_Du testament que le roy Phelippe establi avant que il meust._
Quant le roy Phelippe se parti de France, il fist venir et assembler tous
ses amis et tous ceux que il avoit plus familiers, et establi et ordonna
son testament en leur présence par moult grant délibération, qui ainsi
commence:
«Au nom de la saincte trinité qui est sans devision, amen; Phelippe, roy de
France par la grace de Dieu. L'office des Roys si est de pourvéoir en
toutes manières le proufit des subgiés, et mettre en avant le commun
proufit plus que le sien propre. Pour ce doncques que nous convoitons par
souverain désir à parfaire le veu de nostre pélerinage pour secourre la
terre saincte, nous proposons à ordonner coment les besoingnes du royaume
seront traictiées et le royaume gouverné quand nous en serons partis; et si
proposons à ordonner notre testament, quoyqu'il aviengne de nous.
»Nous commandons doncques au commencement que nos baillifs mettent en
chascune prévosté quatre hommes qui soient sages et loyaux et de bon
tesmoignage, et que les besoingnes de la ville ne soient traictiées sans
leur conseil ou sans le conseil de deux au moins. Et de cestuy
établissement metons-nous hors la cité de Paris; en laquelle nous voulons
qu'il soient six sages hommes preux et loyaux. Après, là où nous avons mis
nos baillifs, ès bailliages qui sont desinnés et divisés par propres noms,
nous commandons que chascun de ces baillifs assigne un jour en son propre
bailliage qui soit appellé le jour des assises; et que tous ceux qui auront
plaintes à faire vendront et recevront leur droit et leur justice, sans
demeure, par le bailli du lieu. Mais nous voulons que nostre droit et
nostre justice, qui sont proprement nostres, soient là escript[88].
Note 88: «Illi qui clamorem facient recipient jus suum per eos et
justitiam sine dilatione, et nos nostre jure et nostram justitiam:
forefacta quæ propriè nostra sunt ibi scribentur.» (Rigord.)
»Après nous voulons et commandons que nostre chière mère et Guillaume,
archevesque de Rains, nostre oncle, establissent, chascuns quatre mois, un
jour à Paris, et que il oient les clameurs et les complaintes des hommes de
nostre royaume, et les fassent fenir à l'honneur de Nostre-Seigneur et au
profit du royaume de France. Et commandons que les baillifs qui tiennent
les assises, parmi les villes de nostre royaume, soient tous à ce jour
devant eux et qu'il récitent toutes leurs besoingnes en leur présence[89].