Lady Jane Grey pendant l'année 1551.—Sa grâce avec les seigneurs,
son érudition avec les humanistes.—Ardeur de Jane pour
l'étude.—Aylmer.—Sadder.—Bucer, Vermigli: leurs portraits.—Par ces
deux réformateurs Jane connaît Bullinger.—Elle fait amitié avec
lui.—Les trois lettres de la princesse au réformateur conservées
dans la bibliothèque de Zurich.—Bullinger.—Sa doctrine, sa vie,
ses correspondances.—Quel pouvait être le lien entre Jane Grey et
Bullinger? la théologie.—Missions du pasteur de Zurich à travers
la Suisse.—Son influence sur Jane Grey.—Son portrait.—Une remarque
d'Aylmer.—L'étude ne suffit plus à Jane.
L'année 1551, où Roger Ascham visita le duc de Suffolk à Bradgate
et rencontra Jane tout absorbée dans le _Phédon_, fut une année
charmante pour la jeune fille. Lady Jane était en fleur. Son
puritanisme était plein de grâce. Son esprit s'éveillait. Dès qu'on
l'annonçait à Greenwich ou dans toute autre résidence royale, elle
était un événement. Elle plaisait à tous et surtout à Édouard VI. Le
monarque adolescent consultait Jane. Elle lui donnait des conseils.
Elle discutait avec la princesse Élisabeth. Elle évitait l'aigre
contradiction de la princesse Marie, qui prenait avec elle, avec
Élisabeth et avec Édouard, des airs de marâtre. Elle était ingénue,
pensive, recueillie, mais elle n'était pas sauvage. Elle avait en elle
une assurance candide qui venait de sa naissance, de son intelligence
et de son naturel exquis. Elle changeait de manières et de ton, sans
le vouloir, selon les interlocuteurs. Elle raillait avec Ferrers, le
poëte de la cour; elle badinait avec le jeune lord Hertford, fils du
duc de Somerset; elle encourageait la timidité de Guildford; elle
réprimait les hardiesses de Robert Dudley, depuis comte de Leicester;
elle écoutait avec une pieuse attention l'archevêque de Cantorbéry,
Cranmer, et elle engageait des correspondances soit avec Ascham, soit
avec Aylmer, soit avec Bullinger.
Ce réformateur était l'un des favoris de Jane. Nous avons d'elle trois
lettres à cet ami de Zwingle. Elles sont conservées soigneusement
dans la bibliothèque de Zurich, où je les ai vues et touchées avec
attendrissement. L'écriture en est ferme, nette, lumineuse et lyrique.
Jane avait quatorze ans (1551) à l'époque de la première, quinze ans à
l'époque de la seconde (1552), et seize ans à l'époque de la troisième
(1553).
C'est pendant ces trois années que Jane Grey redoubla de curiosité
intellectuelle.
Il y avait alors parmi les pasteurs du Leicestershire un théologien que
Jane estimait autant qu'elle aimait Aylmer. Ce théologien se nommait
Sadder. Si Jane le consultait, il répondait modestement le mot juste
et se taisait ensuite, tandis qu'Aylmer faisait de ce mot un discours
éclatant.
Ces deux hommes ressemblaient aux deux horloges que les inventaires de
Bradgate décrivent entre les meubles du château. L'une de ces horloges
marquait les heures muettes sur le cadran avec l'aiguille; l'autre
horloge marquait et sonnait les heures avec l'aiguille et avec le
marteau d'acier. Aylmer avait une double faculté, ce qui le rendait
supérieur à Sadder: mais dans leur contraste, ces hommes, dont l'un
avait de l'intelligence et l'autre du talent, étaient les horloges
morales de Jane et lui donnaient l'heure de la pensée, lorsqu'ils
étaient d'accord. Lorsqu'ils différaient, Jane leur venait en aide et
surpassait leur science par son instinct.
Voilà les docteurs de Jane à Bradgate; à Londres, elle eut Cranmer,
Bucer, Vermigli et beaucoup d'autres. Jane se plaisait à la discussion
entre ses amis les théologiens et les humanistes. Cela prouve combien
elle était jeune. Elle ne méprisait pas encore la discussion dont le
mobile est si souvent la vanité des interlocuteurs et où tout se dit
pour la galerie, rien, presque rien pour la vérité en elle-même.
L'intérêt sérieux ne commence que lorsque la discussion finit. Alors,
au milieu d'un auditoire ennuyé ou épuisé, on ne discute pas avec
soi, on s'affirme Dieu, l'immortalité, l'amour, les seules choses qui
importent. On comprend que les grands essors des peuples vers ces
choses, comme les élans individuels, sont les solutions irréfragables
des plus mystérieux problèmes. On n'est en plein sublime que lorsqu'on
ne discute plus, que lorsqu'on a quitté la plaine et qu'on est dans les
montagnes, ou devant la mer, ou devant l'invisible.
Pour arriver à ces transcendances où l'on ne doute pas, où l'on ne
parle pas, où l'on croit et où l'on admire, Jane recherchait tantôt
la discussion, et, ce qui valait mieux, tantôt la réflexion, tantôt
la simple conversation, tantôt les discours, tantôt la correspondance
de ses maîtres. Après Aylmer et Sadder, Cranmer était l'ami permanent
de la princesse, son oracle autant que le primat révéré de la patrie.
Bucer lui fut la voix de la France et de l'Allemagne libres; Vermigli,
la voix de l'Italie affranchie de la tiare.
Lorsqu'en 1551, Bucer disparut pour toujours, Jane le pleura
douloureusement. Il avait beaucoup occupé et inquiété la raison de la
jeune fille.
Bucer avait la figure franche et pourtant énigmatique. Il était homme
de conscience, mais il aimait les labyrinthes et il préférait à la
ligne droite les détours inextricables.
Tout cela complique sa physionomie. Son front a des sillons qui
s'entre-croisent dans des directions diverses. Ses yeux ne regardent
pas Dieu, ils plongent dans un auditoire. Sa bouche s'exerce en parlant
de l'infini, et ce n'est pas la vérité absolue qu'elle enseigne, c'est
cette vérité pratique, cette vérité moyenne qui peut conduire à une
conciliation. Ses joues pâles retiennent l'empreinte des insomnies que
lui a causées l'anarchie des croyances. Le pli laborieux des sourcils
combine des syllogismes innombrables, et accumule les modifications,
les amendements. La théologie est pour Bucer une suite de protocoles
qui, de négociation en négociation, doivent mener l'esprit humain à la
paix.
Quelle perspective! Jane, charmée par le but autant que par le subtil
improvisateur, applaudissait, et pourtant ces demi-rayons ne lui
suffisaient pas.
Un autre réformateur qu'entendit Jane Grey et l'un des talents qu'elle
admira le plus, fut Pierre-Martyr Vermigli, ami de Bullinger, et que
Cranmer avait placé à Oxford, comme Bucer à Cambridge.
Vermigli avait la beauté d'un orateur, d'un héros et d'un chef
d'Église. Toute sa vie avait été une longue étude, un long voyage et
un long dévouement.
Il était né à Florence, d'une famille noble, et s'était fait moine
augustin. Il savait l'italien, l'anglais, le français, l'allemand,
le latin, le grec et l'hébreu. Il y avait en lui du prodige. C'était
le plus érudit des novateurs; c'en était aussi le plus théologien et
le plus philosophe. Par un hasard merveilleux, il connut Vittoria
Colonna à Naples et Jane Grey à Londres. Plus hardi que Bucer, plus
éloquent et plus savant que Bèze lui-même, il professa, il prêcha à
travers l'Italie, la France, l'Angleterre, sous le poignard, près des
cachots, à la flamme des bûchers, partout intrépide, aussi incapable
de violence que de faiblesse. Il ne croyait pas à la présence réelle
dans l'eucharistie et il ne fut pas celui qui eut le moins d'influence
sur Jane Grey dans l'interprétation de ce dogme formidable. A
l'occasion de la présence réelle, il bravait l'émeute et les tribunaux
ecclésiastiques. Un dimanche, à Oxford, ses amis et ses ennemis,
voulant empêcher l'expression de sa conviction sur la sainte Cène, lui
montrèrent la foule hostile qui encombrait les rues.
«Qu'importe! dit-il; moi qui n'ai pas craint l'inquisition, je ne
crains pas le peuple.» Et il parla.
Zurich fut son dernier asile, et l'amitié de Bullinger son dernier
bonheur.
Rien n'émeut, n'élève et ne moralise comme la méditation de ce
caractère qui soutenait un génie.
Le portrait que nous avons de Vermigli le manifeste tout entier. Son
visage antique fait rêver aux primitifs initiateurs de la grande Grèce
et à Pythagore.
Le front est harmonieux et les nombres en ont tracé les dimensions. Les
yeux semblent répandre à torrents les feux de l'Etna, dont Vermigli
visita deux fois l'ouverture embrasée. La bouche intarissable verse
à flots l'éloquence, non moins que les regards la lumière. Et, chose
fatale, au milieu de ces épanchements, de ces effusions de l'âme, la
chair frémit et les cheveux se hérissent dans une horreur sainte. C'est
que les apostolats se déroulent devant les bûchers qui fument et devant
les haches qui brillent.
Ce furent Bucer et Vermigli qui communiquèrent à l'imagination de Jane
Grey la curiosité de Bullinger. Elle lut deux ouvrages du pasteur de
Zurich: le premier, _De origine erroris_; le second, _De summo gaudio
summoque luctu extremæ diei_.
Jane remonta des livres à l'écrivain et désira entrer en familiarité
avec lui. Pour moi, avant de scruter Bullinger à propos de Jane Grey,
j'avais été touché d'un des derniers traits de la vie du pasteur de
Zurich.
La grandeur du protestantisme à ses origines, c'est non-seulement la
foi, c'est la générosité qui naît de cette foi.
Le protestantisme avait vaincu par la Bible. Il prévoyait des luttes
nouvelles, mais son espérance était sans bornes. Si l'esprit humain,
plus redoutable que le catholicisme, survient à son tour, que fera le
protestantisme? Aura-t-il recours à la force? Brisera-t-il les presses?
Cherchera-t-il à réduire au silence par le despotisme la philosophie?
Non. Contre tous les adversaires présents et futurs, le protestantisme
dans ce coin de la Suisse où Bullinger personnifiait sa puissance
n'exigeait que la libre controverse.
Il est beau de sonder l'âme des apôtres au moment de leur mort, à ce
moment suprême où il ne reste plus qu'une faculté, la conscience. Eh
bien! quel vœu exprimait Bullinger à la veille de retourner vers Dieu?
Quelles leçons laissait-il au gouvernement de Zurich en quittant la
terre?
Quand on décacheta son testament, apporté par ses fils à la
municipalité, voici ce qu'on y lut.
Il remerciait les magistrats de leur zèle pour la propagation de
la piété, la première des vertus, il les remerciait de toutes
les bienveillances dont ils l'avaient comblé pendant près d'un
demi-siècle; puis il ajoutait cette clause magnanime:
«Dieu s'est servi de l'imprimerie pour le triomphe de la vérité; voilà
pourquoi les ennemis de la vérité ont juré une haine implacable à
cette invention, et voudraient soit l'opprimer, soit même l'anéantir.
Gardez-vous d'écouter ces hommes de ténèbres et ne croyez pas que,
sans l'imprimerie, il y aurait moins de troubles et de vices dans le
monde. Souvenez-vous plutôt que nous avons fait plus de bien encore
par la prédication écrite que par la prédication orale, et protégez
l'imprimerie. Ne renoncez jamais à ce noble bienfait de la Providence.»
Souhait viril, digne d'être proposé au respect des gouvernements et des
peuples! Invincible appel à l'héroïsme et à la résignation de l'esprit,
qui doit être toujours préparé soit à imposer, soit à subir la raison,
lorsqu'elle surgit du fond des alphabets humains!
Ce réformateur, le Mélanchthon de Zwingle, que Jane avait deviné à
travers l'espace, essayons de le bien reconnaître à travers le temps.
Henri Bullinger était né en 1504, à trois lieues de Zurich, dans le
canton d'Argovie, à Bremgarten. Tels étaient alors les désordres du
clergé, que Bullinger vivait avec quatre autres frères, des bâtards
comme lui, et sa mère une concubine, sous le toit du presbytère de sa
petite ville. Le curé, qui était le père scandaleux de cette famille,
n'avait perdu pour cette conduite ni l'affection de ses paroissiens,
ni la bienveillance de l'évêque de Constance, son supérieur. Ce curé
irrégulier était, du reste, bon catholique et ferme dans la foi romaine.
Son fils; Henri, étudia d'abord les belles-lettres à Emmerich, dans le
duché de Clèves; puis les saintes lettres à Cologne, où il se distingua
par des succès. Il pénétra la philosophie, la théologie et l'exégèse
avec une promptitude qu'il devait à son intelligence précoce, non moins
qu'à ses notions simultanées du latin, du grec et de l'hébreu.
Dès cette époque, son érudition était immense. Il avait la bibliothèque
de l'Université et la bibliothèque bien plus nombreuse des Dominicains.
Il passait sa vie dans ces monuments de la civilisation universelle,
au milieu de l'entassement des livres et des manuscrits. Chaque rayon
était comme un monde dans ces mondes ensevelis de la science.
Ce fut parmi ces labeurs ardents que le jeune Bullinger lut les œuvres
de Luther. Il fut frappé comme d'un coup électrique. Lui qui possédait
si bien les Pères de l'Église grecque et de l'Église latine, il se
demanda où ces vénérables génies avaient puisé?—A la source des saintes
Écritures, se répondit-il. Et alors il s'écria: «Je sais dorénavant
mon devoir. Les Pères sont bons, mais les deux Testaments sont
meilleurs. La Bible est la fontaine éternelle.»
De retour à Bremgarten, il approfondit ces pensées. Sans le vouloir,
par la seule impulsion de la logique, il substitua le livre sacré à
l'Église, et il devint protestant; plus tard, d'autres réformateurs
n'auront qu'à substituer la raison à la tradition, l'esprit à la
lettre, pour devenir philosophes.
Henri Bullinger, dont la renommée se répandait, fut choisi par Wolfgang
Joner, abbé de Cappel. Bullinger arriva dans ce couvent de Cappel,
voisin de Bremgarten, comme une sorte de Messie. Les moines dissolus
et ignorants, l'abbé tout le premier, furent si charmés de l'éloquence
et de l'onction du jeune novateur qu'ils ne lui résistèrent pas. Ils
prirent la résolution de corriger leurs mœurs, et presque tous se
firent protestants. Ce couvent fut bientôt transformé en un séminaire
de prédicateurs.
Zwingle, ce théologien héroïque, manda auprès de lui Bullinger, qui
avait signalé son début dans la carrière par une telle victoire. Dès
qu'il le vit, il l'aima et en fut aimé. Ils s'entendirent sur tout,
s'avançant plus loin que le grand initiateur de Wittemberg, et rejetant
la présence réelle de l'eucharistie. Bullinger fut en un instant le
disciple le plus cher du pasteur de Zurich.
Par l'influence de Zwingle, le synode nomma Bullinger ministre de
Bremgarten. Le jeune enthousiaste s'empressa de se rendre à son poste,
et, comme à Cappel, il conquit au protestantisme tous ses auditeurs,
c'est-à-dire sa ville natale entière qui abdiqua l'ancien culte.
L'Europe était obligée de prêter son attention à la Réforme, car
l'écroulement des monastères et de l'édifice traditionnel faisait
beaucoup de bruit. En Allemagne et en Angleterre, les biens des
couvents étaient confisqués au profit des novateurs, et partout les
intérêts servaient, comme toujours, dans les révolutions, de ciment aux
idées.
Les spoliations, quoique moindres en Suisse, éveillaient, en même temps
que les prédications, les colères des cantons catholiques. Une guerre
éclata entre eux et les cantons protestants. En 1531, Zwingle périt
dans un combat furieux, et scella de son sang sa doctrine. Bullinger,
chassé de Bremgarten, se réfugia à Zurich. Il y fut accueilli d'un
grand cœur. Ses talents et sa considération croissant avec ses devoirs,
il fut salué comme le successeur de Zwingle. Il ne recula pas devant
l'œuvre que les acclamations publiques lui confiaient.
Cette œuvre, c'était le triomphe du zwinglisme, que le réformateur
magistral de Genève marqua de sa griffe et qu'il changea en calvinisme.
L'audace de Zwingle et de Calvin fut l'adoption du dogme des
sacramentaires, à savoir: l'abolition de la présence réelle dans la
sainte Cène.
Bullinger eut à Zurich la direction de ce grand mouvement.
Il s'occupa non-seulement de prêcher, mais de moraliser. Il obtint la
suppression des enrôlements à l'étranger. Il parla, il agit; il donna
des exemples meilleurs encore que les conseils. Il se multiplia. Il ne
veilla pas qu'aux soins du gouvernement religieux. Il avait compris que
l'instruction publique était la racine de l'arbre de vie. Il l'abreuva
sans repos ni trêve cet arbre, et il le fit fleurir sous les rosées.
Il fonda plusieurs écoles normales de prédicateurs, qu'il distribuait
ensuite avec un tact supérieur là où ils étaient le plus utiles. Ce fut
son infatigable tâche. Il établit partout des chaires d'hébreu et de
théologie. Il fut pendant cinquante années l'âme de la prédication et
de la doctrine dans le canton de Zurich et bien au delà.
Il rédigea en 1564 une _Confession helvétique_. La peste ravageait
les villes et les campagnes. Bullinger vivait au chevet des malades,
au milieu de la mort. Tout en exerçant la charité avec une sainte
imprudence, il grava de sa main le dogme nouveau, afin de laisser une
instruction durable aux survivants, s'il était fauché lui-même en
consolant ceux que le fléau atteignait.
Cette confession mémorable fut adoptée par les théologiens de la Suisse
presque entière avec cette restriction magnifique:
«Avant tout nous déclarons que si l'on nous proposait quelque chose
de meilleur, selon la parole de Dieu, notre ferme propos serait de le
recevoir et de nous y conformer.»
Bullinger se retirait par moments en un ermitage qui avait été
autrefois une chapelle catholique. Cet ermitage, situé entre Cappel
et Bremgarten, dominait une petite vallée étroite, obscure, fendue
d'un torrent qui écume dans la profondeur ténébreuse des rochers et
des arbres. Il y a sous ce toit délabré deux chambres nues. On y monte
par un escalier double dont les marches sont disjointes. L'unique
fenêtre qui surplombe la vallée est ouverte dans l'ogive de la vieille
chapelle, au-dessus de l'abîme rugissant, avec un balcon de bois,
solide ouvrage de quelque artiste de la montagne.
C'est là que Bullinger se recueillait pour ses labeurs innombrables. Il
a écrit plus de quarante volumes soit de sermons, soit de théologie,
soit de polémique, soit d'histoire. Jean de Muller estime très-haut
la chronique de Suisse en quatre tomes in-folio, tracée par le
réformateur. Sa correspondance est prodigieuse, comme celle de Calvin.
Il répondait aux humanistes, aux rois, aux électeurs, aux landgraves,
aux avoyers, au prince de Condé, à Henri VIII, à Christian III, à
Sigismond II, à Édouard VI, et à celle qu'il préférait entre toutes les
princesses, entre toutes les femmes, à Jane Grey.
Les conversations épistolaires de Bullinger et de Jane s'échangèrent
depuis 1551 jusqu'en 1554. Le théologien avait de quarante-sept à
cinquante ans, la jeune princesse de quatorze à seize ans seulement.
Voici à peu près complètes trois lettres de Jane:
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