ANNEE 1190.

_Du testament que le roy Phelippe establi avant que il meust._

Quant le roy Phelippe se parti de France, il fist venir et assembler tous

ses amis et tous ceux que il avoit plus familiers, et establi et ordonna

son testament en leur présence par moult grant délibération, qui ainsi

commence:

«Au nom de la saincte trinité qui est sans devision, amen; Phelippe, roy de

France par la grace de Dieu. L'office des Roys si est de pourvéoir en

toutes manières le proufit des subgiés, et mettre en avant le commun

proufit plus que le sien propre. Pour ce doncques que nous convoitons par

souverain désir à parfaire le veu de nostre pélerinage pour secourre la

terre saincte, nous proposons à ordonner coment les besoingnes du royaume

seront traictiées et le royaume gouverné quand nous en serons partis; et si

proposons à ordonner notre testament, quoyqu'il aviengne de nous.

»Nous commandons doncques au commencement que nos baillifs mettent en

chascune prévosté quatre hommes qui soient sages et loyaux et de bon

tesmoignage, et que les besoingnes de la ville ne soient traictiées sans

leur conseil ou sans le conseil de deux au moins. Et de cestuy

établissement metons-nous hors la cité de Paris; en laquelle nous voulons

qu'il soient six sages hommes preux et loyaux. Après, là où nous avons mis

nos baillifs, ès bailliages qui sont desinnés et divisés par propres noms,

nous commandons que chascun de ces baillifs assigne un jour en son propre

bailliage qui soit appellé le jour des assises; et que tous ceux qui auront

plaintes à faire vendront et recevront leur droit et leur justice, sans

demeure, par le bailli du lieu. Mais nous voulons que nostre droit et

nostre justice, qui sont proprement nostres, soient là escript[88].

Note 88: «Illi qui clamorem facient recipient jus suum per eos et

justitiam sine dilatione, et nos nostre jure et nostram justitiam:

forefacta quæ propriè nostra sunt ibi scribentur.» (Rigord.)

»Après nous voulons et commandons que nostre chière mère et Guillaume,

archevesque de Rains, nostre oncle, establissent, chascuns quatre mois, un

jour à Paris, et que il oient les clameurs et les complaintes des hommes de

nostre royaume, et les fassent fenir à l'honneur de Nostre-Seigneur et au

profit du royaume de France. Et commandons que les baillifs qui tiennent

les assises, parmi les villes de nostre royaume, soient tous à ce jour

devant eux et qu'il récitent toutes leurs besoingnes en leur présence[89].

Les grandes chroniques de France (4/6 ) selon que elles sont conservées en l'Eglise de Saint-Denis · 第 66 / 446 题