Note 896: «Quem exercitum impetratum cum duce suo Amarvan....»

Note 897: _De Gironde._ C'est-à-dire _de Gironne_.

Un pou de temps avant que ce avinst, furent veus signes en l'air comme

batailles de chevaliers armés, resplandissans de feu, et aussi comme tains

et souillés de sang humain.

A Compiègne estoit le roy quant ce advint. Là eut receu dons et présens que

l'en luy faisoit en l'an une fois, aussi comme de coustume; et quant il

sceut ces nouvelles, il envoia encore gens de rechief pour celle marche

deffendre. En la forest de Compiègne chaça et se déporta en tel déduit

jusques vers l'entrée de l'yver. En cette année, droit au mois d'aoust,

trespassa l'apostole Eugène. Après fu eslu Valentin, cardinal-diacre. Cil

ne vesquit puis plus longuement d'un mois.

Après luy, fu esleu Grégoire, prestre-cardinal du tiltre saint Marc; mais

la consécration de luy fu prolongée jusques à tant que l'empereur eust sceu

l'élection[898]. Mais il s'y acorda volontiers, quant il eut examiné la

fourme de l'élection. Au mois de septembre que l'empereur estoit à

Compiègne, vindrent à court les messages Michiel, l'empereur de

Constantinoble. Dons et présens lui apportèrent, honnorablement furent

receus, largement visités, de dons honnourés et à la parfin conjoïs.

Hildoins, abbé de Saint-Denis, qui estoit un des plus sages hommes de ce

temps, envoia lors à Rome, et impetra le corps de deux glorieux martirs,

saint Père et saint Marcelin. En France les fist apporter à ses propres

despens, et les fist mettre en l'églyse Saint-Mard de Soissons[899], là

meisme où il eut fait apporter le corps saint Sébastien. Mains miracles y

demonstra depuis nostre Seigneur, par les mérites des corps sains.[900] Au

mois d'octobre, qui après vint, tint l'empepereur parlement à

Ais-la-Chapelle, et certainement sceut que la besoingne d'Espaigne où il

eut envoié sa gent contre Azon le desloyal eut mauvaisement et

pereceusement esté faite, par la négligence des chevetains de l'ost. Ceulx

pour qui le deffault fu ainsi avenu ne voult autrement punir; mais il les

osta de l'onneur où il les avoit mis. Baudri, le duc d'Acquilée, osta de la

duchié, car il sceut certainement que les Boulgres avoient gasté toute

celle région par son deffault et par sa paresce. La terre qu'il eut tenue

départit en quatre et la livra à garder à quatre contes. Mais il emploia

mauvaisement la grace qu'il fist à ceulx qui le corps et la vie avoient

meffais par droit. Car en guerredon de si grant bénéfice comme de la vie

donner furent armés contre luy de toute cruaulté et de toute mauvaistié et

desloyauté, si comme l'istoire contera ci-après.

Note 898: _Eust sceu l'élection._ Le latin dit: «_Ad consultum_

imperatoris.»

Note 899: Deux manuscrits du texte latin appellent cet abbé

_Heinardus_, et n'indiquent pas que les reliques aient été déposées à

Soissons. «In proprio territorio propriisque sumptibus recondidit.»

Note 900: _Vita Ludov. Pii. XLIII._--Le texte publié porte: _Mense

februario._

En ce temps, vindrent d'oultre-mer Halitcaire, évesque de Cambrai, et

Auffroy, abbé de Nonantule. Moult se louèrent de Michel, l'empereur de

Constantinoble, qui moult honnourablement les avoit receus. Au temps d'esté

tint parlement l'empereur à Hengilehem. Là receut dons et présens par les

messages de l'églyse de Rome, Quirius et Théophile; honnourablement les

recent et les conjoït, et de là se départit après ce parlement, et s'en

alla à Théodone[901]. Grant renommée estoit lors que Sarrasins devoient

venir ès marches d'Espaigne; pour ce, commanda à Lothaire qu'il se traisist

vers ces parties, et féist ost des François-Austrasiens. Ainsi le fist

comme il luy fu commandé; son ost conduisit jusques à Lyon sur Rosne. Là

attendit un message qu'il eut avant envoie pour savoir la certaineté des

Sarrasins. Tandis comme il demouroit là, Pepin, son frère, vint à luy

parler; tandis, vint le message de devers Espaigne, et rapporta

certainement que les Sarrasins et les Mores, jà bien avant estoient venus à

grans osts: mais ils s'estoient retrais arrière né à celle fois ne béoient

plus à faire. Quant les deux frères furent certains de ceste chose, ils se

départirent; si s'en alla Pepin on Acquitaine, et Lothaire s'en retourna au

père.

Note 901: _Theodone._ Thionville.

Entre ces choses, advint que les deux fils Godefroy de Dannemarche

chacèrent hors du royaume Heriols. Devant ce, a voient ces deux frères

faites aliances à l'empereur. Et pour ce qu'il voulloit aider cellui

Hériols, il leur manda par aucuns contes de Sassoigne qu'ils le tenissent

en paix et le tenissent en autelle amour et en autelle compaignie, comme

ils estoient devant. Mais Hériols ne put pas tant attendre que la paix

feust du tout confermée; ains entra en leurs terres, les proies prist et

gasta, et ardit aucunes de leurs villes. Ceulx cuidèrent certainement qu'il

eust ce fait par l'assentement et par la volonté les gens l'empereur; pour

ce, passèrent le fleuve d'Egidore[902], et vindrent soudainement sur eulx,

qui de tout ce ne se prenoient garde; en fuye les chacièrent et ravirent

tout quanqu'ils trouvèrent dedens leurs tentes, quant ils furent dedens

entrés. Mais quant ils eurent après la vérité sceue, et que Hériols n'avoit

pas ce fait par eulx[903], ils se doubtèrent moult du courroux l'empereur

et qu'il n'en préist vengence. Pour ce, envoièrent premièrement à ceulx à

qui ils avoient meffait, et puis à l'empereur; et recongnurent bien qu'ils

avoient vers luy mespris, et que près estoient de l'amender à son plaisir,

mais qu'ils eussent sa bonne volenté comme devant. Et l'empereur qui

naturellement estoit débonnaire et misericors, et meismement[904] à ceulx

qui vers luy s'umilioient, leur pardonna tout son mautalent.

Note 902: _Egidore._ L'Eyder.

Note 903: _Par eulx._ Par les gens de l'empereur.

Note 904: _Meismement._ Surtout.

_Incidence._ En ce temps avint que le comte Boniface, qui estoit prévost et

garde de l'isle de Corse, de par l'empereur, monta sur mer entre luy et

Berard son frère, en une petite nef coursière[905] ainsi comme galie, et

gens assez bien appareillés, pour la mer cherchier et pour encontrer, sé

aventure fust, les galies et les robeurs qui en celle isle de Corse

faisoient souvent moult grant dommage. Mais ils n'en trouvèrent nuls en

celle fois. En l'isle de Sardaigne arriva: de là, s'esmeut pour aler en

Aufrique, par le conduit de ceulx qui savoient la mer et la voie. Si arriva

au port dessous Carthage. Encontre luy vint grant multitude d'Aufricans,

qui par cinq assaus se combatirent à luy et à sa gent. Et par cinq fois

furent vaincus, et moult en y eut d'occis; et si en y eut d'aucuns, tout

feussent-ils desconfis, qui moult requeroient leurs ennemis asprement et

hardiment. Et le conte Boniface rassembla ses compagnons, si rentra en sa

nef, et retourna à tant en l'isle de Corse. Et les Aufricans auxquiels il

sembloit qu'oncques mais n'eussent trouvé si fières gens, demourèrent en

grant paour en leur terre.

Les grandes chroniques de France (2/6) selon que elles sont conservées en l'Eglise de Saint-Denis · 第 276 / 316 题