1997: CONVERGENCE MULTIMEDIA

[Résumé]

La convergence multimédia peut être définie comme la convergence des

secteurs de l’informatique, du téléphone et de la radiotélévision dans

une industrie de la communication et de la distribution utilisant les

mêmes autoroutes de l’information. Cette convergence entraîne

l’unification progressive des secteurs liés à l’information

(imprimerie, édition, presse, conception graphique, enregistrements

sonores, films, etc.) suite à l’utilisation des techniques de

numérisation. La convergence multimédia amène-t-elle des emplois

nouveaux, comme l’assurent les employeurs, ou bien est-elle source de

chômage, comme l’affirment les syndicats? Ce sujet est débattu dès 1997

lors du Colloque sur la convergence multimédia organisé par le Bureau

international du travail (BIT) à Genève. Si, dans certains secteurs, ce

phénomène entraîne de nouveaux emplois, par exemple ceux liés à la

production audiovisuelle, d’autres secteurs sont soumis à

d’inquiétantes restructurations. La convergence multimédia a de

nombreux revers, par exemple des contrats précaires pour les salariés,

l’absence de syndicats pour les télétravailleurs ou le droit d’auteur

mis à mal pour les auteurs.

[En détail]

La numérisation permet de créer, d’enregistrer, de combiner, de

stocker, de rechercher et de transmettre des textes, des sons et des

images par des moyens simples et rapides. Des procédés similaires

permettent le traitement de l’écriture, de la musique et du cinéma

alors que, par le passé, ce traitement était assuré par des procédés

différents sur des supports différents (papier pour l’écriture, bande

magnétique pour la musique, celluloïd pour le cinéma). De plus, des

secteurs distincts comme l’édition (qui produit des livres) et

l’industrie musicale (qui produit des disques) travaillent de concert

pour produire des CD-ROM.

La numérisation accélère considérablement le processus matériel de

production. Dans la presse, alors qu’auparavant le personnel de

production devait dactylographier les textes du personnel de rédaction,

les journalistes envoient désormais directement leurs textes pour mise

en page. Dans l’édition, le rédacteur, le concepteur artistique et

l'infographiste travaillent souvent simultanément sur le même ouvrage.

On assiste progressivement à la convergence de tous les secteurs liés à

l’information: imprimerie, édition, presse, conception graphique,

enregistrements sonores, films, radiodiffusion, etc. C'est ce qu'on

appelle la convergence multimédia. On peut aussi la définir comme la

convergence de l’informatique, du téléphone, de la radio et de la

télévision dans une industrie de la communication et de la distribution

utilisant les mêmes inforoutes.

Si certains secteurs voient l’apparition de nouveaux emplois, par

exemple ceux liés à la production audiovisuelle, d’autres secteurs sont

soumis à d’inquiétantes restructurations. La convergence multimédia a

de nombreux revers, à savoir des contrats occasionnels et précaires

pour les salariés, l’absence de syndicats pour les télétravailleurs, le

droit d’auteur souvent mis à mal pour les auteurs, etc. Et, à

l’exception du droit d’auteur, vu l’enjeu financier qu’il représente,

il est rare que ces problèmes fassent la Une des journaux.

La convergence multimédia amène-t-elle des emplois nouveaux, comme

l’assurent les employeurs, ou bien est-elle source de chômage, comme

l’affirment les syndicats? Ce sujet est débattu dès janvier 1997 lors

du Colloque sur la convergence multimédia organisé par le Bureau

international du travail (BIT) à Genève.

Si elle accélère le processus de production, l’automatisation des

méthodes de travail entraîne une diminution de l’intervention humaine

et donc un accroissement du chômage. Dans la presse comme dans

l'édition, la mise en page automatique permet de combiner rédaction et

composition. Dans les services publicitaires aussi, la conception

graphique et les tâches commerciales sont maintenant intégrées.

L’informatique permet à certains professionnels de s’installer à leur

compte, une solution choisie par 30% des salariés ayant perdu leur

emploi.

Au Royaume-Uni, les fonctions de correction d'épreuves et de rédaction

s'effectuent désormais à domicile, le plus souvent par des travailleurs

qui ont pris le statut d'indépendants par suite de fusions

d'entreprises, délocalisations ou licenciements. "Or cette forme

d'emploi tient plus du travail précaire que du travail indépendant, car

ces personnes n'ont que peu d'autonomie et sont généralement

tributaires d'une seule maison d'édition", analyse Peter Leisink,

professeur associé d'études sociales à l'Université d'Utrecht

(Pays-Bas).

A part quelques cas mis en avant par les organisations d’employeurs, la

convergence multimédia entraîne des suppressions massives d’emplois.

Selon Michel Muller, secrétaire général de la FILPAC (Fédération des

industries du livre, du papier et de la communication), les industries

graphiques françaises ont perdu 20.000 emplois en dix ans. Entre 1987

et 1996, les effectifs passent de de 110.000 à 90.000 salariés. Les

entreprises doivent mettre sur pied des plans sociaux coûteux pour

favoriser le reclassement des personnes licenciées, en créant des

emplois souvent artificiels, alors qu’il aurait été préférable de

financer des études fiables sur la manière d’équilibrer créations et

suppressions d’emplois quand il était encore temps.

Partout dans le monde, de nombreux postes à faible qualification

technique sont remplacés par des postes exigeant des qualifications

techniques élevées. Les personnes peu qualifiées sont licenciées.

D’autres suivent une formation professionnelle complémentaire, parfois

auto-financée et prise sur leur temps libre, et cette formation

professionnelle ne garantit pas pour autant le réemploi.

Directeur du géant des télécommunications AT&T aux Etats-Unis, Walter

Durling insiste sur le fait que les nouvelles technologies ne

changeront pas fondamentalement la situation des salariés au sein de

l'entreprise. L’invention du film n’a pas tué le théâtre et celle de la

télévision n’a pas fait disparaître le cinéma. Les entreprises

devraient créer des emplois liés aux nouvelles technologies et les

proposer à ceux qui sont obligés de quitter d’autres postes devenus

obsolètes. Des arguments bien théoriques alors que le problème est

plutôt celui du pourcentage. Combien de créations de postes pour

combien de licenciements?

De leur côté, les syndicats préconisent la création d’emplois par

l’investissement, l’innovation, la formation professionnelle aux

nouvelles technologies, la reconversion des travailleurs dont les

emplois sont supprimés, des conditions équitables pour les contrats et

les conventions collectives, la défense du droit d’auteur, une

meilleure protection des travailleurs dans le secteur artistique et

enfin la défense des télétravailleurs en tant que travailleurs à part

entière.

Malgré tous les efforts des syndicats, la situation deviendra-elle

aussi dramatique que celle décrite dans une note du rapport de ce

colloque, demandant si "les individus seront forcés de lutter pour

survivre dans une jungle électronique avec les mécanismes de survie qui

ont été mis au point au cours des précédentes décennies?"

Les technologies et le livre pour tous · 第 27 / 45 题