Note 597: _Meus._ «Remues, pars.»

En telle manière s'aparut messire saint Jaques par trois fois à

Charlemaines. Quant Charles eut ce oï, il fu très lie, meismement pour la

promesse que l'apostre luy avoit faitte de la joie de paradis. Ses osts

assembla de toutes parts, et entra efforciement en Espaigne pour destruire

les ennemis de la foy crestienne et pour essaucier le nom Jhésu-Crist.

Pampelune fu la première cité qu'il asséist. Trois mois y fu, né prendre ne

la peut, car elle estoit trop forte et de murs et de siége. Lors fist sa

prière à nostre Seigneur et dist ainsi: «Jhésu-Crist, sire, pour laquelle

foy essaucier je suy venu en ce païs pour destruire la gent sarrasine,

donne-moy que je preigne ceste cité à la gloire et à louenge de ton nom; et

tu, sire saint Jaques, sé c'est vérités que tu t'aparus à moy, prie nostre

Seigneur qu'il me laist ceste cité prendre.»

Tout maintenant que il eut ce dit, les murs de la cité froissèrent et

fondirent jusques en terre. Lors entrèrent ens François; les Sarrasins qui

baptesme vouldrent recevoir demourèrent et furent gardés en vie; et les

autres qui en mescréandise vouldrent demeurer furent occis. Quant la

merveille de ce miracle fu par le pays espandue, les princes sarrasins

venoient au-devant de Charles partout où il aloit; devant luy s'inclinoient

et se humilioient humblement. Les cités rendoient, et les autres qui pas

jusques à luy ne venoient luy envoioient treus[598]. Si fist en telle

manière toute la terre d'Espaigne tributaire.

Note 598: _Treus._ Tributs.

Moult s'esmerveilloient Sarrasins de ce qu'ils véoient la gent de France si

belle et si forte, si fière et si bien appareilliée d'armes et de chevaux

et d'autres harnois. Leurs armes mettoient sus, et les recevoient

paisiblement et honnourablement. En telle manière trespassa Charles à tous

ses osts toute Gascongne, Navarre et Espaigne jusques en Galice, en prenant

villes et chastiaux. La sépulture mon seigneur saint Jaques visita

dévotement, puis passa oultre jusques au perron[599] sans contredit. Sa

lance ficha en la mer, et quant il vit qu'il ne povoit oultre passer, il

rendit graces à Dieu et à mon seigneur saint Jacques, par qui aide et par

qui assentement il estoit venu.

Note 599: _Perron._ Monceau de pierres; peut-être les cailloux qui

tapissent les bords de la mer. Je serois assez disposé à croire que

dans le trésor de nos rois on conserva long-temps cette prétendue

lance avec laquelle Charlemagne avoit sondé la mer. Du moins, le

serment ordinaire de Philippe-Auguste étoit-il, _Par la lance saint

Jacques!_ Voyez la _Chronique de Reims_.

Les Galiciens qui puis la prédication nostre Seigneur et mon seigneur saint

Jaques et de ses disciples estoient reconvertis à la païenne loy, fist

Charles baptiser par la main l'arcevesque Turpin. Ces choses ainsi faites,

il erra par toute la terre d'Espaigne de l'une mer jusques à l'autre.

Les grandes chroniques de France (2/6) selon que elles sont conservées en l'Eglise de Saint-Denis · 第 183 / 316 题