Note 207: _De Bonneuil._ Il falloit: _Lillebonne_. «Insulam bonam.»

Et jasoit ce que il eust noble dame espousée de par qui il tenoit la conté

de Bouloigne, de laquelle il avoit eu une fille qui estoit joincte par

mariage à monseigneur Phelippe fils le roy, il ne se tint oncques à

luy[208], ainçois menoit tousjours avec luy concubine appertement. Comme il

fu doncques escommenié, il quist semblable à ses meurs, et fist aliances à

Othon et au roy Jehan d'Agleterre, desquels l'un et l'autre estoit

escommenié de la bouche l'apostole: Othon pour ce qu'il avoit à force saisi

le patrimoine saint Père; le roy Jehan pour ce qu'il avoit chacié de son

siège Estienne, archevesque de Cantorbie, homme honneste et de saincte

opinion, que l'apostole meisme avoit sacré; et pour ce meismement que il

avoit chacié et essillié tous les évesques de son royaume et tous leur

biens tolus et saisis; les rentes des abbayes blanches et noires avoit

saisies et converties en ses propres us: si avoit jà tout ce tenu par

l'espace de sept ans.

Note 208 _Luy._ Elle.

Cil archevesque Estienne et les autres évesques estoient en essil au

royaume de France par la franchise et par la libéralité du roy Phelippe qui

volentiers les y eut receus en grant compassion de leur tribulacion.

Ainçois que le dit conte Regnaut s'aliast à Othon et au roy Jehan

d'Angleterre, requist-il au roy par ses messages le rétablissement de sa

terre et de ses chastiaux. Et le roy luy offrit plaine restitution de tout,

sé il vouloit estre au jugement de son palais et des barons de son royaume.

A ce ne se vouloit acorder, anis requeroit absoluement la saisine de tout

et se metoit hors du jugement de sa court. Et pour ce que le roy ne luy

voult restablir sans ceste condicion, il s'en ala et s'alia aux deux roys;

premièrement à l'empereur Othon, et puis trespassa parmi Flandres jusques

en Angleterre; et, là refist confédération au roy Jehan[209].

Note 209: La _Chronique de Rains_ raconte tout autrement les premiers

motifs du mécontentement du comte de Boulogne, et je pencherois assez

à les croire plus réels. «Avint que li rois tint un parlement à

Montleon, (Laon) et i ot moult de ses barons. Si avint que li quens

Gautiers de Sainct-Pol et li quens Renaus de Bouloigne, qui trop

s'entrehaioient d'armes, s'entreprisrent devant le roy. Tant que li

quens de Sainct-Pol féri le conte Renaus de son poing sous le visage

et le fist tout sanglant. Et li quens Renaus se lancha à lui

vighereusement, mais li haut home se misent entre deus par quoi li

quens de Bouloigne ne se pot vengier, ains se parti de la cour sans

congiet prendre.--Et quant li rois sot que li quens Renaus s'en

estoit ainsi alés, si l'en pesa et bien dist que li quens de

Sainct-Pol avoit eu tort: si li blasma moult. Et envoia frère Garin

et l'évesque de Senlis à lui à Dammartin un sien castiau où il

estoit. Et quant il vint là, si li dist: «_Sire, li rois m'envoie

ci à vous pour le discort qui est entre vous et le conte de

Sainct-Pol dont il li poise, et vous mande qu'il vous le fera amender

à vostre honneur._--_Frère Garin, dit li quens, j'ai bien entendu çou

que li rois me mande par vous, et bien vous tiens-je à ciertain

message. Mais tout voel-je bien que vous sachiés et bien le dites le

roy que sé li sans qui descendi de mon visage à tierre ne remonte de

son gré là dont il issi, pais né accorde ne sera faite...._--_Voire_,

dist frère Garin, _atant m'en tais, et savez qu'il en avenra? vous en

pierderés l'amour le roy et le honnour dou monde._»

En celle année assembla le roy Phelippe un concile à Soissons, lendemain de

Pasques flories. A ce concile furent tuit le baron du royaume et le duc de

Breban à qui le roy donna Marie qui devant eut esté femme au conte Phelippe

de Namur. Et le duc l'espousa sollempnellement après les octaves de

Pasques. En ce concile fu traictié de passer en Angleterre, et plut cestu

chose à tous les barons qui là furent et promistrent au roy leur confort et

leur aide en toutes manières et que eux meismes passeroient avec luy en

propres personnes. Mais Ferrant le conte de Flandres contredist tout seul

ceste besoingne et dist que jà n'y passeroit, sé le roy ne luy rendoit deux

chastiaux, Saint-Omer et Ayre, que messire Loys tenoit. Et le roy luy offri

eschange de ces deux chastiaux par droite prisiée et par loyal estimacion.

Mais le conte Ferrant ne voult point prendre l'offre que le roy luy fesoit

et s'en départi atant, car il s'estoit jà alié au roy d'Angleterre Jehan

par le conseil le conte Regnaut, si comme il apparut après[210].

Note 210: La _Chronique de Rains_ raconte tout cela de même; ce qui

doit ajouter au poids de ce qu'elle dit précédemment.

En l'an de L'Incarnacion mil deux cens et treize, le roy et les barons

appareillèrent leur navie pour passer en Angleterre, si comme il avoient

ordonné devant. La raison pour quoy il vouloient passer si estoit pour

rétablir les évesques d'Angleterre en leur sièges qui jà longuement avoient

esté en essil au royaume de France; et pour renouveler le service

Nostre-Seigneur qui n'avoit esté célébré en Angleterre de sept ans tous

plains; et pour ce qu'il fist Jehan _sans terre_, selon l'interprétation de

son nom, pour les maux et pour les desloyautés que il avoit faictes: car il

avoit occis en sa prison le conte Artus de Bretaingne son nepveu, si avoit

pendu plusieurs enfans que il tenoit en hostages, et pluseurs autres

desloyautés que il avoit faictes.

Et pour ce que il se doubtoit que le roy Phelippe ne passast outre, pour

ses méfais punir, il pacifia au clergié à temps et puis envoya ses messages

à l'apostole. Et le pape envoya en Angleterre Panulphe son diacre qui

réforma la paix entre le roy et son clergié. Mais celle composition valut à

la restitution des églyses tant seulement, et non mie à la solution des

choses tollues, jasoit ce qu'il eust juré l'un et l'autre, et qu'il y fust

tenu par son serement.

En celle année reçut le roy en grace et en amour Ingebour, la royne

s'espousée, fille au roy de Dannemarce; de luy avoit esté dessevré de son

auctorité, seize ans et plus. Moult eut le peuple grant joie de ceste

chose, car en la personne le roy n'avoit nul autre vice né chose qui fist à

blasmer, fors seulement que il luy soustraioit la debte de sa char[211].

Car il luy faisoit amenistrer toujours assez largement et honnourablement

toutes ses nécessités: si n'est mie de merveille sé ceux orent joie de

ceste conjunction qui avant se douloient de la dissencion qui est[212]

contraire à si grant vertu.

Note 211: _La debte de sa chair._ «Suæ carnis debitum.» C'est là ce

que l'auteur de la chanson du _Berte aux grans pieds_ appelle: _La

droicture qu'on doit à sa moillier._

Note 212: Il falloit ici avec le latin: _Qui estoit_.

Les grandes chroniques de France (4/6 ) selon que elles sont conservées en l'Eglise de Saint-Denis · 第 130 / 446 题