Lors même qu'à force de talent, de chance ou d'énergie, une femme a
réussi, avec ses seules ressources, à s'assurer une vie indépendante et
honorable, franchement, son isolement nous fait peur. Car il n'y a pas à
le nier: elle est hors de sa fonction véritable, hors de sa destinée.
Mme Émile de Girardin la comparait à un rosier stérile. Et, en réalité,
pour se faire un nom dans une carrière libérale, elle doit s'arracher le
coeur et faire taire le cri de ses entrailles. Quel sacrifice! Et si,
renonçant au mariage, elle n'a point la force de renoncer à l'amour,
quel sera cet amour sans dignité, sans sûreté, sans lendemain? La femme
éminente que je citais tout à l'heure a fait à cette question effrayante
une réponse qui ne l'est pas moins: «La terreur de l'enfant, qui
resterait à sa charge, glace ses baisers.»
C'est pourquoi nous avons entendu certaines féministes exaltées clamer,
d'une voix furieuse, qu'il est injuste que l'homme ait les plaisirs de
l'amour et la femme les douleurs de la maternité. Libre aux naïves et
aux stupides de se résigner encore à enfanter: c'est leur affaire. Mais
une «intellectuelle», digne de ce nom, doit imposer silence au cri
obscur de l'instinct. L'horreur de l'enfant est une conséquence
naturelle du féminisme intransigeant.
A tout prendre, je préfère à ces divagations le célibat ingénu, triste,
farouche, des vierges froides et têtues qui repoussent, comme une
souillure, tout contact avec l'homme. Et pourtant, elles devraient se
dire qu'aucun livre, aucun chef-d'oeuvre, aucune science ne pourra
jamais faire d'une jeune fille une véritable femme; car c'est là, comme
le remarque une Italienne spirituelle, Mme Neera, «un privilège que Dieu
a transmis directement à l'homme»: ce dont je voudrais, pour ma part,
qu'il se montrât plus conscient, plus reconnaissant et plus fier.
Ainsi donc, soit par le surmenage cérébral et la ruine de la santé
qu'elles supposent chez les meilleures, soit par l'appréhension de la
maternité et la peur de l'enfant qu'elles impliquent chez les pires,
l'étude immodérée et l'émancipation excessive des femmes sont un vol
commis au préjudice de l'humanité future. Voilà pourquoi les progrès du
féminisme, lorsqu'ils outrepassent les limites de la raison, nous
semblent périlleux et inquiétants.