ANNEES: 833/834.

_De la repentance des barons qui contre luy furent, et de la fausse cautele

des traiteurs. Coment Lothaire l'emmena à Ais-la-Chapelle. Coment les

barons s'alièrent pour luy délivrer. Coment il fu laissié à Saint-Denis et

il s'enfuit à Vienne, et coment il fu restabli en l'empire._

[948]La saison fu jà si avant passée que le septembre approucha. Entour les

kalendes d'octobre repaira Lothaire à Soissons. Son père prinst qui estoit

en l'abbaïe de Saint-Maard en estroite prison et le mena avecques lui à

Compiègne. Là vindrent les messages Constantin, l'empereur des Griecs[949],

Marc, arcevesque d'Ephèse, et Tules, maistre-sergent du palais[950]. A

l'empereur estoient envoiés. Si luy apportoient présens; mais le fils ne

voult le souffrir, ains oït les messages et receut les présens. Au

parlement qui là fu assemblé se purgèrent aucuns[951] par serement et

aucuns par simples parolles des cas que on leur mettoit sus. Si furent

plusieurs qui avoient si grant pitié du père, qu'ils se repentoient, dont

ils s'estoient consentis au fils contre luy, et estoient tous en celle

répentance, fors ceux tant seulement qui la traïson avoit pourparlée. Et

pour ce que les traitres se doubtoient que les choses qui estoient avenues

ne se tournassent en cas contraire, ils se pourpensèrent d'un malice qui

moult leur povoit valoir, ce leur sembloit. Car ainsi comme l'empereur

avoit fait commune pénitence et plaine satisfaction au peuple de ce dont

ils l'encolpoient, tout feust ce par faulceté, ainsi voulloient-ils qu'il

féist plaine satisfaction à sainte Eglyse et qu'il méist jus les armes et

baudré de chevalerie sans nul rappel, et qu'il ne feust pas tenu pour

chevalier; contre le jugement des canons et des lois qui dient que nul ne

doit estre puni né jugié deux fois, en un meisme cas. Pou en y eut qui ce

jugement contredéist. La plus grant partie s'i accorda de parolle tant

seulement, si comme il advient souvent en telles besoingnes, pour ce qu'ils

n'eussent le mautalent des plus puissans. Ceste chose firent les traitres

par le conseil d'aucuns évesques qui estoient parçonniers de la traïson.

Les grandes chroniques de France (2/6) selon que elles sont conservées en l'Eglise de Saint-Denis · 第 287 / 316 题