ANNEES: 835/836.

_De la requeste Judith l'empéreris; coment Lothaire ne put venir à son père

pour sa maladie. Des chastoiemens qu'il luy manda, pour les griefs qu'il

faisoit à sainte Églyse. Des messages l'apostole que Lothaire retint; de la

mort des barons Lothaire, et coment l'empereur manda ses fils au parlement;

et d'autres choses._

L'empéreris Judith, qui bien veoit que l'empereur afléboioit et

envieillissoit trop durement, et moult se doubta et apensa que il mourroit

en tel point que elle et Charlot son fils seroient en péril, s'ils ne

faisoient tant vers l'un des frères qu'il feust de leur accort, de ce se

conseilla aux princes et au conseil l'empereur, et ils luy loèrent que ce

feust Lothaire; car il leur sembloit que ce feust le plus profitable à

l'empire. A l'empereur prièrent qu'il luy envoyast les messages de paix et

d'amour, et qu'il luy priast de ceste chose. Et l'empereur, qui tousjours

aima paix et concorde et non mie tant seulement de ses fils, mais des

étranges et de ses ennemis meismes qui aucunes fois avoient sa mort jurée,

le fist volentiers. [968]Mais en ces entrefaittes vindrent à court les

messages Lothaire, desquels Walle fu le souverain[969]. L'empereur leur

toucha de la besoingne devant dite. Et quant elle fu affinée et accordée,

l'empereur revoult estre réconcilié à sa femme et à celuy Walle

premièrement; car ils avoient eue sa male volonté pour aucunes raisons dont

l'istoire a dessus parlé, et tout maintenant leur pardonna tout quanqu'ils

avoient vers luy mespris, et manda Lothaire son fils par ses messages

meismes qu'il venist à luy, et s'il y venoit, ce seroit son preu. Arrière

retournèrent les messages et comptèrent à Lothaire ce qu'il luy manda et

qu'il venist à luy. Mais il ne put à cette fois pour une maladie qui le

prist. Ne demoura pas puis longuement que cil Walle accoucha malade et

mourut. Long-temps languit Lothaire de celle maladie. Et l'empereur, qui

par nature estoit piteux et compatient, fu moult dolent quant il sceut que

son fils estoit cheu en langueur. Huon, son frère, et le conte Algaire

envoya pour le visiter, et voult savoir coment il luy estoit. Et leur

commanda qu'ils luy rapportassent certainneté de son estat. A l'exemple du

roy David, qui moult fu dolent de son fils Absalon, qui tant avoit fait de

mal au père et de persécutions.

Les grandes chroniques de France (2/6) selon que elles sont conservées en l'Eglise de Saint-Denis · 第 297 / 316 题