Note 728: _Teches._ Habitudes; d'où nous avons gardé _entiché_.
Note 729: L'auteur latin, sans parler d'Arnoul, de comtes ni de
baillis, dit simplement: «Relictis tantùm marchionibus qui fines
regni tuentes, omnes, si fortè ingruerent, hostium arcerent
incursus.» On voit que d'abord les marquis étoient essentiellement
des chefs préposés à la défense des _marches_ ou _limites_. Il y a
loin d'eux aux marquis des temps modernes; mais aussi combien
avons-nous de comtes qui aient des _comtés_, de ducs qui aient des
_duchés_, de barons qui aient des _baronnies?_ et nous sourions des
enfants qui jouent à la poupée!
A grans gens meust et vint à son père là où il le manda[730], en habit de
Gascon estoit atourné, si comme le père luy avoit mandé, luy et les autres
nobles hommes de son aage qui avec luy chevauchoient par compaignie. Si
avoit vestu ainsi comme une cloche roonde[731], et les manches de la
chemise longues et pendans. Les esperons laciés sur les chauces[732] et un
javelot en sa main. Avec le père demoura une pièce de temps, et avec luy
alla jusques à Heresbourc.
Note 730: _Où il le manda._ A Paderborn. «Ad Patrisbrunam.» Ce
dernier mot n'a pas été compris par le moine de Saint-Denis, qui va
plaisamment le traduire par: _si comme le père lui avoit mandé_.
Note 731: _Comme une cloche roonde._ C'est à peu près ce que nos
paysannes portent encore et nomment _thérèse_, sans doute du nom de
l'Espagnole sainte Thérèse. Le texte latin dit _amiculo rotondo_,
cape ronde, et Catel a remarqué avec raison, à propos de ce passage:
«que dans Paris, encore aujourd'hui(1633), on appelle une cloche, les
chapes que les Parisiennes portent, qui couvrent la tête et ne
passent point la ceinture.» (Histoire du Languedoc, liv. 1.)
Note 732: Tout cela est librement rendu. Il falloit: «Si avoit une
cloche roonde, les manches de la tunique (ou _camisia_) amples, le
vestement des jambes large, les éperons fixés à la chaussure, etc.»
Quant l'esté fu auques trespassé et ce vint le temps de septembre, il
rinst congié au père et retourna pour yverner en Acquitaine.
[733]En ce temps advint que un Gascon qui avoit nom Adereliques[734] prist
Corson de Thoulouse, si ne peut eschapper de ses mains jusques à temps
qu'il se feust alié à luy par serrement contre le roy. Le roy qui ce sceut
assembla parlement par le conseil des barons pour prendre vengeance de ce
fait. Cil Adereliques semont[735], mais il ne voult avant venir, pour ce
qu'il se sentoit meffait, jusques à tant que le roy luy eut livré ostage de
seureté.
Note 733: _Via Ludovici Pii_.--V.
Note 734: _Adereliques._ Le latin porte: _Adelericus_. C'est
évidemment le même nom que _Alori_, l'un des traîtres les plus fameux
de la race de Ganelon, dans les anciennes _Chansons de geste_.
C'était le fils de _Loup_, ou plutôt de Ganelon lui-même. _Chorson_
doit être l'_Orson_ des mêmes épopées.
Note 735: _Semont._ Le roi _manda_ cet Adereliques; le latin ajoute:
In loco Septimaniæ cujus vocabulum est _mors Gothorum_. C'est
peut-être Morganz, aujourd'hui village du département des Landes,
tout proche de Saint-Sever.
Au parlement vint toutes voies, mais l'en ne lui osa mal faire sur
l'asseurement le roy, et meismement pour le péril des ostages qu'il tenoit
par devers luy. Ainsi luy fist-on donner dons au départir.
Les ostages du roy rendit et les siens receut; si se départit de court en
telle manière à cette fois. Au temps d'esté qui après vint, mut le roy pour
aler à son père, qui mandé l'avoit, à simple chevauchée et sans grant
compaignie. Avec luy demoura tout l'iver et tout l'esté. Là fut amené cil
Adereliques en la présence des deux roys, et fu mis à raison[736] du cas
dont il estoit acusé. Et pour ce qu'il ne s'en put purgier, il fu envoyé en
essil, sans aucun rappel.
Note 736: _Mis à raison._ Interrogé.
Et cil Corson fu osté de la duchié pour ce qu'il s'estoit consentu à la
volenté de l'autre. En son lieu fu mis un autre qui avoit nom Guillaume.
(Si n'estoient pas, au temps de lors, ces duchiés par héritage, ains
estoient ainsi comme ballifs que l'on mettoit et ostoit à temps[737].) Cil
Guillaume trouva les Gascons moult fiers et moult orgueilleux au
commencement, comme gens qui par nature sont légiers et muables, meismement
pour le Gascon Adereliques que le roy eut envoyé en essil: mais il fist
tant en pou de temps et par sens et par armes qu'il les fist tenir tout en
paix; et abatit si leur orgueil qu'ils n'osèrent rien emprendre contre
lui[738].
Note 737: Cette parenthèse est une réflexion du traducteur.
Note 738: Voici encore l'un de nos héros de roman, le célèbre
Guillaume, surnommé tour à tour _d'Orenge_, _d'Acquitaine_, _de
Gelloue_, _Fiere-Brace_ et au _Court Nez_. Ainsi l'histoire
vient-elle en aide à nos anciennes poésies beaucoup plus nettement
qu'on ne l'a cru jusqu'à présent. Guillaume est surtout représenté
par nos poëtes comme le soutien du trône chancelant de
Louis-le-Débonnaire. Il faut entendre ici le _trône d'Aquitaine_ que
Louis occupa effectivement plus de vingt ans avant la mort de son
père.