SOMMAIRE

I.--REVENDICATIONS INNOMMABLES.--CE QUE SERA L'«UNION

FUTURE».--LA LIBERTÉ DE L'INSTINCT--LA RÉHABILITATION DU

LIBERTINAGE.--LA FEMME DEVENUE LA «FILLE».

II.--LES CHAÎNES DU MARIAGE.--PLUS D'ENGAGEMENTS SOLENNELS

SI LA VIE DOIT ÊTRE UN PERPÉTUEL AMUSEMENT.

III.--SUS AU MARIAGE! SUS À LA FAMILLE!--CITATIONS

DÉMONSTRATIVES.--LES DESTRUCTIONS RÉVOLUTIONNAIRES.

IV.--DERNIERS GRIEFS.--LES «NUISANCES DE L'UNION LIBRE»--LE

MARIAGE PEUT-IL DISPARAÎTRE?--APPEL AUX HONNÊTES GENS.

Il est rare que l'homme s'arrête à mi-chemin d'une idée fausse, surtout

lorsqu'elle lui permet de donner carrière à ses appétits sensuels.

L'union libre nous en est un exemple. Non contents de plaider

subtilement en sa faveur, certains écrivains, libérés de tout scrupule

et résolus aux pires audaces, revendiquent, avec une crudité cynique,

l'émancipation des sens et la liberté de l'instinct. Avec ces

publicistes,--anarchistes pour la plupart,--qui poussent l'idée du libre

amour jusqu'à ses conséquences les plus effrénées, la discussion est

inutile. Il suffit d'exposer, même avec discrétion, leurs sophismes et

leurs paradoxes, pour que ceux-ci éveillent dans l'âme des honnêtes

femmes tout le mépris et toute la rancoeur qu'ils méritent.

I

On connaît le mot de Saint-Just: «Ceux-là sont époux qui s'aiment et

aussi longtemps qu'ils s'aiment.» Les partisans du libre amour,--gens de

peu de scrupule,--prennent cette formule à la lettre. Voici le programme

qu'ils assignent à l'«union future» de leurs rêves.

Il faut, premièrement, qu'on y pénètre et qu'on en sorte à volonté, sans

tracas, avec la plus entière facilité. L'union libre sera donc

«multiforme». C'est une demeure que chaque couple se construira selon

ses goûts, un refuge, un abri, que chaque conjoint pourra modifier ou

abandonner à sa guise. Ensuite, il est bien entendu que «toutes les

manifestations de l'amour seront également respectables, même les plus

imprévues.» Et puisque le temps présent nous offre déjà de bons exemples

de «bonheur à trois,» il va sans dire que «la polygamie ou la polyandrie

consentie sera parfaitement admissible.»

Dans ce monde nouveau, la femme est émancipée, comme il convient,

jusqu'à la licence. Elle a «le droit de n'être mère que lorsqu'elle le

veut; elle ne se laisse pas imposer, malgré elle, le fardeau de la

maternité.» Et comme la transmission de la vie doit être volontaire, on

va jusqu'à revendiquer pour elle «le droit officiel à

l'avortement»[143]. On nous affirme même qu'en restaurant les temples,

que les anciennes époques de beauté avaient élevés a Éros et à Vénus, il

s'établira peu à peu une «Science de l'Amour», grâce à quoi l'«Union

future», cessant d'être un mystère douloureux, ne répandra sur les

humains que des joies ineffables[144]. Plus prosaïquement, un romancier

coutumier de toutes les audaces, M. Paul Adam, a émis cette conclusion

dénuée de lyrisme, que «l'amour n'a pas une importance autre que le

manger et la marche,» et que «les peuples finiront par reconquérir le

droit de reproduction[145].»

[Note 143: _La Faillite du mariage et l'Union future_, par M. Joseph

RENAUD, pp. 187, 190, 193, 194, 195, 201 et 205.]

[Note 144: _La Faillite du mariage et l'Union future_, pp. 178, 181 et

183.]

[Note 145: _L'Année de Clarisse_, chap. VIII.]

Que ces idées étranges soient émises par des hommes, on doit en gémir

assurément, sans qu'il faille toutefois en marquer un grand étonnement.

Ces extravagances licencieuses sont une de ces revanches de la Bête

contre l'Esprit, que toutes les époques ont vu se produire avec plus ou

moins de violence et d'éclat. En cela, du moins, notre temps est

particulièrement éprouvé, puisque le dévergondage des moeurs ne le cède

en rien au dévergondage des idées. Et ce qui le prouve bien, c'est que

les revendications les plus osées peuvent se lire en des livres,--rares

encore, Dieu merci!--écrits par des mains féminines. Quant à l'esprit de

cette littérature, nous croyons devoir l'indiquer ici dans sa simplicité

toute nue.

Pour une certaine catégorie de femmes sans préjugés, dont le désir et la

curiosité enfièvrent les sens, l'émancipation consisterait à

s'abandonner librement à ses inclinations amoureuses, afin d'affirmer à

la face du monde qu'on est maître de soi, de son âme, de son coeur--et

du reste. En se donnant volontairement, une femme ne prouve-t-elle pas

qu'elle s'appartient totalement? En conséquence, pourvu qu'elles soient

raisonnées et consenties, les défaillances charnelles sont la marque

d'un être libre, et les faiblesses du coeur elles-mêmes attestent

l'indépendance de l'esprit. On s'élancera donc dans l'amour libre, avec

une décision renseignée, exempte de pudeur, de scrupule et de timidité.

Nous connaissons ce genre de liberté. C'est la liberté cynique du

viveur; et il serait triste, en vérité, que toutes les études, tous les

efforts, toute la culture de la «femme nouvelle» ne servissent qu'à

l'enflammer du désir d'égaler la plus vile et la plus misérable des

libertés masculines, la licence du libertin. Qu'elle vive donc en

garçon,--pardon! en fille,--qu'elle se fasse l'égale de l'homme, non par

en haut, par le travail qui honore, mais par en bas, par l'immoralité

qui dégrade! Seulement qu'elle sache bien que, cela fait, elle ne pourra

plus être la femme qu'on épouse. Qu'apporterait-elle à son mari? Une âme

flétrie et un corps souillé. Et quel honnête homme la voudrait prendre?

Plus de sécurité pour lui, plus de respect pour elle. L'indépendance de

la fille aura tué, en sa personne, la dignité de la femme.

Le féminisme français II: L'émancipation politique et familiale de la femme · 第 128 / 201 题