ANNEE 1214.

_Coment le roy refusa l'aliance des Poitevins pour leur légièreté. Coment

il donna trèves au roy d'Angleterre, et coment il pardonna tout son

mautalent à aucuns des barons qui estoient souspeçonnés de traïson._

Pou passa de jours après que les Poitevins, qui repostement avoient faicte

conspiracion contre le roy, furent merveilleusement espoentés de la

renommée de si grant victoire; et traveilloient en toutes manières coment

il peussent estre réconciliés au roy. Mais le roy qui par maintes fois

avoit esprouvé leur tricherie et leur desloyauté, et bien savoit que leur

amour et leur faveur estoit sans fruit et qu'elle est tousjours à grief et

à dommage à leur seigneur, les refusa, né ne se voult à eux accorder; ains

assembla ses osts et entra hastivement en Poitou où le roy Jehan estoit.

Quant les osts fu venus jusques à un chastel qui est nommé....[288], riche

et fort et bien garni, le visconte de Thouars[289] qui estoit sage homme et

puissant et le plus haut homme de toute Aquitaine envoya messages au roy,

et luy supplièrent qu'il les voulsist recevoir en grace et en amour, ou que

il leur donnast trièves. Et le roy qui, selon sa coustume, avoit adès plus

cher à vaincre ses ennemis par paix que par bataille, reçut le visconte de

Thouars en concorde par la prière le conte Pierre de Bretaigne, cousin le

roy; si avoit la niepce le visconte espousée.

Note 288: Le mot est laissé en blanc dans les meilleurs manuscrits.

Les autres portent: _Chinon_ ou _Roches_, et le latin: «Loudunum.»

Loudun, à cinq lieues de Thouars, vers le Saumurois.

Note 289: Aimery.

Le roy Jehan d'Angleterre, qui lors estoit au pays, à quinze mille[290] du

chastel où le roy estoit, ne savoit qu'il peust faire né devenir; car il

n'avoit lieu né retrait où il peust sauvement fouir, né il ne l'osoit

attendre[291] né issir contre luy à bataille. A la parfin envoya-il ses

messages au roy pour traictier d'aucune paix, ou toutesfois pour empetrer

trièves, sé il peust, en aucune manière. Les messages que il luy envoya

furent maistre Robert, légat de la cour de Rome, et le conte Renoufles de

Lincestre et pluseurs autres haus hommes. Tant fist le légat et les autres

messages que le roy par la débonnaireté de son cuer luy donna trièves qui

durèrent cinq ans; jasoit ce que il eust bien en son ost trois mille

chevaliers et plus, sans le grant nombre des autres sergens et gens à pié

et à cheval, par quoy il peust légièrement et en brief temps prenre toute

Acquitaine, le roy d'Angleterre et toute sa gent.

Note 290: Quinze mille. Latinè: _Septemdecim_.

Les grandes chroniques de France (4/6 ) selon que elles sont conservées en l'Eglise de Saint-Denis · 第 169 / 446 题