya qui déjà maintenant ne couvre guère que le

dixième de son lit et qu’on peut traverser à pied dans toute sa largeur.

A un mille de distance on entendait déjà le bruit des chants et des

musiques; les paillotes, les abris, ne laissent qu’un faible passage

encombré par une foule formidable; des gens sont installés au milieu du

chemin, et je ne sais comment nos voitures ont pu circuler au milieu de

ce grouillement. Nous étions, comme vous pensez bien, les seuls

Européens; je ne crois pas que beaucoup d’autres y soient venus avant

nous; on visite les villes, alors que l’âme de l’Inde n’est vraiment et

aisément accessible que dans ces occasions-là.

Nos tentes ont été dressées par des artistes de l’école et quelques

autres jeunes gens, dont le médecin, venus dès le commencement des fêtes

pour assurer un vague service sanitaire; vague, car, pour cette

multitude, je ne crois pas qu’on ait préparé les plus élémentaires

latrines; mais, de l’autre côté de la rivière, l’immense banc de sable

en aura tenu lieu; le soleil et les corbeaux auront fait le nettoyage.

Les volontaires de Santiniketan ont balayé les épluchures et les

feuilles qui servent d’assiettes et les papiers gras; il leur a fallu un

certain courage et un beau mépris des observances de castes. Ils étaient

là aussi pour combattre quelque brusque apparition de choléra, toujours

possible sous ce climat, avec cette foule si complètement étrangère à

nos moindres précautions d’hygiène. Nos tentes étaient voisines; ils

nous ont veillés, soignés, entourés comme des fils. Surtout, ils ne nous

ont pas laissés circuler seuls.

Et maintenant, je voudrais vous décrire le spectacle pour lequel nous

étions venus, et c’est terriblement difficile; tous ici sont à la fois

acteurs et spectateurs, chacun participe à la cérémonie; il y a des

boutiques où on s’arrache les gâteaux frits, les légumes que l’on fera

cuire sur son trou de feu, si on peut appeler boutiques les auvents

constitués par les chars à buffles renversés, les marchandises étalées à

l’abri du char et des brancards; il y a, au bord de l’eau, tout un

quartier de paillotes légères, faites de brins de paille et de bambous à

peine croisés; il y a une place entourée de palissades où, pendant toute

la fête, trois jours, on nourrira les pauvres; et les temples, et la

rivière où se baignent et jouent et font leur lessive, tout le jour

durant, des milliers et des milliers de pèlerins; il y a les récitants

des poésies de Jayadeva, de la vie de Krishna, et de celle de Chaitanya

que nous n’avons pas entendus parce que, pendant vingt-quatre heures, à

part une courte visite aux temples, et quelques petites heures de

sommeil, nous avons vécu assis par terre, déchaussés, au milieu de la

foule de plus en plus sympathique, écoutant, regardant les Baouls.

Ils se tiennent presque tous sous les figuiers banyans, qu’on a laissés

pousser, qui ont pu laisser tomber, de leurs branches dans le sol, des

racines qui sont devenues des troncs à leur tour, des banyans

prodigieux; ce ne sont plus des arbres, mais des constructions vivantes,

des temples aux centaines de piliers que le vent fait frémir, ou bien

des grottes, ou quelque extraordinaire cascade qui se serait solidifiée;

le tronc, qui est fait d’innombrables troncs se mêlant, s’entrecroisant,

se tordant, s’étreignant dans un désordre, un chaos, une force

apocalyptiques, s’étend aussi comme un rideau; des branches formidables

sont sorties des racines qui sont devenues des colonnes et cela s’étend

et cela marche; c’est tout un monument, l’architecture effarante d’un

arbre monstrueux.

Là-dessous, nous nous asseyons; les gens nous font place, tout en avant;

et, les uns après les autres, comme la fantaisie leur en vient et

l’inspiration, les Baouls commencent à accorder leur instrument dont

l’unique corde est maintenue en bas dans une sorte de bol de cuivre. Ils

chantent; variations infinies sur des thèmes toujours les mêmes et peu

nombreux: Dieu est unique, quelque nom qu’on lui donne, Krishna,

Vishnou, Brahma, et celui des Musulmans et celui des Chrétiens; il n’a

pas de temples, ce n’est pas avec les yeux du corps qu’on peut le voir;

tout être humain a le même droit devant lui (ils ne reconnaissent pas la

caste). Pourquoi des temples? Notre corps est le temple de la divinité;

c’est là que nous devons faire qu’elle se plaise, par nos chants, nos

danses, la béatitude de l’amour universel; Dieu nous aime, nous aimons

Dieu, exaltation mystique qui a besoin de se traduire par des chants et

des danses. De temps en temps, de la foule un cri s’élève auquel la

foule se joint: Hari bole, dites le nom d’Hari; ou bien Hari jai, vive

Hari. Et lorsque le chanteur peu à peu s’excite, se lève et se met à

danser, le spectacle est réellement extraordinaire. Un d’eux, Gopal

Khepa (Gopal le toqué; Gopal est le nom de Krishna, toqué est l’état du

Baoul; on ne les appelle pas par leur nom) nous avait pour ainsi dire

adoptés; il chantait, les bras levés, tenant son instrument contre son

oreille, comme enivré de sa musique et de son chant, vraiment émouvant.

Le soir jusqu’à minuit, sous la lune à peine décroissante, ils

continuaient tous à exalter le Dieu universel, endormis à moitié, la

gorge rauque, car le chant ne doit pas s’interrompre. Autour d’eux les

gens par milliers, tout enveloppés dans leur vêtement blanc, allongés

sur le sol, dormaient comme des morts dans leur linceul. Je n’oublierai

jamais cette vision.

Nous n’avons guère interrompu cette longue séance que pour aller voir

les temples, les Kalis sanglantes aux huit bras, avec leurs colliers de

crânes humains, la langue rouge sortant de la bouche, marchant sur un

Siva tout blanc, un fétiche absolument hideux. Comme nous nous arrêtions

près du temple, entre un yogi frotté de cendres, reposant sur son cou,

tout son corps relevé au-dessus de sa tête, et un autre étendu sur son

lit de clous, tous deux marmottant sans un moment de répit «Sita-Ram»

avec un air d’orgueil monstrueux qu’ils n’arrivent pas à dissimuler,

quelques jeunes gens se mirent à chanter _Bande mataram_ (le chant

national, défi à l’Angleterre); un mot d’ordre passa, les cris

immédiatement s’arrêtèrent, et la foule qui, déjà nombreuse, nous

escortait, s’épaissit encore.

Le directeur du temple arrive (il en est le propriétaire ainsi que du

village entier; son prédécesseur a été assassiné l’an passé, tant sa

main était lourde et avide); il ignore tout; mais quelqu’un sachant le

_Gita Govinda_ s’offre à le réciter, on sort les livres, on nous fait

asseoir dans de beaux fauteuils, en face du mahant (le directeur) et de

son intendant. Le savant tout nu, le corps et la figure couverts de

signes et de taches rituels, à côté de l’autre monsieur savant qui dans

sa chaise, avec ses lunettes, se délecte à la lecture du glorieux poème;

un jeune garçon aussi peu vêtu arrive et se met à le chanter. Et vous

imaginez la foule alentour! On ne nous a pas photographiés, c’est

dommage.

Le lendemain matin, levés avec le soleil, une bonne douche sous la

tente, le déjeuner servi avec tout le cérémonial dû aux sahibs. Où sont

les déjeuners de montagne? Cette vie d’ici gâterait les meilleurs! Mais

l’importance de Joseph est en raison directe de l’importance de Master

et Memsahib; rien à faire contre cela. Nous retournons près des arbres

et nous revoilà accroupis en avant de cette même foule; j’ai dû changer

mes bas et ceux-ci sont déjà pleins de bouse de vache. Une dame à côté

de moi me tend une brochure; elle en fait hommage au sahib «si intéressé

dans leur religion»; c’est une vie de Jayadeva. Elle y fait inscrire son

nom. Je demande--par signes--à Gopal Khepa d’y signer le sien, il me

fait comprendre qu’il ne sait pas écrire, mais qu’il sait interpréter

les arbres, la nature, la vie et qu’il les chante. Il nous regarde avec

ses yeux pleins d’une flamme et d’une langueur singulières, sommeil et

exaltation mystique tout à la fois. Et il faut s’en aller, non sans se

défendre d’un yogi, barbouillé de cendres, qui nous rappelle Max Jacob.

Singulière confrérie que celle de ces Baouls, chanteurs errants, et

quelle fascination que la leur sur les âmes! Il y avait parmi eux un

parfait babou à lunettes dorées, parlant anglais--disciple d’une madame

Baoul, car les femmes sont admises et très honorées. Nous nous creusons

la cervelle pour retrouver à quelle femme de chez nous cette madame

Baoul ressemble, avec ses yeux malins et brillants, sa figure fine, un

peu pointue; certainement nous l’avons vue à Paris. Il y avait aussi un

petit marchand qui a chanté et dansé, se payant ainsi trois jours de

folie. Et tout ce monde-là voudra demain être électeur.

Nous sommes rentrés le soir à 9 h. 1/2, étant partis à 11 h. 1/2; notre

petit cocher dormait sur ses buffles et, sous la capote de joncs

tressés, sur la paille, nous gisions comme des morts. A la nuit

tombante, quelques milles faits à pied d’un bon pas nous ont pour un

instant réveillés, et d’autant plus qu’un serpent long et dégoûtant a

traversé la route jusque sous mes pieds. Les horribles animaux! Remontés

dans le char, nous sommes retombés dans notre torpeur. Enfin, la maison,

le chat, fou de nous revoir, de l’eau pour la douche, une tasse de thé,

le lit enfin, et un sommeil de dix heures dans des draps.

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Dans l'Inde (de Ceylan au Népal) · 第 11 / 44 题