En celle année fu apporté à l'empereur une manière de blé d'une contrée de
Gascongne, dont le grain estoit moindre que de fourment, et disoit l'on
qu'il estoit chéu du ciel.
Tout cet yver demoura l'empereur à Ais-la-Chapelle. [906]Et quant ce vint
vers la fin du caresme, que la sollempnité de Pasques aprouchoit, si grant
croulle et si grant mouvement de terre fu que à poy que le palais et les
tours ne chéirent. Après ce croulle, venta si durement que la force du vent
ne descouvrit pas tant seulement les petits édifices, mais le palais d'Ais
et le moustier Nostre-Dame, qui estoit couvert de grant entaillement de
plomb.
Note 906: _Vita Ludovici Pii.--XLIII_.
Après ce que l'empereur eut demouré à Ais pour aucunes grans besoingnes, il
s'en partit vers les kalendes de juin, et s'en alla à Garmaise, pour tenir
parlement qui là devoit estre au mois d'aoust Mais ce parlement dut
demourer pour aucunes nouvelles qui vindrent à court. Car l'en disoit que
les Normans voulloient briser les convenances qu'ils avoient à l'empereur,
et s'appareilloient pour courre sur la terre qui est delà le fleuve d'Albe.
Mais ces nouvelles que l'en comptoit ainsi n'estoient pas vraies. Tenu fu
le parlement et fu là ordenné des besoingnes au commun prouffit du païs.
Après ce parlement se partit de court Pépin, et s'en ala en Lombardie.