Résumons-nous. Les partisans de l'union libre reconnaissent à l'homme et
à la femme le droit de chercher le bonheur ici-bas aux dépens de
l'enfant. Pour eux, le mariage ne doit être qu'une communauté de
jouissances, une association de plaisir assortie par l'amour. Ne
permettre à deux êtres, brûlants de passion, de s'unir et de vivre que
pour l'enfant, leur semble une abomination. Est-il juste, s'écrient-ils,
de subordonner l'adulte à l'embryon, le papillon à la chenille, la fleur
à la graine, l'individualité formée au germe qui, peut-être, ne le sera
jamais? «Deux amants, écrit Mme Camille Pert, doivent-ils briser leur
vie, étouffer leurs aspirations, s'astreindre à un joug insupportable,
uniquement à cause de cet être qui est né d'eux par hasard?»
Assurément, hommes et femmes ne se marient que pour être heureux l'un
par l'autre. L'espoir d'une félicité mutuelle les anime, les échauffe et
les rapproche. Au fond du mariage, il y a une aspiration ardente vers le
bonheur. Mais à côté de la volupté cherchée, il y a autre chose dans
cette promesse solennelle échangée devant Dieu et devant les hommes. Il
y a une pensée d'avenir et de perpétuité; il y a l'auguste dessein de
transmettre la vie, de se prolonger dans le temps, de continuer la
création, de fonder une famille. La naissance de l'enfant est donc la
fin suprême du mariage.
«L'enfant est une lourde charge, dit-on encore; il est l'occasion de
mille tourments, de mille sacrifices, de mille chagrins.».--C'est vrai;
mais la nature a pris soin d'alléger ce fardeau et d'adoucir ces peines,
en mettant la gaieté dans le regard espiègle et ingénu des enfants, la
candeur sur leur front, la plus charmante musique sur leurs lèvres, la
souplesse et la grâce dans leurs mouvements. Ils sont l'amusement, la
joie et la vie du foyer, en attendant qu'ils deviennent l'orgueil et la
consolation de leurs parents vieillis. Voyez les ménages sans enfants:
leur tristesse fait songer aux nids abandonnés, qui ne connaîtront
jamais le babil et la chaleur des jeunes couvées. Point de bonheur
complet sans le doux lien de chair que font, autour du cou des père et
mère, les bras caressants du nouveau-né. L'union des époux est comme
scellée, rajeunie, renouvelée par la naissance des chers petits.
Mais l'enfant ne doit pas être accueilli seulement comme une
bénédiction. C'est un dépôt sacré, source de nombreuses et graves
obligations. Puisqu'il n'existerait pas si les parents ne lui avaient
donné la vie, puisqu'il est leur oeuvre, le fruit de leur coopération,
l'héritier de leur sang, rien de plus juste qu'ils en répondent;
d'autant mieux qu'ils ont pris l'engagement formel, devant eux-mêmes, de
le chérir et de l'élever. L'abandonner serait une lâcheté; le négliger,
une faute; le haïr, un crime. Dès que l'enfant paraît au jour, les époux
ne s'appartiennent plus. Un devoir nouveau les lie l'un à l'autre,
devoir voulu par anticipation, accepté dès le début du mariage, consenti
sous serment devant l'autorité civile et l'autorité religieuse. Sans
eux, l'enfant ne serait pas né; sans eux, l'enfant ne pourrait pas
vivre. A eux de compléter l'existence qu'ils ont créée. Ils l'ont
promis: c'est le devoir. Tant pis si la passion satisfaite s'est
refroidie, si la vie commune est douloureuse! Les époux n'ont pas le
droit de sacrifier un innocent à leur plaisir. On ne doit se résigner à
une séparation qu'à la dernière extrémité. Ayons le respect de l'enfant!
Ayons pitié de l'enfance!
Dans un discours fameux prononcé au Reichstag le 6 février 1892, un des
chefs du socialisme allemand, Bebel, a dit fort justement: «Là où se
portera la femme pour le grand mouvement social, là sera la victoire.»
Aujourd'hui donc, la femme a une option décisive à exercer, une
détermination très grave à prendre. D'un côté, le féminisme
révolutionnaire lui ouvre des perspectives infinies d'indépendance et
d'égalité. De l'autre, la tradition sociale lui prêche l'accord,
l'union, la paix avec l'homme dans la diversité des rôles et des
fonctions. Qui écoutera-t-elle? Qui suivra-t-elle? Nous n'avons point
qualité pour répondre. A elle de choisir! L'avenir du monde est aux
mains des femmes.