Ces retouches et ces corrections ne suffisent point à l'esprit novateur
qui tourmente ou affole un trop grand nombre de nos contemporains. C'est
ainsi que des hommes ont réclamé la création d'un «concubinat légal.» Il
faut dire quelques mots de cette étrange proposition.
Et d'abord, on a parlé de créer à côté du mariage, pour ceux qui
trouvent cette union trop rigide et trop gênante, une sorte d'union
parallèle, un type légal plus simple et plus souple, quelque chose comme
l'ancien «concubinat» des Romains. On se flatte, par cette restauration
d'une institution païenne, de régulariser, de légaliser, de relever dans
l'opinion publique, le concubinage mal famé qui fleurit dans
l'atmosphère malsaine des mauvaises moeurs parisiennes.
Disons tout de suite que cette expérience n'a pas tourné précisément à
l'honneur de l'ancienne Rome. Puis, la reconstitution de cette espèce de
sous-mariage ne me paraît pas d'esprit très démocratique. Fractionner
l'institution conjugale, c'est appeler forcément la comparaison entre le
mariage d'en haut et le mariage d'en bas. Les Romains n'ont jamais
traité avec la même faveur la concubine et la matrone. Il y aura le
mariage des honnêtes gens et celui des autres. Enfin à quoi bon investir
ce dernier d'une sanction légale? Nous savons le peu de considération
dont le faux ménage est entouré: on le tolère, on le plaint, beaucoup
lui jettent l'anathème. A coup sûr, ce n'est pas l'estampille de l'État
qui le réhabilitera dans l'esprit des Français.
J'estime pourtant que, parmi ces unions irrégulières, contractées sans
l'intervention des autorités religieuse et civile, il en est qui
méritent le respect. De longues années de vie commune et de fidélité
réciproque ont lié si fortement ces unions libres, qu'il ne leur manque
plus que le sceau officiel du mariage légal. Mais alors ces faux ménages
auraient tort de se plaindre des privilèges attachés à l'union
régulière. Libre à eux d'en solliciter la consécration. Pourquoi
refuseraient-ils d'élever leurs enfants naturels à la dignité d'enfants
légitimes? Pourquoi hésiteraient-ils â se reconnaître pour mari et femme
devant le représentant de la loi? De deux choses l'une: si le mariage
leur fait envie, qu'ils se marient. Le mariage civil n'a rien qui puisse
effrayer une conscience incrédule. Que si, au contraire, le mariage leur
répugne, rien ne les force à s'unir devant M. le Maire. Accessible à
tous, le mariage n'est obligatoire pour personne. Les récriminations des
mécontents n'ont donc pas la moindre raison d'être. Cherchons autre
chose.