IV

Ces retouches et ces corrections ne suffisent point à l'esprit novateur

qui tourmente ou affole un trop grand nombre de nos contemporains. C'est

ainsi que des hommes ont réclamé la création d'un «concubinat légal.» Il

faut dire quelques mots de cette étrange proposition.

Et d'abord, on a parlé de créer à côté du mariage, pour ceux qui

trouvent cette union trop rigide et trop gênante, une sorte d'union

parallèle, un type légal plus simple et plus souple, quelque chose comme

l'ancien «concubinat» des Romains. On se flatte, par cette restauration

d'une institution païenne, de régulariser, de légaliser, de relever dans

l'opinion publique, le concubinage mal famé qui fleurit dans

l'atmosphère malsaine des mauvaises moeurs parisiennes.

Disons tout de suite que cette expérience n'a pas tourné précisément à

l'honneur de l'ancienne Rome. Puis, la reconstitution de cette espèce de

sous-mariage ne me paraît pas d'esprit très démocratique. Fractionner

l'institution conjugale, c'est appeler forcément la comparaison entre le

mariage d'en haut et le mariage d'en bas. Les Romains n'ont jamais

traité avec la même faveur la concubine et la matrone. Il y aura le

mariage des honnêtes gens et celui des autres. Enfin à quoi bon investir

ce dernier d'une sanction légale? Nous savons le peu de considération

dont le faux ménage est entouré: on le tolère, on le plaint, beaucoup

lui jettent l'anathème. A coup sûr, ce n'est pas l'estampille de l'État

qui le réhabilitera dans l'esprit des Français.

J'estime pourtant que, parmi ces unions irrégulières, contractées sans

l'intervention des autorités religieuse et civile, il en est qui

méritent le respect. De longues années de vie commune et de fidélité

réciproque ont lié si fortement ces unions libres, qu'il ne leur manque

plus que le sceau officiel du mariage légal. Mais alors ces faux ménages

auraient tort de se plaindre des privilèges attachés à l'union

régulière. Libre à eux d'en solliciter la consécration. Pourquoi

refuseraient-ils d'élever leurs enfants naturels à la dignité d'enfants

légitimes? Pourquoi hésiteraient-ils â se reconnaître pour mari et femme

devant le représentant de la loi? De deux choses l'une: si le mariage

leur fait envie, qu'ils se marient. Le mariage civil n'a rien qui puisse

effrayer une conscience incrédule. Que si, au contraire, le mariage leur

répugne, rien ne les force à s'unir devant M. le Maire. Accessible à

tous, le mariage n'est obligatoire pour personne. Les récriminations des

mécontents n'ont donc pas la moindre raison d'être. Cherchons autre

chose.

Le féminisme français II: L'émancipation politique et familiale de la femme · 第 92 / 201 题