IV

Résumons-nous. Les partisans de l'union libre reconnaissent à l'homme et

à la femme le droit de chercher le bonheur ici-bas aux dépens de

l'enfant. Pour eux, le mariage ne doit être qu'une communauté de

jouissances, une association de plaisir assortie par l'amour. Ne

permettre à deux êtres, brûlants de passion, de s'unir et de vivre que

pour l'enfant, leur semble une abomination. Est-il juste, s'écrient-ils,

de subordonner l'adulte à l'embryon, le papillon à la chenille, la fleur

à la graine, l'individualité formée au germe qui, peut-être, ne le sera

jamais? «Deux amants, écrit Mme Camille Pert, doivent-ils briser leur

vie, étouffer leurs aspirations, s'astreindre à un joug insupportable,

uniquement à cause de cet être qui est né d'eux par hasard?»

Assurément, hommes et femmes ne se marient que pour être heureux l'un

par l'autre. L'espoir d'une félicité mutuelle les anime, les échauffe et

les rapproche. Au fond du mariage, il y a une aspiration ardente vers le

bonheur. Mais à côté de la volupté cherchée, il y a autre chose dans

cette promesse solennelle échangée devant Dieu et devant les hommes. Il

y a une pensée d'avenir et de perpétuité; il y a l'auguste dessein de

transmettre la vie, de se prolonger dans le temps, de continuer la

création, de fonder une famille. La naissance de l'enfant est donc la

fin suprême du mariage.

«L'enfant est une lourde charge, dit-on encore; il est l'occasion de

mille tourments, de mille sacrifices, de mille chagrins.».--C'est vrai;

mais la nature a pris soin d'alléger ce fardeau et d'adoucir ces peines,

en mettant la gaieté dans le regard espiègle et ingénu des enfants, la

candeur sur leur front, la plus charmante musique sur leurs lèvres, la

souplesse et la grâce dans leurs mouvements. Ils sont l'amusement, la

joie et la vie du foyer, en attendant qu'ils deviennent l'orgueil et la

consolation de leurs parents vieillis. Voyez les ménages sans enfants:

leur tristesse fait songer aux nids abandonnés, qui ne connaîtront

jamais le babil et la chaleur des jeunes couvées. Point de bonheur

complet sans le doux lien de chair que font, autour du cou des père et

mère, les bras caressants du nouveau-né. L'union des époux est comme

scellée, rajeunie, renouvelée par la naissance des chers petits.

Mais l'enfant ne doit pas être accueilli seulement comme une

bénédiction. C'est un dépôt sacré, source de nombreuses et graves

obligations. Puisqu'il n'existerait pas si les parents ne lui avaient

donné la vie, puisqu'il est leur oeuvre, le fruit de leur coopération,

l'héritier de leur sang, rien de plus juste qu'ils en répondent;

d'autant mieux qu'ils ont pris l'engagement formel, devant eux-mêmes, de

le chérir et de l'élever. L'abandonner serait une lâcheté; le négliger,

une faute; le haïr, un crime. Dès que l'enfant paraît au jour, les époux

ne s'appartiennent plus. Un devoir nouveau les lie l'un à l'autre,

devoir voulu par anticipation, accepté dès le début du mariage, consenti

sous serment devant l'autorité civile et l'autorité religieuse. Sans

eux, l'enfant ne serait pas né; sans eux, l'enfant ne pourrait pas

vivre. A eux de compléter l'existence qu'ils ont créée. Ils l'ont

promis: c'est le devoir. Tant pis si la passion satisfaite s'est

refroidie, si la vie commune est douloureuse! Les époux n'ont pas le

droit de sacrifier un innocent à leur plaisir. On ne doit se résigner à

une séparation qu'à la dernière extrémité. Ayons le respect de l'enfant!

Ayons pitié de l'enfance!

Dans un discours fameux prononcé au Reichstag le 6 février 1892, un des

chefs du socialisme allemand, Bebel, a dit fort justement: «Là où se

portera la femme pour le grand mouvement social, là sera la victoire.»

Aujourd'hui donc, la femme a une option décisive à exercer, une

détermination très grave à prendre. D'un côté, le féminisme

révolutionnaire lui ouvre des perspectives infinies d'indépendance et

d'égalité. De l'autre, la tradition sociale lui prêche l'accord,

l'union, la paix avec l'homme dans la diversité des rôles et des

fonctions. Qui écoutera-t-elle? Qui suivra-t-elle? Nous n'avons point

qualité pour répondre. A elle de choisir! L'avenir du monde est aux

mains des femmes.

Le féminisme français II: L'émancipation politique et familiale de la femme · 第 172 / 201 题