_De la requeste Judith l'empéreris; coment Lothaire ne put venir à son père
pour sa maladie. Des chastoiemens qu'il luy manda, pour les griefs qu'il
faisoit à sainte Églyse. Des messages l'apostole que Lothaire retint; de la
mort des barons Lothaire, et coment l'empereur manda ses fils au parlement;
et d'autres choses._
L'empéreris Judith, qui bien veoit que l'empereur afléboioit et
envieillissoit trop durement, et moult se doubta et apensa que il mourroit
en tel point que elle et Charlot son fils seroient en péril, s'ils ne
faisoient tant vers l'un des frères qu'il feust de leur accort, de ce se
conseilla aux princes et au conseil l'empereur, et ils luy loèrent que ce
feust Lothaire; car il leur sembloit que ce feust le plus profitable à
l'empire. A l'empereur prièrent qu'il luy envoyast les messages de paix et
d'amour, et qu'il luy priast de ceste chose. Et l'empereur, qui tousjours
aima paix et concorde et non mie tant seulement de ses fils, mais des
étranges et de ses ennemis meismes qui aucunes fois avoient sa mort jurée,
le fist volentiers. [968]Mais en ces entrefaittes vindrent à court les
messages Lothaire, desquels Walle fu le souverain[969]. L'empereur leur
toucha de la besoingne devant dite. Et quant elle fu affinée et accordée,
l'empereur revoult estre réconcilié à sa femme et à celuy Walle
premièrement; car ils avoient eue sa male volonté pour aucunes raisons dont
l'istoire a dessus parlé, et tout maintenant leur pardonna tout quanqu'ils
avoient vers luy mespris, et manda Lothaire son fils par ses messages
meismes qu'il venist à luy, et s'il y venoit, ce seroit son preu. Arrière
retournèrent les messages et comptèrent à Lothaire ce qu'il luy manda et
qu'il venist à luy. Mais il ne put à cette fois pour une maladie qui le
prist. Ne demoura pas puis longuement que cil Walle accoucha malade et
mourut. Long-temps languit Lothaire de celle maladie. Et l'empereur, qui
par nature estoit piteux et compatient, fu moult dolent quant il sceut que
son fils estoit cheu en langueur. Huon, son frère, et le conte Algaire
envoya pour le visiter, et voult savoir coment il luy estoit. Et leur
commanda qu'ils luy rapportassent certainneté de son estat. A l'exemple du
roy David, qui moult fu dolent de son fils Absalon, qui tant avoit fait de
mal au père et de persécutions.